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La renaissance maritime de la Chine
le 09 Novembre 2009

La renaissance maritime de la Chine
La renaissance maritime de la Chine

Le budget militaire de la Chine devrait croître de 14,9% en 2009, après une hausse de 17,6% en 2008. La Marine chinoise, forte de 250000 hommes et de plus de 500 navires (27 destroyers, 47 frégates, 263 corvettes et patrouilleurs, 3 SNLE, 5 SNA, 56 sous-marins classiques, etc.) et qui travaille à se doter de porte-avions, est devenue la plus importante d’Asie et la troisième marine mondiale. Ses bâtiments sont répartis entre les flottes du Nord, de l’Est et du Sud. Cette dernière est dotée depuis peu d’une importante base dans l’île de Hainan, construite à partir de 2002 sous le nom de Yulin (ou Sanya), et dont l’existence a été confirmée par le Jane’s en 2008. Cette montée en puissance de la Marine chinoise inquiète les États-Unis qui ont redéployé 60% de leur flotte sous-marine dans le Pacifique.

Selon le vice-amiral John J. Donnelly, commandant des forces sous-marines américaines, la marine chinoise représenterait une menace croissante pour les États-Unis et d’autres pays comme le Japon pour lequel la liberté de navigation dans le détroit de Formose est essentielle à la sécurité de son approvisionnement énergétique. Selon le rapport annuel du Département américain de la Défense intitulé Military power of the People’s Republic of China, destiné au Congrès et publié le 25 mars dernier, le développement militaire de la Chine dans les domaines nucléaire, spatial et cybernétique menacerait les équilibres militaires régionaux en Asie et même au-delà de la zone Asie-Pacifique. Le rapport souligne que la Chine mettrait au point des capacités de tir longue portée dont les implications dépasseraient le cas de Taïwan. Il souligne particulièrement la montée en puissance de la nouvelle base navale de Hainan qui accueillerait une flotte croissante de sous-marins, certains équipés de missiles balistiques, et possèderait des infrastructures souterraines permettant aux bâtiments d’accéder rapidement aux grandes profondeurs de la mer de Chine méridionale, avant de se déployer sur les principales voies maritimes internationales. Cette menace suffirait à expliquer la présence de bâtiments de renseignement américains à proximité de l’île de Hainan. Selon ce même rapport, les nombreuses intrusions observées ces derniers mois contre les réseaux d’ordinateurs du gouvernement américain et d’autres pays dans le monde seraient le fait de la guerre cybernétique engagée par Pékin. La marine chinoise aurait aujourd’hui trois priorités: – assurer une suprématie militaire dans le détroit de Formose, afin de dissuader Taïwan de proclamer officiellement son indépendance; – assurer la sécurité des approvisionnements maritimes de la Chine en matières premières et autres ressources énergétiques, vitales pour la croissance du pays (90% du commerce extérieur chinois utilisent le transport maritime); – faire respecter la vaste Zone économique exclusive (ZEE) du pays, dont la délimitation reste floue en raison de multiples petites îles à la souveraineté contestée (voir carte en haut).

Pour l’avenir, la stratégie de Pékin comprendrait trois étapes :

  • 1re phase à l’échéance 2010 : augmentation des capacités de projection dans le détroit de Formose afin d’être en mesure de contenir Taïwan et le Japon en deçà de la «green line» (chaîne d’îles à hauteur des Philippines). Selon Toshi Yoshihara, professeur à l’US Naval War College, les Chinois ne chercheraient actuellement qu’à sécuriser les abords de leurs côtes du sud et du sud-ouest.
  • 2e phase, entre 2010 et 2020: modernisation majeure de la flotte afin d'être en mesure d'intervenir militairement jusqu’à la «blue line» (chaîne d’îles à l’est des Philippines).
  • 3e phase, entre 2020 et 2050 : se positionner, au-delà de la blue line, comme la puissance navale majeure de l’Asie de l’Est. Pour atteindre ces objectifs, la Chine cherche à positionner ses forces navales de la mer Rouge au détroit de Malacca afin d’assurer la sécurité de ses approvisionnements pétroliers et gaziers en provenance du golfe Persique.

La lutte internationale contre la piraterie lui donne aujourd’hui l’occasion d’élargir sa présence dans la zone stratégique de l’océan Indien, tout en justifiant la montée en puissance de sa marine. La Chine se constitue actuellement dans cet espace maritime tout un réseau de bases navales grâce à des facilités portuaires acquises auprès de pays riverains de l’océan Indien (Birmanie, Bangladesh, Sri Lanka et Pakistan). Elle aurait également des ambitions du côté des Maldives ou des Seychelles.

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