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L’Ifremer étudie les champs de nodules polymétalliques
le 27 Mars 2012

L’Atalante, navire de la flotte Ifremer ©Ifremer/Michel GOUILLOU
L’Atalante, navire de la flotte Ifremer ©Ifremer/Michel GOUILLOU

L’Atalante, navire de la flotte Ifremer
©Ifremer/Michel GOUILLOU

Source IFREMER

La campagne océanographique franco-allemande BIONOD [1] (contraction de BIOlogie et NODules) a débuté le 27 mars à bord du navire L’Atalante de l’Ifremer. Elle se poursuivra pendant un mois et demi, jusqu’au 10 mai prochain, dans le Pacifique nord-est, dans la zone de Clarion-Clipperton, entre l’archipel d’Hawaï et la côte ouest du Mexique.

La campagne BIONOD répond aux engagements de la France vis-à-vis de l’Autorité internationale des fonds marins [2] qui lui a attribué un secteur de 75 000 km2 pour l’exploration des nodules polymétalliques [3]. La campagne vise à décrire, à comprendre et à comparer la distribution des espèces dans les zones avec et sans nodules. Elle a pour objectif d’établir, sur une base scientifique, une stratégie de préservation de la biodiversité profonde dans la perspective de l’exploitation potentielle de ces nodules riches en métaux.

Les recherches menées par l’Ifremer sur les zones à nodules polymétalliques de Clarion-Clipperton bénéficient des travaux du CNEXO - ancêtre de l’Ifremer entre 1970 et 1988 - chargé d’acquérir les connaissances nécessaires pour définir une stratégie d'exploitation. Depuis 2001, l’Ifremer est engagé par contrat auprès de l’Autorité internationale des fonds marins concernant les règles d’exploitation de ses permis miniers dans la zone Clarion-Clipperton. Le contrat indique notamment l’obligation d’effectuer un état de référence de l’écosystème benthique, c'est-à-dire de décrire les communautés animales présentes sur le fond, ainsi que les caractéristiques de leur habitat.

La campagne BIONOD mobilise une trentaine de scientifiques. Dirigée par Lénaïck Menot du Laboratoire Environnement Profond au centre Ifremer Bretagne, elle est menée en collaboration avec les équipes allemandes de l'Institut fédéral des sciences de la terre et des matières premières [4] et du Centre de recherche allemand en biodiversité marine [5].

Concombre de mer, Psychropotes semperiana, sur un fond à nodules du Pacifique nord  ©Ifremer-Nautile/Campagne Nodinaut
Concombre de mer, Psychropotes semperiana, sur un fond à nodules du Pacifique nord ©Ifremer-Nautile/Campagne Nodinaut

Concombre de mer, Psychropotes semperiana, sur un fond à nodules du Pacifique nord
©Ifremer-Nautile/Campagne Nodinaut

La campagne BIONOD se déroule dans la zone en rouge © Ifremer
La campagne BIONOD se déroule dans la zone en rouge © Ifremer

La campagne BIONOD se déroule dans la zone en rouge
© Ifremer

Cette nouvelle campagne fait suite à la campagne Ifremer NODINAUT, menée en 2004 dans la même zone géographique, qui avait permis de montrer que les champs de nodules constituaient un habitat spécifique pour de nombreuses espèces et contribuaient à favoriser la diversité biologique des fonds abyssaux.

Son objectif est de préciser les connaissances sur la distribution géographique des espèces associées aux champs de nodules et de déterminer les facteurs environnementaux susceptibles de l’influencer. Le suivi temporel des zones étudiées lors de la campagne NODINAUT permettra également d’évaluer le dynamisme des écosystèmes formés par les champs de nodules.

Les zones à nodules présentent en effet une biodiversité extrêmement riche. La campagne NODINAUT avait montré que sur une surface équivalente à celle d’une feuille A4, on pouvait dénombrer plus de 1000 espèces d’invertébrés de petite taille. Cette biodiversité sera étudiée grâce à un échantillonnage précis des différentes catégories de faunes (micro-organismes, échinodermes, nématodes, polychètes, etc.). Une série de prélèvements sera effectuée à des profondeurs pouvant atteindre 5 000 mètres avec des outils de type drague et carottier.

La campagne BIONOD va ainsi contribuer à enrichir les connaissances d’une zone de l’océan encore méconnue car difficile d’accès. Les données collectées alimenteront la réflexion pour élaborer une stratégie de préservation de la biodiversité associée aux nodules polymétalliques.

En raison de leur abondance et de leur composition chimique, les champs de nodules polymétalliques - recensés dans tous les océans, sous toutes les latitudes - constituent une importante ressource en minerais (nickel, cuivre, cobalt). Ils sont évalués, sur cette seule portion de 9 millions de km2 située dans la zone Clarion-Clipperton, à 34 milliards de tonnes dont environ 340 millions des tonnes de nickel et 275 millions de tonnes de cuivre.

Leur intérêt commercial était jusqu’à présent encore faible, mais l’épuisement des ressources continentales couplé à la demande croissante en métaux des pays émergents a réveillé les appétits. Il apparaît donc nécessaire d’élaborer une stratégie de préservation de la faune associée aux nodules polymétalliques, en vue de réduire l’impact que pourrait avoir leur éventuelle exploitation.


[1] Contraction de biologie et nodules.

[2] L’Autorité internationale des fonds marins est une organisation internationale autonome chargée de contrôler et d’organiser les activités relatives à l’exploitation minière des eaux internationales.

[3] Les nodules sont des concrétions rocheuses qui tapissent le fond océanique. Majoritairement composés d’hydroxydes de manganèse et de fer, ils présentent un intérêt minier.

[4] Bundesanstalt für Geowissenschaften und Rohstoffe (BGR)

[5] Deutsches Zentrum für Marine Biodiversitätsforschung (DZMB) du Senckenberg Museum.

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