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Economie maritime
Les Assises de l'économie maritime et du littoral à Dunkerque
le 29 Novembre 2011

Les Assises de la Mer 2010 à Toulon. Le rendez-vous désormais incontournable du milieu maritime français. (PHOTO : LE MARIN)
Les Assises de la Mer 2010 à Toulon. Le rendez-vous désormais incontournable du milieu maritime français. (PHOTO : LE MARIN)

Les Assises de l’Économie maritime et du littoral ont une nouvelle fois rassemblé – cette année à Dunkerque – tous les acteurs du milieu maritime français. Cela aurait pu être pour saluer les réussites d’un secteur dans lequel la France a tant d’atouts. Cela aura été, à l’inverse, pour pointer du doigt ses faiblesses et ses manquements car la situation du secteur maritime français est loin d’être à la mesure de son formidable potentiel. État des lieux.

Les notions de base ont été redites mille fois : 70% de la planète est océanique. 70 % de la population vit à moins de 150 kilomètres des côtes. 90 % du transport mondial est maritime. Le tiers de la production pétrolière est offshore et cette part augmentera. Se poussant du col, la France rabâche qu’elle possède la deuxième surface maritime sous juridiction du monde, avec 11 millions de kilomètres carrés. Et alors ? Partout ou presque, la France perd du terrain dans ce qui constitue ses enjeux maritimes. Le déficit commercial des produits de la mer a plus que doublé en 30 ans pour atteindre la valeur record de 3,27 milliards d’euros en 2010. La faute à un déséquilibre inévitable du marché sur certaines espèces, peut-être. Mais aussi à une gestion fataliste de la flotte de pêche et à une incapacité à dynamiser la production aquacole, autant en métropole qu’à l’outre-mer. Le déficit commercial du transport maritime français, lui, n’est pas chiffré et c’est bien dommage. Certes, le développement des groupes CMA CGM, Bourbon, Louis-Dreyfus, Brittany Ferries, est remarquable. Mais on ne se soucie guère d’avoir vu les compagnies Fouquet-Sacop, Petromarine, Navale Française, passer sous capitaux étrangers. Le précédent de Broström France, racheté par Maersk et quasiment rayé de la carte peu après, rappelle que les rachats se font rarement au profit des filiales. Le marché de la croisière, l’un des rares à échapper à la crise, se fait en France via des groupes étrangers, à la seule exception de la Compagnie du Ponant, présente seulement dans un marché de niche.

Pétrolier en attente devant la raffinerie de Fos-sur-Mer lors d’un conflit social. (PHOTO : PHILIP PLISSON)
Pétrolier en attente devant la raffinerie de Fos-sur-Mer lors d’un conflit social. (PHOTO : PHILIP PLISSON)

Dans les ports, l’économie française est, chaque jour, irriguée par des dizaines de navires de tous types où l’armement français brille par sa faiblesse, avec le cas particulier et majeur, du cabotage. Les marchandises y sont manutentionnées par des entreprises qui appartiennent pour moitié à des capitaux étrangers. La construction navale civile ne survit plus que par des commandes de proximité, à l’exception du groupe Piriou, seul à s’être internationalisé, mais sous la houlette du groupe Bourbon. Le dernier grand chantier civil français, à Saint-Nazaire, a été donné par Alstom – qui ne voyait pas la navale dans son «core business» – en janvier 2006 au norvégien Aker Yards, qui l’a revendu avec profit ainsi que le reste de sa division navale, au coréen STX, en octobre 2007. À quoi sert-il de répéter que la France et l’Europe se concentrent sur la construction navale à haute valeur technologique ? C’est vrai pour le naval de Défense, avec DCNS, Thales et quelques autres. Mais qu’on ne dise pas que l’industrie asiatique est cantonnée aux navires simples : l’offshore mondial fait construire à Singapour, en Corée, en Chine, des plates-formes ou des navires de production et de stockage (de pétrole et maintenant de gaz) dont la valeur varie de 1 à 3 milliards de dollars. C’est le prix d’un sous-marin nucléaire. L’appel d’offres en cours pour une première vague d’éolien offshore permettra peut-être de donner naissance à une filière française. Mais les grands groupes qui s’y tailleront la part du lion solliciteront pour cela le savoir-faire de sociétés rachetées en Allemagne, en Espagne, qui sont les vraies pionnières dans ce secteur d’avenir.

Les chantiers de l’Atlantique (PHOTO : PHILIP PLISSON)
Les chantiers de l’Atlantique (PHOTO : PHILIP PLISSON)

Desserrer l’étau budgétaire

En ce qui concerne les forces navales, la France traite moins mal sa marine que la plupart de ses voisins. Les programmes Fremm et Barracuda, sécurisés avant la crise des dettes souveraines, en sont l’illustration. Mais les contractions de personnel, la réduction de la flotte, ne permettent plus d’assurer toutes les missions de souveraineté imposées par En ce qui concerne les forces navales, la France traite moins mal sa marine que la plupart de ses voisins. Les programmes Fremm et Barracuda, sécurisés avant la crise des dettes souveraines, en sont l’illustration. Mais les contractions de personnel, la réduction de la flotte, ne permettent plus d’assurer toutes les missions de souveraineté imposées par l’outre-mer français, seul de cette importance parmi les nations européennes. Quant à la capacité militaire, le conflit contre les médiocres forces libyennes montre qu’elle n’est pas surdimensionnée. La lutte contre les talibans en Afghanistan, le secours porté au Liban, le coup d’arrêt à la folie du colonel Khadafi, la lutte contre la piraterie (qui pénalise autant le transport maritime que la pêche thonière française) ou le trafic de drogue, sont pourtant des évidences qui devraient permettre aux politiques de desserrer l’étau budgétaire. Dans ce triste inventaire à la Prévert, une seule cause : une impardonnable méconnaissance, au sein des sphères politiques et économiques, des intérêts maritimes de la France.


Dunkerque : le grand rendez-vous
des décideurs de l’économie maritime et du littoral

Les Assises de l’Économie maritime et du littoral organisées à Dunkerque, les 29 et 30 novembre 2011, par Le Marin et Les Échos en association avec le Cluster Maritime Français et l’Institut Français de la Mer sont le grand rendez-vous (plus de mille participants pour les six précédentes éditions) des décideurs du milieu maritime. Elles sont, pendant deux jours, un extraordinaire lieu d’échanges sur les enjeux maritimes majeurs : développement de l’économie maritime, compétitivité des ports français, développement de l’éolien offshore, exploitation des nouvelles routes maritimes et des ressources énergétiques en mer, réforme de la politique européenne de la pêche, mais aussi réduction des émissions polluantes du transport maritime ou lutte contre la piraterie. Leur importance est à nouveau confirmée par la présence, cette année, de personnalités politiques et économiques de premier plan : Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture et de la Pêche, Thierry Mariani, ministre des Transports, Gérard Longuet, ministre de la Défense ainsi que des principaux dirigeants publics et privés de l’économie maritime.

Informations : www.economiedelamer.com

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