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Economie maritime
La maritimisation de l’économie mondiale
le 30 Novembre 2014

Par Antoine RABAIN & Sidney DELOURME
Directeur et consultant au sein du Pôle Energies & Technologies Vertes d'INDICTA

Antoine Rabain
Antoine Rabain

L'économie maritime mondiale, qui pèse plus de 1'500 G€/an, soit plus de 3% du PIB mondial (source INDICTA 2011), représente un important potentiel de croissance pour l'industrie européenne. Les développements actuels prennent principalement appui sur la valorisation des ressources marines, afin notamment de répondre aux risques d'approvisionnement et au renchérissement des ressources terrestres. La production de pétrole et gaz en mer constitue, de loin, le premier marché industriel maritimisé (>50% de l'économie maritime en valeur), avec une dynamique d'investissements intense (>100G€/an), afin de repousser les limites de profondeur et de distance des champs par rapport à la côte. Les innovations se focalisent sur la robotique sous-marine autonome, l'immersion de systèmes complexes, ou encore les navire-usines de type FPSO et FLNG, qui produisent les hydrocarbures au plus près de la zone d'extraction.

Si le basculement en mer des activités de transformation de la ressource brute n'est donc pas nouveau, de nouveaux projets d'implantation en mer sont de plus en plus nombreux, et couvrent un large spectre d'activités à logique économique ou non, comme les bioressources et leurs nombreuses applications marchés (biocarburants, bioplastiques, nutrition humaine et animale, engrais, pharmacie, cosmétique, ...), les industries ressources-intensives (minerais, datacenters, cimenterie, métallurgie, papèterie, ...), ou encore les infrastructures grands publiques et régaliennes (stades, hôtels, parcs de loisirs, prisons, ..).

Pour l'ensemble de ces marchés candidats à la maritimisation, l'analyse de leur potentiel de basculement en mer résulte de l'évaluation croisée de paramètres clés comme, pour ne citer que l'un des principaux, la comparaison des bénéfices économiques attendus sur l'ensemble de la durée de vie des projets, les surcouts générés à l'investissement dans les infrastructures devant être compensés par des gains substantiels dans les opérations de production, pour qu'in fine les coûts complets soient plus avantageux.

Pour démontrer la pertinence économique des projets industriels, des investissements restent nécessaires pour assurer de façon crédible et attractive l'ensemble des fonctions « supports », telles que la gestion de l'énergie, de l'eau, des déchets, du stockage, de la logistique, ... Ainsi, les énergies marines renouvelables, qui sont aujourd'hui largement considérées comme une ressource produite en mer pour les besoins à terre, pourraient répondre aux besoins énergétiques croissants des industries implantées en mer, la sécurisation des approvisionnements à coûts maitrisés apparaissant comme un élément clé des investissements futurs.

L'accroissement de la performance et l'optimisation des processus industriels, en capitalisant sur les nombreux autres atouts du milieu marin, représentent aussi des critères de poids pour arbitrer vers la maritimisation d'une activité industrielle terrestre : la réduction des coûts de production grâce au facteur d'espace maritime quasi-infini, ou à l'ensemble des ressources naturellement présentes et au raccourcissement des chaines et des flux logistiques, sont autant de facteurs déterminants pour accélérer cette tendance. D'autant plus en y ajoutant des facteurs plus qualitatifs comme celui de la mobilité (flexibilité et évolutivité de l'usage des structures en mer) et de localisation (capacité à se rapprocher de zones à enjeux économiques, stratégiques ou géostratégiques).

A terme, la valorisation des synergies industrielles entre plusieurs activités implantées conjointement en mer (cimenterie, algoculture, etc.), renvoyant ainsi aux principes de développement durable et d'économie circulaire, pourrait accélérer le franchissement des seuils justifiant le basculement d'activités terrestres en mer. Les opportunités sont ainsi vastes et multiples, et concernent aussi bien les innovateurs experts du milieu marin que les acteurs de services qui sauront proposer de nouveaux modèles organisationnels et de partage du risque entre constructeurs, opérateurs et clients utilisateurs.

Les études d'opportunités multi-marchés que nous avons menées récemment sur cette thématique nouvelle, sont fondées sur l'analyse technico-économique de près de 50 projets innovants dans le monde (ports logistiques, plateformes de services, centrales électriques flottantes, aéroports, terminaux pétroliers ou de gaz liquéfiés, ...) dont les premiers sont de « simples » extensions côtières, mais pour les plus récents, font référence à des structures flottantes mobiles et indépendantes du littoral. Nous avons identifié à l'issue de ces travaux près de 30 marchés candidats à la maritimisation, et avons modélisé les seuils permettant de justifier la pertinence économique de leur basculement en mer, à plus ou moins long terme. Nous avons en outre cartographié un écosystème mondial de plus de 150 acteurs actifs dans le développement de nouvelles technologies et nouveaux modèles d'affaires (ingénieristes, systémiers, équipementiers, utilités, opérateurs, start-ups, institutionnels et académiques).

En savoir + : www.indicta.com 

(*) Directeur et consultant au sein du Pôle Energies & Technologies Vertes d'INDICTA

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