Accueil Géopolitique Pourquoi l’Afghanistan ?
Géopolitique
Pourquoi l’Afghanistan ?
le 22 Décembre 2009

Pourquoi l’Afghanistan
Pourquoi l’Afghanistan

Pourquoi consacrer dans la revue Marine un dossier à l’Afghanistan, pourquoi consacrer à un pays sans frontières maritimes, totalement enclavé, fait de sommets, de cols, de déserts et de vallées, près de trente pages d’interview, d’échanges et d’analyse ?

Tout d’abord, et par-dessus tout, parce que de jeunes Français meurent aujourd’hui dans ce pays. Parce que pour la première fois depuis l’Algérie, si l’on excepte l’opération de Kolwezi, en 1978, l’armée française est engagée dans une opération d’envergure sur un vrai théâtre de guerre. Les soldats qui y partent savent, au fond d’eux-mêmes, qu’ils peuvent ne pas en revenir. L’Afghanistan n’est pas pour l’armée française une mission de paix ou d’interposition comme toutes celles qui ont pu lui être confiées ces dernières décennies. L’Afghanistan est un pays dans lequel des hommes déterminés, prêts à tout pour leurs intérêts et leurs convictions, font une guerre de coups de main et d’attentats aux soldats de la coalition et à l’armée nationale afghane. Trente-six jeunes Français, soldats de métiers, y ont, à ce jour, laissé leur vie depuis 2001. Les lecteurs de la revue Marine, à la fois marins, citoyens et parents, ne peuvent y être indifférents.

L’Afghanistan c’est aussi un débat. Fallait-il s’engager dans ce pays? Fautil aujourd’hui y rester, et si oui, sous quelles formes? Propre à nos démocraties, ce débat s’est ouvert, libre et vigoureux, dans certains pays d’Europe engagés dans la coalition. Il a aussi lieu en France et pose un certain nombre de questions. Doit-on partir au risque de laisser les Talibans reprendre le pouvoir à des forces de sécurité afghanes encore insuffisamment préparées? Doit-on partir au risque de voir renaître dans ce pays des camps d’entraînement ouverts à toutes les petites mains du terrorisme islamique? Doit-on partir au risque d’offrir à ces mêmes Talibans dont la drogue constitue la première source de financement1, un État où l’opium, l’héroïne et le terrorisme seraient les principaux produits d’exportation et où les fillettes seraient à nouveau interdites d’école comme les cerfs-volants et les notes de musique de voler? Doit-on laisser renaître une base logistique sur les arrières d’un Pakistan nucléarisé aujourd’hui fragilisé par l’offensive islamique? Ou alors, mène-t-on vraiment là-bas le bon combat? Est-ce bien dans les provinces de Kaboul, de Kapisa ou de Kandahâr que doit se mener la guerre contre le terrorisme? L’Afghanistan est-t-il pour la France et l’Occident d’un réel intérêt stratégique ou ceuxci doivent-ils laisser ce pays à ses vieux démons et concentrer leurs efforts pour soutenir le Pakistan? Ce débat, complexe et sensible, est aujourd’hui ouvert alors que de jeu - nes garçons de Vannes, de Castres ou d’Annecy sont en guerre en Afghanistan. Les lecteurs de Marine, marins, et par définition géopoliticiens, ne peuvent y être étrangers.

Pourquoi l’Afghanistan ?
Pourquoi l’Afghanistan ?

L’Afghanistan est enfin un théâtre d’opération pour la Marine nationale. Celle-ci a été engagée, dès le début de l’intervention occidentale, fin 2001, contre le régime des Talibans, dans le cadre de l’opération Enduring freedom. Évoluant au large du Pakistan, le porte-avions Charles de Gaulle, protégé par ses bâtiments d’escorte, a projeté ses appareils, Super Étendard (principalement) mais aussi Rafale et Hawkeye, jusqu’à 1500 km, au-dessus du territoire afghan pour des missions de reconnaissance, d’assaut, d’appui de troupes au sol ou de coordination tactique. Le groupe aéronaval, navigant dans le nord de l’océan Indien, renforcera ainsi, en quatre occasions, le soutien aérien aux opérations d’Enduring Freedom et de l’ISAF (en français, Force internationale d’assistance et de sécurité de l’Otan) en Afghanistan. L’une d’elles sera particulièrement significative de la capacité de la France à projeter une force, loin et dans la durée. Dans le cadre de la mission Agapanthe, le Charles de Gaulle, accompagné de quatre bâtiments dont un sous-marin nucléaire d’attaque, et d’un bâtiment britannique, s’est déployé dans l’océan Indien, du 24 février au 9 juin 2006, apportant ainsi pendant plus de trois mois le soutien de 3000 marins et de ses avions de combat aux opérations en Afgha - nistan. Pendant la longue immobilisa tion du porteavions Charles de Gaulle, qui sera de nouveau opérationnel à la fin de l’année, des avions de la Marine ont régulièrement été mobilisés pour soutenir le dispositif aérien de la coalition mis en oeuvre à partir de bases en Afghanistan, au Tadjikistan ou au Kirghizistan.

Pourquoi l’Afghanistan ?
Pourquoi l’Afghanistan ?

La Marine française participe toujours par ailleurs à la composante maritime de l’opération Enduring Freedom (TF150 et TF157) qui a pour mission de contrôler l’espace aéromaritime du nord de l’océan Indien (mer Rouge, mer d’Oman, mer d’Arabie) et d’interdire l’exfiltration de terroristes de la zone Afghanistan vers la péninsule arabique ou la corne de l’Afrique. La France en est depuis le 19 octobre 2001, le deuxième contributeur. La Marine française a enfin été présente sur le sol même de l’Afghanistan. Entre 2003 et 2006, les commandos marine ont participé à la mission Ares qui faisait suite à la décision du Président Jacques Chirac d’engager les Forces spéciales françaises (voir interview page 54). Le Task group Ares est alors constitué de près de 200 soldats, membres des différentes unités des Forces spéciales de l’Armée de terre et de la Marine. À son départ d’Afghanistan, en décembre 2006, il aura à déplorer sept morts dont deux commandos marine. Des représentants de cette unité participent toujours à la formation des forces spéciales afghanes à la célèbre Commando School de Kaboul.

Ce dossier n’a pas vocation à décrire les dispositifs militaires mis en place ni d’une manière générale à être exhaustif sur le sujet de l’engagement de la France, et plus largement de l’Otan, en Afghanistan. Il veut seulement contribuer à éclairer quelques sujets de fond comme les raisons de notre engagement ou les voies à explorer pour parvenir à une solution. La volonté ne pouvant se nourrir que d’une conviction, les contributeurs à ce dossier apportent à ces questions-là quelques éléments de réponse.

Partager cet article :

Retour Abonnez-vous à Marine&Océans

À lire aussi dans cette rubrique

Les articles les plus lus

Accueil Géopolitique Pourquoi l’Afghanistan ?