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Le calvaire des otages oubliés de Somalie
le 22 Juillet 2013

Etre otage de pirates somaliens est terrible en soi. Le sort de certains marins, souvent originaires de pays pauvres peu pressés de négocier leur libération, est encore pire faisant d'eux des naufragés oubliés aux mains de leurs ravisseurs.

Selon des données d'Eunavfor, la flotte européenne déployée au large des côtes somaliennes pour lutter contre la piraterie, au moins 54 marins et pêcheurs sont actuellement retenus en otage. La plupart sont issus de familles pauvres d'Asie et détenus dans des conditions sordides depuis parfois plus de deux ans.

La moitié d'entre eux a été littéralement abandonnée par les armateurs quand leur bateau a sombré à l'instar du porte-conteneurs MV Albedo battant pavillon malaisien. Les familles des otages ont adressé une lettre aux pirates : Maintenant que le navire a coulé, écrivent-elles, le propriétaire n'a plus aucun intérêt à payer la rançon et à sauver l'équipage. 

Parmi l'équipage de l'Albedo se trouvent des Bangladais, des Sri Lankais, des Indiens et des Iraniens. Les autres marins ou pêcheurs encore otages viennent essentiellement d'Asie du Sud-Est : Cambodge, Thaïlande, Philippines ou Vietnam.

L'équipage de l'Albedo est retenu en otage depuis novembre 2010. Quand le navire a sombré en juillet 2010, les marins ont été transférés sur un autre vieux rafiot aux mains de pirates, le Naham 3, un bateau de pêche sous pavillon omanais, dont le propriétaire est taïwanais.

Le Naham 3 risquant très vite de connaître le même sort que le MV Albedo (il est relié à la partie émergée de l'épave du navire naufragé et menace de couler d'un moment à l'autre), certains pensent qu'une partie au moins des otages a été emmenée à terre. Mais leur famille n'en restent pas moins inquiètes.

Nous en avons appelé à tout le monde sur cette terre pour que quelqu'un paie pour la libération de nos proches, mais personne n'a écouté ont-elles écrits aux pirates. Nous sommes de très pauvres gens. Nous n'avons même pas de quoi nous payer des médicaments, des frais scolaires ou acheter de la nourriture pour nos enfants.

Aux larges des côtes somaliennes, les attaques de pirates ont chuté ces deux dernières années en raison principalement des patrouilles anti-pirateries déployées par la communauté internationale.

En janvier 2011, les pirates somaliens détenaient encore 736 otages et 32 bateaux. Aujourd'hui, le Naham 3 est le dernier navire d'importance encore retenu au large de la localité d'Hobyo, au centre de la côte somalienne.

Les otages sont des gens pauvres, issus de familles pauvres confirme John Steed, ancien colonel de l'armée britannique aujourd'hui directeur du Secrétariat pour la sécurité maritime régionale, un organisme de liaison entre les ravisseurs et la communauté internationale qui constitue, pour nombre d'otages, le dernier espoir. Le Secrétariat est le seul à encore tenter de convaincre les pirates de les libérer et à faire le lien avec les familles.

Nous espérons et tentons notre possible, ajoute M. Steed.

Les otages rapportent gros aux pirates, véritables hommes d'affaires, uniquement motivés par l'appât du gain. En 2012, ils auraient extorqué plus de 31 millions de dollars (24 millions d'euros) de rançons, selon un rapport publié par le Groupe de surveillance de l'ONU sur la Somalie. Ils sévissent aujourd'hui plus à terre qu'en mer en raison de la pression exercée par les marines internationales.

Mi-juillet, deux employées espagnoles de l'ONG Médecins sans frontières (MSF) ont été remises en liberté dans des circonstances encore mal connues. Elles avaient été kidnappées en octobre 2011 au Kenya avant d'être emmenées en Somalie et, selon plusieurs sources, revendues à des gangs de pirates dans la région d'Hobyo.  

Des forces spéciales étrangères ont lancé des raids pour sauver leurs ressortissants. En 2012, un commando américain a notamment libéré trois travailleurs humanitaires retenus pendant trois mois.

Mi-juillet, Eunavfor a diffusé des photos du Naham 3. On y voit des pirates viser de leurs fusils l'hélicoptère de la force navale qui les photographie. Eunavfor a estimé qu'une intervention était trop risquée et n'avoir vu aucun otage.

Nous gardons une distance de sécurité et surveillons la situation de près, a commenté Jacqueline Sherriff, l'une des porte-paroles d'Eunavfor. Les pirates se sont montrés violents (...) le pire des scénarii serait qu'ils s'agitent et ouvrent le feu.

Les familles des otages, bien en peine de récolter les rançons exigées pour la libération de leurs proches, n'ont aujourd'hui plus pour seule solution que d'en appeler à l'humanité de ces pirates musulmans.

Qu'est-ce que vous allez dire à Allah? Il vous punira pour avoir ôté la vie à des gens innocents, leur ont-elles écrit. Relâchez-les au moins pour des raisons humanitaires, ils risquent de mourir entre vos mains.

Source AFP

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