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"Personne ne nous aide pourtant l'Europe vivra les conséquences de nos victoires comme de nos échecs", Ahmed Maitig, Premier vice-président du Conseil présidentiel lybien
le 25 Mai 2016

Propos recueillis, le 24 mai 2016, à Tripoli, par Cédric Riedmark

Le Gouvernement d'union nationale (GUN) qui devrait théoriquement, aujourd'hui, être à la tête de la Libye est dirigé par un Conseil présidentiel gouverné par M.Fayez el-Sarraj et huit conseillers. Ce GUN dont la mise en place s'avère laborieuse, est le fruit d'un compromis signé sous la tutelle internationale, à Skhirat, au Maroc, le 17 avril 2015.  Avant les accords de Skhirat, la Libye possédait de facto deux "gouvernements" : l'un installé à Tripoli, majoritairement dominé par la ville influente de Misrata, l'autre installé à Tobrouk dont une figure représentative est le général Haftar. Ce dernier était le seul reconnu par la communauté internationale mais son pouvoir effectif ne s'étendait pas sur la Tripolitaine.

Soucieux de préserver leurs pouvoirs, ces deux "gouvernements" freinent pourtant la mise en place du nouveau gouvernement d'union nationale. Le parlement de Tobrouk a ainsi refusé de le reconnaitre et le gouvernement de Tripoli traîne, de son côté, à libérer ses ministères. Le Gouvernement d'union nationale est arrivé à Tripoli le 30 mars 2016 et a sommé, conformément aux accords de Shkirat, l'ancien gouvernement tripolitain de cesser ses activités. En attendant que les anciens ministres veuillent bien quitter les lieux, il a élu domicile dans la petite base navale de Tripoli. Les huit membres du Conseil présidentiel dirigeant le GUN, placés sous l'autorité de M. el-Sarraj, sont représentatifs de l'ensemble de la population libyenne de par leurs origine respective.

Ahmed Maitig, 44 ans, bras droit de M. el-Sarraj nous a accueilli chez lui, à Tripoli. Cet homme d'affaire, originaire de Misrata et ancien Premier ministre en 2014, est actuellement le Premier vice-président du Conseil présidentiel.

Où en est la mise en place du nouveau gouvernement d'union nationale ?

Depuis l'arrivée du GUN à la mi-mars 2016, nous avons tenu à prendre pacifiquement notre place légitime sans heurter les sensibilités locales dans un contexte de crise et de tension palpable. Notre mission est de stabiliser la Libye. La mise en place de la nouvelle administration se fait donc dans le cadre de concertations destinées à instaurer un climat d'apaisement. Actuellement (NDLR : à la date du 24 mai 2016), douze ministères sur une vingtaine ont pu être réactivés, le dernier en date étant celui de l'Intérieur. Le ministère de la Défense, initialement installé à Benghazi, est arrivé il y a trois jours à Tripoli et devrait prendre possession de son bâtiment sous une semaine. Nous avons pris un peu de retard mais le plus dur a été d'amorcer la pompe. Nous comptons désormais sur un effet domino.

Quels sont les freins à la mise en place définitive de ce gouvernement d'union nationale ?

Ils sont de deux sortes. D'une part, nous sommes clairement retardés dans notre action par le parlement de Tobrouk qui n'a pas reconnu notre gouvernement. Le général Haftar, personnalité influente de cette partie de la Libye, refuse de se soumettre au pouvoir civil en dépit des nombreuses propositions qui lui ont été faites. D'autre part, à Tripoli, il existe des mauvaises volontés individuelles qui retardent la mise en place de la nouvelle administration. Mais les instances de concertation permettent de désarmer les crispations et j'ai bon espoir de résorber ces résistances là.

Que compte faire ce nouveau gouvernement pour lutter contre l'immigration clandestine ?

Sur la base des accords signés par l'Union Européenne, et l'Italie en particulier, avec l'ancien régime, nous avons repris des pourparlers avec Federica Mogherini (NDLR : chef de la diplomatie européenne). L'Europe devrait sous peu nous aider dans le cadre de la formation des gardes-côtes. Nous devrions également récupérer les quatre navires des gardes-côtes libyens actuellement en maintenance en Tunisie sous la responsabilité d'une entreprise italienne. Nous avons également abordé le fait de renforcer nos capacités à contrôler les frontières sud du pays afin de stopper ce flux en amont de la bande côtière. A ce jour, nous n'en sommes qu'au stade des discussions.

Qu'en est-il de l'offensive des troupes "misraties" sur Syrte contre Daesh ?

Actuellement, nos troupes ont atteint le terminal pétrolier de Washka. Cependant, ce ne sont pas les troupes "misraties" qui cherchent à libérer Syrte mais bien l'armée nationale libyenne dans le cadre d'une lutte contre le terrorisme. Une chambre de coordination de la lutte contre le terrorisme sur la région Misrata - Syrte est actuellement à la tête de l'opération contre Daesh et répond aux ordres du GUN. Son chef est le général Bachir el-Gadi. Nous lui fixons des objectifs et il nous rend compte des avancées de l'opération. La prééminence du pouvoir civil sur le pouvoir militaire est primordial, ce que le général Haftar refuse. Mais la lutte contre le terrorisme ne se limitera pas à une offensive contre Syrte. D'autres foyers infectieux devront être traités. Nous regrettons cependant le manque de soutien de la communauté internationale dans notre lutte. Personne ne nous aide alors que que, comme dans la lutte contre l'immigration clandestine, l'Europe vivra les conséquences de nos victoires comme de nos échecs.

L'industrie pétrolière, première source de revenus de la Libye, est-elle de nouveau opérationnelle ?

Nous avons relancé la production à hauteur de 350 000 barils/jour ce qui représente 25% de nos capacités. C'est un réel progrès en regard de l'arrêt complet que nous avons connu il y a peu. Nous avons pris des assurances auprès des différents terminaux pétroliers et notre objectif est de passer à 700 000 voire 800 000 barils/jour sous quelques semaines. Une stabilisation renforcée permettra d'accentuer cette relance.

Propos recueillis par Cédric Riedmark, le 24 mai 2016

 

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