Accueil Actualités - AFP A Zanzibar, la culture des algues prend l'eau
Actualités (AFP)
A Zanzibar, la culture des algues prend l'eau

Zanzibar (Tanzanie), 23 avr 2016 (AFP) -

Immergée jusqu'à la taille dans les eaux saphir de l'océan Indien, au large de Zanzibar, Mtumwa Vuai Ameir noue de jeunes pousses d'algues à des piquets en bois, et peste: les récoltes sont décimées par une eau devenue trop chaude alors que la concurrence asiatique enfonce l'"île aux épices".

"Nous sommes désespérés, certains cultivateurs ont été découragés et ont abandonné le travail", regrette Ameir, cultivatrice depuis plus de 20 ans, jetant un regard sur les plages de sables blanc jouxtant son village de Muungoni, sur l'île principale de cet archipel tanzanien semi-autonome.

Pendant que Zanzibar se demande si le réchauffement climatique doit être tenu pour responsable de récoltes désastreuses, la concurrence asiatique casse les prix et gagne des parts de marché.

Le spinosum cultivé à Zanzibar, une algue rouge, jouit d'une réputation mondiale. Cette algue est mangée ou utilisée pour confectionner des cosmétiques et médicaments en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. Sa culture a débuté en 1989 sur l'archipel avec le soutien de l'université de Dar es Salaam.

Zanzibar est d'ailleurs le troisième producteur mondial de ce type d'algues, derrière l'Indonésie et les Philippines. Près de 24.000 fermiers, dont 80% de femmes, ont récolté plus de 16.000 tonnes d'algues en 2015, dont 90% de spinosum, selon le gouvernement local.

Dans une région où les sources de revenus sont rares, la culture des algues permet aux femmes de s'émanciper financièrement, dans une société à 98% musulmane.

Mais alors que la température idéale de l'eau pour la culture du spinosum est de 25 à 30 C°, elle grimpe par endroits jusqu'à plus de 31 C° autour de Zanzibar.

- Eaux plus profondes -

"Quand l'eau est trop chaude, les algues n'arrivent pas à bien se développer, et elles meurent", explique Narriman Jiddawi, biologiste de l'Institut des sciences marines (IMS) de l'université de Dar es-Salaam. "Beaucoup de femmes ont arrêté de cultiver les algues".

Constaté depuis 2012, le phénomène a pris une nouvelle dimension au premier trimestre: Zanzibar a produit un peu plus de 1.400 tonnes d'algues, contre plus de 3.300 tonnes au premier trimestre de 2015.

L'IMS pense que le réchauffement climatique est coupable, mais l'hypothèse reste à prouver par une étude en cours: la température de l'eau est soigneusement surveillée, tout comme des organismes potentiellement néfastes poussant sur le spinosum.

En attendant, l'Institut encourage les fermiers, tests concluants à l'appui, à cultiver dans des eaux plus profondes, et donc plus froides, afin de limiter les "infections". Une option qui complique la tâche des cultivateurs.

Une autre solution pointe le bout de son nez, et certains fermiers, dont Ameir, l'ont déjà adopté: planter du cottonii, une autre algue ayant le double avantage d'être plus résistante et plus rentable.

Mais cottonii ou pas, Zanzibar doit baisser ses prix pour tenter de rester compétitif face aux algues produites à moindre coût en Asie.

Un kilo de spinosum se vendait il y a peu 700 shillings tanzaniens (0,28 euros); il se négocie désormais à 300 shillings. Le prix du kilo de cottonii est lui passé de 1.100 à 700 shillings.

- Grands perdants -

"Nous n'avons aucun contrôle sur les prix, nous devons les ajuster pour conserver nos clients", soupire Arif Mazrui, directeur de la société ZanQue Aqua Farm, productrice et exportatrice. "Les fermiers sont les grands perdants lorsque nous ajustons nos prix".

Ce n'est pourtant pas assez: ces prix restent plus élevés qu'en Indonésie et aux Philippines, où la qualité de la culture de spinosum s'est par ailleurs améliorée ces dernières années, rognant les parts de marché de Zanzibar.

De plus, les gros clients américains et chinois sont géographiquement plus proches de l'Indonésie et des Philippines que de Zanzibar. Le coût du transport restera donc, quoi qu'il arrive, plus élevé pour les algues tanzaniennes.

"L'industrie des algues est devenue difficile, les fermiers et les exportateurs sont aussi frustrés les uns que les autres", assure M. Mazrui. "Mais nous encourageons (les fermiers, ndlr) à continuer la production dans l'espoir que les prix remontent dans un futur proche".

Le président de Zanzibar, Ali Mohamed Shein, réélu fin mars pour un second mandat, a promis de s'occuper du problème, notamment via l'amélioration des équipements. Le gouvernement tente en outre de promouvoir la transformation locale pour contrer la dépendance aux exportations d'algues brutes.

"Nous invitons des investisseurs à venir installer des industries utilisant les algues comme matériau", a déclaré Hashim Moumin, chef du département aquaculture au ministère des Ressources marines et de la Pêche.

Quant aux fermiers, ils n'ont pour le moment que peu de choix: "malgré les prix bas et la production désastreuse, je ne me résous pas à abandonner ce difficile travail", soupire Ameir. "Je dois gagner de l'argent pour subvenir aux besoins de ma famille".

str-pjm/ndy/fal/pb

IMS HEALTH HOLDINGS

Partager cet article :

Retour Abonnez-vous à Marine&Océans

À lire aussi dans cette rubrique

Les articles les plus lus

Accueil Actualités - AFP A Zanzibar, la culture des algues prend l'eau