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Entretien avec JEAN-MICHEL PALAGOS, PDG de Défense Conseil International
le 07 Décembre 2014

PHOTO : TDR
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Ancien contrôleur général des armées et directeur de cabinet adjoint du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, Jean-Michel Palagos est, depuis fin 2013, à la tête de Défense Conseil International (DCI). La structure créée en 1972 a vocation à accompagner, par de la formation opérationnelle, la vente d’équipements militaires français à des pays étrangers. Explications.

Vous avez été nommé à la présidence de DCI il y a près d'un an. Quelle feuille de route avez-vous fixée à l'entreprise à votre arrivée ?

Ma première priorité a été de réaffirmer et donc de renforcer  la raison d'être de DCI, c'est à dire le transfert du savoirfaire des armées françaises vers les pays amis : de l'armée de terre et de la gendarmerie avec le département DCI-Cofras, de la Marine avec DCI-NAVFCO et de l'armée de l'air avec DCIAirco, mais aussi de la Direction générale de l'armement avec DCI-Desco. Je veux aussi être à l'écoute des armées de ces pays pour répondre à leurs attentes. Lors de ma prise de fonction, Monsieur Jean-Yves le Drian, le ministre de la Défense, m'a donné comme mandat de renforcer les liens avec les armées, car il considère que DCI doit être leur ambassadeur. Nous y sommes à présent parvenus. Ma seconde priorité est le développement et la modernisation des méthodes de travail, notamment dans l'ingénierie de formation. Le cap est fixé, les objectifs sont clairs : développement vers de nouvelles zones géographiques, en particulier l'Amérique latine et l'Asie. Nouvelles offres, pour mieux répondre aux attentes des pays amis. Cela passe par une politique résolue en matière d'innovation pédagogique pour être toujours en pointe. Nous avons des objectifs de croissance volontaristes, et tous les collaborateurs de DCI sont mobilisés pour les atteindre. Ma troisième priorité, très liée aux deux premières, est de contribuer à l'efficacité de « l'équipe France export ». Je suis à la disposition de tous les industriels français pour venir en appui de leurs offres d'équipement, dans ce que j'appelle la création d'une offre capacitaire, qui comprend non seulement la fourniture de l'équipement, mais aussi la formation opérationnelle, c'est notre coeur de métier, et souvent aussi le maintien en condition opérationnelle. Après dix mois à la tête de DCI je peux dire que le cap est partagé avec toutes les équipes, nous avons retrouvé le sens de notre mission et de notre raison d’être, je dirais même de notre génétique.

DCI-NAVFCO propose des formations labélisées par la Marine française. Quelles sont-elles précisément ?

DCI-NAVFCO propose aux pays partenaires différents types de formations navales : des formations initiales, comme le cours de l’Ecole navale pour officiers étrangers ou la formation supérieure aux Masters d’ingénieur naval ; des formations « opérations » s’adressant à des marins déjà expérimentés ; des formations de spécialités comme la plongée, la sécurité des navires, etc., des formations globales, enfin, accompagnant l’acquisition d’une capacité nouvelle comme un nouveau type de bâtiment, par exemple.

Les pays du Golfe, Arabie Saoudite, Koweït, Qatar... sont, historiquement, parmi vos clients majeurs. Est-ce toujours le cas et si oui, avec quelles perspectives ?

Nous sommes présents dans les pays du Golfe depuis 42 ans. Nos liens sont donc très solides. Mes équipes aiment ces pays amis de la France où elles se sentent bien. Dès ma prise de fonctions, en décembre 2013, j’y ai commencé une tournée, pour ne pas dire un véritable marathon, car je veux créer des liens personnels de confiance avec leurs autorités militaires. Je veux les convaincre, si nécessaire, que le savoir-faire des armées françaises est d’une richesse inouïe et sans doute l’un des meilleurs du monde, je veux aussi les convaincre de la qualité de notre savoir-faire dans le management des programmes d’armement et dans le maintien en condition des matériels. Le professionnalisme des armées françaises a été démontré ces dernières années, c’est ce professionnalisme que je veux apporter à nos amis.

Comment voyez-vous l’évolution de DCI dans les années à venir ?

DCI est une entreprise, mais DCI est aussi un levier de l’action de la France au profit des pays amis, nous contribuons directement à la stratégie d’influence de notre défense dans le monde. C’est la combinaison de ces deux caractéristiques qui fait notre originalité et détermine l’évolution de l’entreprise. Dans les cinq à dix ans qui viennent, il y aura une continuité forte. DCI restera le porteur du transfert du savoir-faire des armées françaises au profit des pays amis. Il s’agit du socle. Mais en même temps, DCI doit être créatif dans le but de diversifier son offre et de proposer des innovations. Là réside sa plus-value. Quelques exemples de cette créativité : la création du Cyber Defense Management Institute ; l’affrètement du bâtiment de formation maritime Almak pour l’instruction à la navigation des cadets; l’acquisition de Vigie aviation pour l’ISR (Intelligence, Surveillance, Recognition) léger. Nous allons poursuivre dans cette voie, avec, par exemple, un fort développement du e-learning et l’élaboration de méthodes de formation utilisant des serious games. Je pourrais même revisiter notre sigle : Développement, Créativité, Innovation.

DCI a assuré la formation d’officiers de la Marine libyenne. Quelle en était la nature et où en est aujourd’hui la collaboration avec ce pays au regard de l’instabilité dans lequel il se trouve ?

DCI a formé ces dernières années des officiers libyens dans trois domaines distincts. Une petite vingtaine d’entre eux a bénéficié de la formation initiale d’officier de Marine dispensée par le Cours de l’École navale pour officiers étrangers (Cenoe) ; une quinzaine d’officiers plus anciens ont suivi, quant à eux, un cours de formation à la conduite d’opérations navales, mis en place spécialement au sein de l’école de DCI, située au sein du centre d’instruction naval de Saint-Mandrier. Enfin, un vaste programme de formation à la plongée militaire a concerné, à Toulon, une soixantaine de plongeurs libyens. Aujourd’hui nous poursuivons, lorsque c’est possible, les formations déjà entamées car le retour à la stabilité de ce pays est peut-être proche.

Que pouvez-vous nous dire de ce projet de contrat avec l’Arabie saoudite portant potentiellement sur l’achat de six Fremm, de missiles de croisière naval, de missiles Aster, de missiles Exocet block 3 et de dix hélicoptères NH 90 et de la manière dont DCI pourrait être impliqué dans sa mise en oeuvre ?

DCI a pour mission de transférer le savoir-faire de nos armées. Si les grands contrats potentiels que vous évoquez voient le jour, nous proposerons bien entendu d’accompagner l’offre des industriels avec une offre de formation adaptée qui permette aux futurs utilisateurs de ces équipements navals d’en maîtriser non seulement la conduite mais aussi l’utilisation opérationnelle. Telle est la logique de l’offre capacitaire que j’abordais précédemment : allier la proposition d’équipements venant des industriels à une offre de service et de formation portées par DCI.

Comment organisez-vous concrètement les formations pour les marines clientes ?

Chaque contrat de formation possède son propre objectif, sa propre durée et, par conséquent, sa propre organisation. On ne forme pas de la même manière un jeune cadet et un officierdéjà rompu au métier de marin militaire. Aujourd’hui nos formations se déroulent soit en France dans nos ports militaires, soit dans le pays auquel nous transférons le savoir-faire français. DCI s’est dotée, au fil des années, d’une ingénierie de formation originale et dynamique qui s’appuie de plus en plus sur du matériel de simulation utilisant les technologies actuelles de l’information. Rester performants et modernes dans cette ingénierie particulière est un vrai défi que nous relevons avec détermination en privilégiant l’innovation.

PHOTO : DCI
PHOTO : DCI

Le savoir-faire de DCI n’est-il pas résumé dans les dix ans de sa relation avec la Marine malaisienne et la formation des personnels de sa force sous-marine ?

Il est exact de dire que l’accompagnement de la Marine royale malaisienne vers l’acquisition d’une force sous-marine autonome a mobilisé une large palette des ressources et du savoirfaire de l’entreprise. Il a fallu créer des cours de plusieurs niveaux, armer l’équipage d’un sous-marin école (le SM Ouessant), apprendre la mise en oeuvre du Scorpène, instruire les équipages  malaisiens à la navigation sous-marine, créer un tutorat pour les officiers occupant les fonctions essentielles, accompagner leur maîtrise de l’outil et enfin, monter avec eux, à Bornéo, une école de navigation sous-marine et y former leurs instructeurs pour qu’ils parviennent à l’autonomie de recrutement et d’instruction. Les deux sous-marins malaisiens naviguent aujourd’hui en patrouille opérationnelles. C’est indéniablement un succès du savoir-faire français en général et de DCI en particulier.

En savoir plus : www.groupedci.com 

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