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Suivez l’expédition scientifique d’Yvan Griboval à bord de l’OceanoScientific Explorer
le 27 Janvier 2017

C'est parti pour l'inconnu, 

par Yvan Griboval

à bord de l'OceanoScientific Explorer

 

Pour ceux qui ont raté les dix premiers épisodes - toujours disponibles sur le site de l’association philanthropique d’intérêt général OceanoScientific, tout comme les onze Kids Newsletters déjà diffusées - et alors que j’ai quitté Cape Town (Afrique du Sud) en solitaire jeudi 26 janvier, voici les grandes lignes de mon expédition. Le 17 novembre, S.A.S. Le Prince Souverain Albert II de Monaco a largué les amarres de l’OceanoScientific Explorer "Boogaloo" du Yacht Club de Monaco et j’ai mis cap au Sud-Ouest. J’ai attendu douze jours à Cartagena (Espagne) qu’une fenêtre météo s’ouvre à Gibraltar. Puis j’ai relié d’une traite Cape Town. Soit 42 jours de mer au total, sans l’ombre d’une avarie ou d’un quelconque problème. Quinze jours en Afrique du Sud ont permis de vérifier tout le navire et de minutieusement préparer le matériel océanographique embarqué. La campagne de collecte de données scientifiques à l’interface océan - atmosphère dans le Courant Circumpolaire Antarctique, dans des zones maritimes peu ou pas explorées, commence donc en ce moment. De Cape Town, je me dirige ainsi vers Monaco, mais en faisant le tour de l’Antarctique cap à l’Est. Toujours en solitaire sur mon bolide de 16 mètres en carbone. Retour à Monaco estimé à la mi-avril.

Plus je progresse dans mon expédition, de surcroît désormais, alors que je suis dans le vif du sujet et que l’OSC System collecte automatiquement toutes les six secondes les données de dix paramètres différents, plus je trouve pertinent d’envisager l’avenir de la recherche océanographique dans le Courant Circumpolaire Antarctique et l’Océan Austral à la voile. En ce moment je détourne un voilier né pour la compétition océanique dans ces contrées hostiles où Quarantièmes Rugissants et Cinquantièmes Hurlants font la loi, au profit d’un usage à destination de la communauté scientifique internationale en charge de l’étude des causes et des conséquences du changement climatique. Mais, à terme, profitant du fait qu’entre les cinq continents et l’Antarctique le vent ne s’essouffle jamais, il y a vraiment une pertinence à imaginer des navires océanographiques qui, à l’image de ceux qui naviguent aujourd’hui, seraient capables d’embarquer un matériel sophistiqué et encombrant servi par un bataillon de scientifiques et d’ingénieurs. Car tenir une moyenne de dix à douze nœuds uniquement grâce aux voiles me paraît un objectif raisonnable pour un grand navire à voile. Plutôt que de brûler de 50 à 70 tonnes de gas-oil …par jour, pour aller à la même vitesse !

Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs. Ou la voile après la vapeur. Avant de passer à l’étape suivante du Programme OceanoScientific, dont la raison d’être est l’enchaînement d’expéditions autour de l’Antarctique à la voile durant l’été austral, comme en ce moment, puis, rapidement ensuite je l’espère, chaque hiver austral (juin - septembre) ; il s’agit de réaliser une expédition de qualité avec Boogaloo. D’autant que c’est une première. Jamais auparavant un voilier est allé ainsi collecter des données océanographiques à l’interface air - mer dans ces zones maritimes importantes pour la compréhension du Climat, mais peu renseignées. Voire pas du tout dans certaines zones où je ferai fonctionner l’OSC System et où je collecterai parallèlement des échantillons d’eau de mer de surface pour l’IFREMER et le CNRS.

Ma route va couper celle de deux navires scientifiques en expéditions. Il y a le navire français Marion-Dufresne qui navigue actuellement dans l’Océan Austral, avec bon nombre de scientifiques à son bord. Il y a également l’expédition internationale ACE - pour Antarctic Circumnavigation Expedition - qui est coordonnée par le Swiss Polar Institute et l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) à l’initiative et avec les subsides de Frederik Paulsen, "Gentleman Explorateur" qui a affrété pour cela le navire russe Akademik Treshnikov. Pas moins de vingt-deux projets sont menés dans ce cadre, par 55 scientifiques représentant trente pays. Dans les deux cas, notre routeur : Christian Dumard, veille au croisement des routes, afin que les données collectées sur les trois différents navires : le deux cités dans ce paragraphe et celui que je mène actuellement, soient comparées ultérieurement. Car plus les scientifiques disposeront de données fiables, c’est-à-dire contrôlées et validées, plus ils pourront nous renseigner, ainsi que ceux qui nous gouvernent, au sujet des causes et, surtout, des conséquences du changement climatique.

Dans cette circumnavigation, je vais évidemment emprunter les routes des courses océaniques. A commencer sur le trajet de Cape Town vers la Nouvelle-Zélande, que j’ai parcouru en équipage à bord de L’Esprit d’Équipe durant l’été austral 1985-86 à l’invitation de Lionel Péan, vainqueur de la Whitbread, la course autour du monde en équipage devenue depuis Volvo Ocean Race. Je vais aussi inscrire mon sillage dans ceux de Thomas Coville et Francis Joyon, les extraordinaires recordmen du tour de la Planète à la voile. Je vais également croiser et recroiser les traces laissées virtuellement par les concurrents du Vendée Globe. A cette différence que je ne cours ni contre la montre, ni par rapport à d’autres marins. Je suis là pour rapporter des informations scientifiques de la meilleure qualité qui soit. Cela ne m’empêche pas d’aider parfois mon bolide Finot-Conq à s’exprimer en dévoreur de milles marins. Ou de réaliser de belles moyennes parce que les conditions de mer et de vent font que Boogaloo ne me demande pas mon avis pour enchaîner les surfs à n’en plus finir. La longue houle qu’aucune terre, jamais, n’arrête, est en effet un terrain de jeu exceptionnel.

En savoir + : www.oceanoscientific.org

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