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Danse avec les raies
le 16 Décembre 2011

Danse avec les raies-PHOTOS JEAN-MARIE GHISLAIN
Danse avec les raies-PHOTOS JEAN-MARIE GHISLAIN

Hanli Prinsloo est journaliste, documentariste et actrice – elle a doublé l’ex-James Bond girl, Halle Berry, dans son dernier film Dark tide – mais elle est également, et peut-être avant tout, une avocate passionnée de la cause des océans à travers sa fondation I am water (iamwater.co.za). Championne d’Afrique du Sud d’apnée, Hanli Prinsloo a mis sa discipline – qu’elle pratique depuis plus de treize ans – au service de son engagement. Elle parcourt le monde sous-marin à la rencontre de ses habitants les plus emblématiques, évoluant à leurs côtés sans autres moyens qu’une goulée d’air, un masque et une palme. Elle a pour ambition de restituer leur beauté et leur grâce en antidote au poison de la surexploitation, et parfois de la simple cruauté, qui les menacent de disparition. Elle est partie à la rencontre des raies mantas de la baie de Hanifaru aux Maldives que l’Unesco a désormais décidé de protéger de la pression du tourisme animalier. Récit.

Posées dans leur écrin bleu azur dans le sud lointain de l’Inde, les Maldives comptent près de 1 200 îles coralliennes – dont à peine plus de 200 sont habitées – disséminées sur un espace immense de près de 90000 km2. L’océan est pour chacune d’elles leur jardin, leur vue et leur survie. La pêche, et bien sûr le tourisme, sont au coeur de l’économie desMaldives. Je ne suis pas venue dans ce paradis pour profiter de ses plages de sable blanc, de ses cocotiers, de ses arbres en fleurs et de ses magnifiques hôtels plantés dans des eaux translucides. Ma base pour dix jours est un yacht non moins luxueux, l’AtollChallenger, propriété de la société OK Maldives, spécialisée dans les croisières plongées depuis près de trente ans. Notre destination est la baie de Hanifaru où a lieu chaque année, de août à novembre, le plus grand rassemblement de raies mantas au monde. Je pratique l’apnée en compétition depuis près de treize ans maintenant. Je la pratique aussi pour rencontrer, demanière privilégiée, les animaux marins. J’ai côtoyé les dauphins, les baleines, les otaries, les tortues, les requins et beaucoup d’autresmais je n’ai jamais encore rencontré de raies mantas. Les plus grandes peuvent atteindre sept mètres d’envergure. Elles constituent l’une des attractions majeures des Maldives.

Danse avec les raies-PHOTOS JEAN-MARIE GHISLAIN
Danse avec les raies-PHOTOS JEAN-MARIE GHISLAIN

«Les Mantas ne montrent aucun signe d’effarouchement. Elles évoluent lentement, m’évitant d’un coup d’aile gracieux lorsque je me trouve sur leur trajectoire. Je n’ai jamais vu de créatures aussi élégantes.»

Danse avec les raies-PHOTOS JEAN-MARIE GHISLAIN
Danse avec les raies-PHOTOS JEAN-MARIE GHISLAIN

«Destination Hanifaru à bord de l’Atoll Challenger de la société OK Maldives, là où a lieu chaque année d’août à novembre le plus grand rassemblement de raies mantas au monde.»

Danse avec les raies-PHOTOS JEAN-MARIE GHISLAIN
Danse avec les raies-PHOTOS JEAN-MARIE GHISLAIN

Ce voyage, que je fais avec le photographe sous marin belge Jean-Marie Ghislain, est un voyage initiatique. Atoll Challenger est mouillé face au terminal de l’aéroport de Malé, la capitale des Maldives. Nous levons l’ancre et mettons cap au Nord vers la baie d’Hanifaru, dans l’atoll de Baa. Les raies mantas s’y rassemblent chaque année pour se nourrir des vastes nuages de plancton qui s’y accumulent au sortir de l’été en raison de l’interaction exceptionnelle des marées et de la mousson du Sud-Est. Le vent et les marées poussent et concentrent le plancton dans ce lagon peu profond, en faisant une table parfaite pour un festin.Nous naviguons tranquillement vers leNord, nous arrêtant de temps à autres pour plonger sur des thilas spectaculaires, ces formations coralliennes qui montent des profondeurs pour affleurer à la surface. Nous y rencontrons une vie foisonnante, des bancs de poissons de toutes tailles, des tortues, de petites raies et des requins. Nous plongeons également sur des tombants qui nous réservent parfois d’étonnantes surprises comme cette rencontre avec un requin baleine.Ce jour-là, quatre bateaux sont présents sur le site, en plus du nôtre. Une soixantaine de personnes s’estmise à l’eau pour observer ce monstre débonnaire. La pression sur l’animal est manifeste. Il se fraie un passage dans la masse et, telle une star au festival de Cannes, s’esquive vers des lieuxmoins encombrés.Ces plongées qui rythment notre croisière sont exceptionnelles. La température de l’eau est de l’ordre de 27°C, la visibilité tout simplement incroyable, tout est merveilleuxmais je ne suis pas dans le coup. Je suis trop impatiente d’arriver à Hanifaru. Je harcèle mes guides, leur pose mille questions sur le rassemblement des mantas. Seront-elles nombreuses cette année ? Y aura-t-il beaucoup d’autres plongeurs ? Marie-Laure Blidon, associée de OK Maldives et plongeuse confirmée,m’explique patiemment combien les vents, lesmarées, les courants et finalement le plancton conditionnent tout cela.

Fantôme d’un autre temps

Nous atteignonsHanifaru au bout de six jours de navigation. L’après-midi est déjà bien avancée. Je suis impatiente de plonger. J’enfilemamonopalme, ajuste mon masque et me glisse dans l’eau. Je sens un léger picotement sur la peau, l’effet d’une eau très chargée enmicro-organismes et en plancton. S’il est là, alors certainement… Une, deux, trois respirations et je glisse dans l’eau bleu-vert en veillant à regarder autour demoi dans l’espoir d’une rencontre. Et je la vois. Tel un fantôme d’un autre temps, elle entre dansmon champ de vision. Elle doit atteindre au moins trois mètres. Elle évolue lentement, semblant ne pas me voir. Sa bouche est grande ouverte pour avaler le plancton, au point que je peux voir en elle. Jem’efface d’un coup de palme pour la laisser passer au-dessus de moi. Je l’observe, fascinée. Mon coeur oublie quelques battements. Le blanc laiteux de son ventre est pigmenté de taches noires, ses seules marques distinctives, ses «empreintes digitales ». Subitement elles sont là. Plus de dixmantas, la bouche également béante. Elles m’enveloppent, nageant au-dessus, en-dessous, autour demoi. À cet instant-là, je me sens petite, minuscule même dans cet univers, LEUR univers. Elles semblent, ellesaussi, m’ignorer, accaparées par leur festin. La plongée en apnée offre ce privilège magnifique de pouvoir évoluer au plus près des animaux sans les troubler, mais sans non plus toutefois être admis comme unmembre de la famille. Je plongemon regard dans l’oeil de la raie qui plane à côté de moi, proche àme toucher. Il est grand, rond, noir, bordé de ridules que l’on dirait d’expression. Suis-je acceptée ou seulement tolérée ? Les mantas ne montrent aucun signe d’effarouchement. Elles évoluent lentement,m’évitant d’un coup d’aile gracieux lorsque jeme trouve sur leur trajectoire. Je n’ai jamais vu de créatures aussi élégantes.

Danse avec les raies-PHOTOS JEAN-MARIE GHISLAIN
Danse avec les raies-PHOTOS JEAN-MARIE GHISLAIN

«Telles des fantômes d’un autre temps, elles entrent dans mon champ de vision. Plus de dix mantas, la bouche béante, m’enveloppent.»

Encadrer et limiter le tourisme animalier

Plusieurs bateaux sont maintenant entrés dans la baie. Je ne suis plus seule dans l’eau. Il y a des plongeurs en bouteille en bas et des nageurs avecmasque, palmes et tubas à la surface.Dans demagnifiques et douloureuses évolutions, les mantas continuent à se nourrir autour de nous dans cet espace devenu soudainement si restreint. Elles semblent toujours imperturbables face à cette invasion. Pourtant, je ne peuxm’empêcher de m’interroger sur la pression exercée sur ces animaux à un moment si crucial de leur vie biologique. Les raies mantas de la baie d’Hanifaru seront heureusement bientôt plus tranquilles. Reconnu comme biosphère marine par l’Unesco, en juin 2011, l’atoll de Baa va bénéficier d’un programme destiné à encadrer, voire limiter le tourisme animalier. À partir de janvier 2012, aucun bateau ne pourra plus pénétrer dans la baie d’Hanifaru. Les plongeurs et les apnéistes seront toujours autorisés à approcher les raies mais ils devront accéder à la baie à la nage. Le nombre de bateaux autorisés à mouiller aux abords de la baie sera limité à cinq à la fois, pour 45 minutes maximum de visite. Ce sont desmesures courageuses de la part d’une nation dont la survie dépend principalement, si ce n’est totalement, du tourisme. Hanifaru est l’un de ses sites les plus connu. Il attire chaque année, sans aucune limite, des milliers de plongeurs avec le bénéfice financier que l’on peut imaginer. Ce plan est cependant nécessaire et sage. Je suis une amoureuse de l’interaction avec les grands animauxmarinsmais celle-ci doit fonctionner pour le bien des deux protagonistes. Si l’un d’eux en souffre, le contrat n’est pas rempli. Les océans sont notre dernier espace sauvage. Nous devons toutmettre enoeuvre pour qu’il le demeure. J’espère que ce type de mesures sera étendu à d’autres sites desMaldives et générera plus globalement une réflexion sur la question de l’approche par le grand public des animauxmarins afin de préserver leur environnement. Le soleil se couche à l’ouest du lagon. Il ne reste plus assez de lumière naturelle pour réaliser les images de Jean-Mariemais nous ne voulons, ni l’un ni l’autre, sortir de l’eau.Nous sommes incapables de nous détacher de ce ballet. Allez, une dernière plongée, quelques pas de danse et un ultime échange avec l’un de ces doux géants qui m’observe de son oeil bienveillant. Une inspiration, la descente, puis je lève la tête et regarde une dernière fois ces silhouettes au ventre blanc ivoire dans la cathédrale de lumière que fabrique le contre-jour. Si vous me demandez aujourd’hui si je crois aux anges, je vous dirai oui.

Danse avec les raies-PHOTOS JEAN-MARIE GHISLAIN
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Reconnu comme biosphère marine par l’Unesco, en juin 2011, l’atoll de Baa va bénéficier d’un programme destiné à encadrer, voire limiter, le tourisme animalier.



 

Rencontrer les raies aux Maldives
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www.plongee-okmaldives.com
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Créé en 1983 par Jacques Gambart, repris en 1990 par Christian Allanic, OK Maldives est un spécialiste reconnu de la croisière plongée aux Maldives. La société possède trois bateaux pour aller explorer les fonds marins de quelques-unes des 1200 îles qui forment cet archipel de l’océan Indien. Si à l’origine les croisières se faisaient à bord de petits dhonis locaux avec une grande cabine-dortoir à huit couchettes, un compresseur embarqué, peu d’eau douce et pas d’électricité, les choses ont aujourd’hui bien changé avec des bateaux de croisière dotés du plus grand confort, aux larges ponts ouverts sur l’extérieur.Auquel s’ajoutent un sens et des attentions de tous les instants. Construit en 2009, l’Atoll Challenger (33 mètres de long, 9 mètres de large, 8 membres d’équipage) possède 8 cabines doubles climatisées avec sanitaires privés. Il est équipé de deux générateurs et d’un désalinisateur. Le dhoni traditionnel qui l’accompagne systématiquement transporte les compresseurs et l’ensemble du matériel de plongée (blocs de 12 litres aluminium et 15 litres acier, nitrox disponible, initiation ou formation recycleur circuit fermé évolution) ainsi que le matériel de sécurité (oxygénothérapie, trousse de secours). OK Maldives s’adresse à des plongeurs plutôt expérimentés.

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Office du tourisme des Maldives
www.visitmaldives.com

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