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Le défi maritime Français, par M. François Hollande
le 07 Mai 2012

Le défi maritime français, par M. François Hollande (PHOTO : Mathieu Delmestre / Solfé Communication)
Le défi maritime français, par M. François Hollande (PHOTO : Mathieu Delmestre / Solfé Communication)

« Victime d’un tropisme métropolitain des esprits ou, pire, d’une simple ignorance de nos atouts maritimes, la mer est depuis trop longtemps la grande oubliée du débat public et des stratégies nationales définies. Présent sur les trois grands océans, notre pays se situe pourtant au 2ème rang maritime pour sa superficie marine qui représente plus de 18 fois celle de notre surface terrestre.

Nous avons voulu profiter de ce grand rendez-vous démocratique des présidentielles pour enfin « parler mer ». Car le défi français est et sera un grand défi maritime. La Mer, source inestimable de richesses, nous permettra de répondre aux enjeux de demain qu’ils soient environnementaux, économiques, sociaux ou humanitaires. Mais elle constitue également un formidable potentiel de croissance économique, de création de richesses et d’emplois dont il nous faut assurer les conditions.

Défendre à la fois les pêcheurs et la ressource

La pêche, indispensable pour notre indépendance alimentaire, constitue l’un des éléments de cette puissance économique maritime. Mais encore faut-il permettre à nos pêcheurs de pouvoir exercer leur activité. La flotte française a perdu près de 1 000 navires rien que ces deux dernières années. Pour être vraiment durable, il faut que l’Europe donne les moyens à sa pêche de renouveler sa flotte. Le prochain gouvernement devra peser davantage dans les négociations sur la politique commune des pêches afin de réaffirmer notre volonté de maintenir une activité économique durable fondée sur le maintien de l’effort de pêche, la garantie de quotas pluriannuels et la mise en place d’une expertise partagée entre scientifiques et professionnels. Ainsi, nous assurerons la protection de notre économie maritime et redonnerons à la pêche les moyens de sa modernisation.

Pour cela, nous voulons sortir de la logique de marchandage et de sanction édictée par la PCP au profit d’une démarche récompensant les pêcheurs qui s’orientent vers des pratiques plus respectueuses de la ressource et de l’environnement. La PCP doit aussi comporter un indispensable volet social afin de préserver l’attractivité et, au-delà, la survie du métier de marin.

L’énergie bleue, un potentiel d’industrialisation 

La Mer offre également à notre pays un potentiel d’industrialisation et de création d’emplois localisés. En développant des filières industrielles performantes dans le domaine de la construction navale, de la plaisance ou encore des énergies marines…nous voulons signer un pacte productif pour notre pays.

S’agissant des énergies marines, nous voulons permettre le développement d’une filière industrielle française et faire de notre pays le leader européen des énergies marines renouvelables ; mais cela ne peut se réduire à l’éolien offshore qui ne représente qu’une partie des solutions énergétiques maritimes (énergies houlomotrice, marémotrice, hydrolienne).

Nous devons exploiter le potentiel français et notamment des territoires d’outre-mer en matière d’énergie bleue. Ces derniers doivent devenir la vitrine du savoir-faire technologique français en matière d’énergies marines renouvelables. Cette capacité d’entreprendre nécessite une démarche très volontariste dans le soutien de programmes de recherche innovant et le transfert de technologie.

Une nouvelle gouvernance de la mer et du littoral

Mais si la France détient ici un potentiel majeur pour son avenir, encore doit-elle se donner les moyens politiques et administratifs de concrétiser cette ambition maritime. Face à l’émiettement des problématiques maritimes et à l’éclatement des compétences et des autorités, la stratégie maritime française ne peut se construire que dans le cadre d’une politique globalisée, intégrée et volontaire.

Après la débâcle du Grenelle de l’Environnement vivement critiqué par la Cour des comptes, et le Grenelle de la Mer qui a suscité beaucoup d’espoirs mais peu de concrétisations, la stratégie maritime française doit s’accompagner de moyens dédiés à la mer afin d’aider les collectivités littorales et particulièrement les communes à faire face à leurs obligations en matière maritime (préservation des espaces et des ouvrages, lutte contre la pollution…).

Nous refusons que les collectivités littorales aient à devoir subir plus longtemps les décisions arbitraires de l’Etat illustrées encore récemment à la suite de la tempête Xynthia, lorsque Nicolas Sarkozy a désigné une zone noire et décidé unilatéralement la démolition des habitations situées dans ce périmètre dans un délai de moins de cent jours. Nous voulons mettre fin à  cette politique discrétionnaire par laquelle l’Etat décide sans concertation et sans tenir compte des particularités locales. Nous voulons un Etat fort qui définit et impulse des objectifs nationaux mais qui, dans le cadre d’une nouvelle étape de la décentralisation, soutient et travaille en concertation avec les collectivités.

Le Registre International Français (RIF) qui a été créé selon une approche exagérément libérale et classé comme pavillon de complaisance par l’ITF (fédération internationale des syndicats des transports) a fait la preuve de son inefficacité et devra faire l’objet d’une refonte, dans la perspective, à terme, d’un pavillon européen.

Une véritable stratégie portuaire

Véritable vitrine de notre ambition maritime, les ports français ont trop longtemps souffert du désengagement de l’Etat et de l’abandon de toute ambition maritime. Nous devons leur redonner les outils pour accroître leur compétitivité face à la concurrence des grands ports européens. Il convient de procéder au bilan de la décentralisation portuaire et de réaffirmer le rôle de l’Etat dans la définition d’une véritable stratégie portuaire. Par ailleurs, l’aménagement des ports doit être inscrit dans une approche de dessertes multimodales et de développement de circuits maritimes de proximité.

Un engagement international

Mais il n’y a de grand pays maritime, écouté et respecté au niveau international, que vertueux dans ses politiques et impulsions nationales. La parole et l’engagement ne valent que par l’exemplarité des actes de leur auteur. Et, de ce point de vue, force est de constater que, partie prenante à toutes les conventions internationales relatives à la mer et aux océans, la France n’a pas fait montre d’une démarche exemplaire, témoignant du peu de cas réservé aux enjeux maritimes. Il est plus que temps que la France traduise dans les textes internes et dans les faits ses engagements internationaux et qu’elle le fasse en associant les différents acteurs de la mer.

Nous ne manquons ni de compétences, ni de talents. Nos chercheurs, nos entreprises, nos professionnels disposent de véritables savoir-faire à condition de savoir les encourager, les soutenir, les exploiter et les valoriser. Forts de ces atouts, nous proposons une véritable ambition maritime pour notre pays et pour que celui-ci soit enfin à la hauteur de ses responsabilités et de son avenir.

Une ambition claire pour la Marine nationale et la défense

La Défense est une composante essentielle de notre politique maritime. A ce titre, la rédaction d’un nouveau Livre blanc sur la sécurité et la défense nationale devra permettre de fixer une ambition claire à la Marine nationale. Nous la doterons de moyens adaptés à ses objectifs, pour la dissuasion nucléaire notamment, mais aussi la sureté et la sécurité maritime, et la lutte contre la pêche illégale dans la ZEE française. Ceci est d’autant plus nécessaire que l’augmentation constante de la piraterie est une menace qui justifie une politique de fermeté et de défense de nos intérêts. Cette politique devra être menée dans le contexte budgétaire contraint que vous connaissez. Mais, ainsi que je l’ai déjà dit, la défense ne sera pas une variable d’ajustement car nous ne devons pas sacrifier ce qui est la condition même de notre indépendance et de notre sécurité. La défense contribuera donc à l'effort de désendettement et de redressement du pays dans les mêmes proportions que les autres missions de l’Etat, avec des mesures de rationalisation qui seront réalisées, sans faux-semblant et sans dissimulation.

Ainsi, par exemple, la fonction de garde-côtes créée en 2008, pour mutualiser et coordonner les différents moyens techniques et humains détenus par les administrations de l’Etat est une initiative intéressante dont il convient de renforcer le dispositif afin de le rendre pleinement opérationnel.

En matière de défense nationale également, dans une perspective plus générale, la prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs constitue l’une des principales menaces contre la paix et la sécurité internationale. La persistance de crises majeures, en Iran et en Corée du Nord, est très préoccupante et ne doit pas fragiliser le système international de lutte contre la prolifération, dont le Traité de Non Prolifération (TNP) qui est un bien commun de la sécurité collective. Tous les efforts doivent être mis en œuvre pour trouver une solution diplomatique à ces crises. Nous devons également poursuivre nos efforts en faveur de l’universalisation du Traité de Non Prolifération et de son respect effectif par les Etats signataires.

S’agissant enfin de la présence de la France dans la structure militaire intégrée de l’OTAN, nous avons constaté que la décision de retour dans cette structure a été prise par le président sortant en 2007 sans débat et sans consultation de la représentation nationale. Il fallait sans doute y voir une sorte d’adhésion idéologique, au nom du « retour dans la famille occidentale » prôné par Nicolas Sarkozy, à l’Amérique des années Bush. Cette décision hâtive n’a pas permis à la France de renforcer son influence au sein de l’Alliance. L’Europe de la Défense a été délaissée. Le temps est venu de procéder à un bilan complet de cette réintégration. Nous favoriserons sur cette base un rééquilibrage politique, dans l’intérêt de la France et de la défense européenne. Nous relancerons également une politique industrielle de défense ambitieuse, dans un juste équilibre européen.

En tout état de cause, nous maintiendrons une ambition nationale élevée pour notre outil de défense, et nous serons particulièrement vigilants dans l’action contre le terrorisme. »

François HOLLANDE

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