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Entretien avec l’amiral Giampaolo di Paola Président du Comité miltaire de l’Otan
le 27 Décembre 2009

Entretien avec l’amiral Giampaolo di Paola Président du Comité miltaire de l’Otan
Entretien avec l’amiral Giampaolo di Paola Président du Comité miltaire de l’Otan

Sous-marinier de spécialité, l’amiral di Paola a partagé sa carrière entre des commandements à la mer (sous-marins, frégate, porte-avions), l’état-major des armées et le ministère de la Défense en Italie et l’Otan. Nommé chef d’état-major de la Défense en 2004, il a notamment supervisé l’engagement des forces italiennes en Afghanistan, en Iraq, dans les Balkans, en Méditerranée, au Pakistan et au Liban au titre de l’Otan, de l’UE ou des Nations unies. Il est président du Comité militaire de l’Otan depuis juin 2008.

Quelle est précisément la situation militaire en Afghanistan ?

Elle est difficile et complexe, mais si la communauté internationale – et je ne parle pas là seulement des forces militaires engagées – est déterminée, nous pouvons gagner.

Vous parlez de détermination politique ?

Oui, de la communauté internationale et bien sûr, ce qui est encore plus important, du peuple et du gouvernement afghans. En Afghanistan, ce sont les Afghans qui gagneront, avec notre soutien.

Quel est l’état d’esprit du peuple afghan à l’égard de l’action des forces occidentales ?

La majorité de la population afghane ne veut pas d’un retour des Talibans. Elle refuse absolument leur projet pour le pays . Elle veut un gouvernement efficace qui réponde à ses attentes. Elle comprend qu’elle a aujourd’hui besoin, pour cela, du soutien de la communauté internationale.

Revenons à la situation militaire si vous le voulez bien. Les Talibans sont-ils en difficulté ou à l’inverse plutôt offensifs ?

Vous voulez des certitudes sur une situation complexe qui ne permet pas d’en avoir. Les Talibans se sont montrés plus résilients et capables de s’adapter que nous le pensions. C’est en cela que nous présentons la situation comme difficile mais cela ne signifie, en aucun cas, qu’ils sont en train de gagner. Je vous le répète, nous sommes dans une situation où, si nous sommes déterminés à gagner, nous gagnerons.

Les Talibans bénéficient-ils de soutiens extérieurs ?

Le problème de l’Afghanistan s’inscrit, c’est clair, dans un contexte régional. Les Talibans sont majoritairement pashtounes et bénéficient à ce titre, dans la zone tribale, d’un soutien des talibans pakistanais. Ils sont également soutenus par le terrorisme international - al Qaïda et d’autres - qui voit là une bonne occasion de combattre l’occident.

Comment appréciez-vous l’action du Pakistan ?

Il me semble que sur ce point, la situation a changé. La majorité des responsables politiques et militaires pakistanais a compris le danger mortel que représentait la composante terroriste pour leur pays et est déterminée à la combattre. Le Pakistan avait déjà mené des opérations très efficaces dans les zones tribales, notamment dans la vallée de Swat. Il s’est depuis décidé à intervenir dans le sud du Waziristân. Il sait aussi que la solution dans ces zones, comme en Afghanistan, n’est pas uniquement militaire et sécuritaire et qu’elle passe par la gouvernance, la reconstruction, le développement.

La résolution du problème des zones tribales dans lesquelles les Talibans trouvent refuge est-elle l’une des clés, ou même la clé, du succès en Afghanistan ?

La clé du succès, c’est une approche globale qui permette d’engager dans la solution du problème afghan le Pakistan et les autres pays de la région dont l’Iran.

La récente décision du Président Obama d’abandonner le bouclier anti-missiles en Europe est-elle un gage donné aux Russes en contrepartie d’une action auprès de l’Iran notamment sur le problème afghan? Les choses sont-elles liées?

Vous voulez toujours que tout soit lié et notamment que la politique de l’Otan soit systématiquement liée à celle des Etats-Unis. Cela n’est pas le cas. Cependant il est clair qu’une amélioration des relations avec la Russie, avec l’Iran ou avec d’autres pays de la région peut favoriser l’approche régionale à laquelle nous croyons pour la solution du problème afghan.

Quels sont les pays qui exercent, selon vous, une action insidieuse sur la situation en Afghanistan ?

Vous pensez peut-être à l’Iran, mais l’Iran a toujours été l’ennemi mortel des Talibans et n’a pas encore aujourd’hui, en dépit de ses relations tendues avec l’occident, intérêt à ce que les Talibans gagnent. Aucun pays de la région n’a vraiment intérêt à jouer un rôle néfaste en Afghanistan.

Entretien avec l’amiral Giampaolo di Paola
Entretien avec l’amiral Giampaolo di Paola

Mais alors, comment ces Talibans qui semblent finalement si isolés pourraient-ils tenir sur la durée ?

Non, on ne peut pas dire qu’ils soient isolés. Lorsque je dis qu’une majorité de responsables politiques et militaires pakistanais a compris le danger qu’ils représentaient, cela ne concerne pas tout le Pakistan. Nous savons bien qu’ils sont soutenus par des éléments qui leur sont favorables au Pakistan. De la même manière qu’en Iran où des éléments les soutiennent. De même que dans le Nord où ils ont des connexions avec ceux qui ont des intérêts dans le commerce de la drogue. Ils sont enfin très présents dans le sud du pays où ils sont soutenus par une composante de la communauté pashtoune. Mais je le redis, aucun des pays voisins de l’Afghanistan n’a intérêt à leur victoire donc, si la communauté internationale a la détermination de continuer et la patience stratégique de gagner, nous gagnerons.

Quelle est aujourd’hui la stratégie des alliés en Afghanistan?

Parlons plutôt d’une nouvelle attitude dans la stratégie existante. Celle-ci est basée sur quatre piliers. Le premier pilier est celui du peuple afghan qui est au coeur de la solution dans ce pays. Le second, c’est la sécurité avec l’avènement d’une force de sécurité afghane solide. Le troisième pilier, c’est le développement des institutions avec une gouvernance qui doit avoir la confiance des afghans, qui soit crédible et efficace pour leur apporter ce dont ils ont besoin dans tous les aspects de leur vie quotidienne, dans le cadre d’une économie qui ne soit pas basée sur la drogue. Le quatrième pilier, enfin, est celui de l’approche régionale dont nous avons parlée, qui doit engager tous les pays voisins à résoudre le problème.

En quoi cette approche est-elle nouvelle par rapport à ce qui a déjà été tant de fois dit toutes ces dernières années?

Ces dernières années, nous en parlions mais la communauté internationale n’était pas capable de l’appliquer.

Pourquoi?

La détermination et la coordination entre les différents acteurs n’étaient pas là. Nous avions également sous-estimé la capacité de résilience des Talibans. Aujourd’hui nous nous rendons compte qu’il est indispensable de joindre les actes à la parole et de faire ce que nous disons.

Y a-t-il un problème de moyens en Afghanistan comme le dit le général McChrystal ?

Il y a un problème de détermination à donner toutes les ressources nécessaires à l’accomplissement de la mission.

Si l’on n’a pas ces ressources supplémentaires, peut-on perdre cette guerre ?

Chaque mission doit simplement bénéficier des moyens nécessaires et adaptés pour être remplie.

L’Otan attend-elle de la France un effort supplémentaire depuis qu’elle a rejoint officiellement et pleinement l’alliance?

L’alliance attend un effort de chacun de ses membres pas seulement de la France.

Que pensez-vous du discours, que l’on entend dans certains pays européens, selon lequel ce n’est pas en Afghanistan que l’on combat le terrorisme et que les moyens engagés ne sont pas à la mesure de l’enjeu?

Ceux qui tiennent ce discours ont tort. Le terrorisme n’est pas localisé à Paris ou à Kaboul. Le terrorisme est global, correspondant au monde dans lequel nous vivons désormais. On combat le terrorisme à Paris, Madrid, Rome ou New York et aussi à Kaboul. Nous devons éviter que l’Afghanistan ne retombe dans les mains des Talibans pour que ce pays ne redevienne pas une base logistique du terrorisme. À cela, s’ajoute les enjeux de stabilité régionale. Pensez-vous que si l’Afghanistan retombait aux mains des Talibans, la stabilité du Pakistan en serait améliorée? Ce discours est un discours myope. Mais il nous faut avoir la capacité politique de durer. Il nous faut avoir la patience stratégique. Il faut comprendre qu’il y a une nécessité à gagner cette guerre sachant bien que l’on n’a pas vocation à rester une éternité dans ce pays.

Entretien avec l’amiral Giampaolo di Paola
Entretien avec l’amiral Giampaolo di Paola

Pensez-vous que si l’Otan se retirait aujourd’hui les Talibans reprendraient vite le pouvoir en dépit de cette armée afghane qui commence à naître?

Se retirer aujourd’hui serait une erreur stratégique. Nous sommes dans une phase de transition avec les forces de sécurité afghane. La mission n’est pas encore accomplie. Nous ne sommes pas parvenus à un stade où l’on puisse imaginer de pouvoir se retirer.

Au fond de vous-même, alors que de jeunes soldats italiens sont récemment tombés en Afghanistan, pensez-vous dans votre intime conviction que l’on va dans la bonne direction et que l’on fait le bon choix en menant ce combat dans ce pays?

Je suis absolument convaincu que nous ne nous sommes pas trompés et que si nous avons la détermination et la patience stratégique que je ne cesse d’évoquer, nous ferons quelque chose de très bon pour l’Afghanistan et pour la sécurité de nos pays. Pourquoi? Parce que nous menons là une lutte clé contre le terrorisme global. Si nous perdons ce combat-là, celui-ci en ressortira tout simplement renforcé et exalté.

Que pensez-vous de la dernière élection présidentielle?

Les forces de l’Otan ont contribué à assurer aux côtés des forces afghanes la sécurité du scrutin. Les Afghans doivent avoir, pour l’avenir de ce pays, un président respecté en qui ils ont confiance. J’espère infiniment que ce sera le cas.

Au terme de près de huit ans de présence occidentale, le quotidien des afghans a-t-il évolué?

Comparez la situation entre 2001 et aujourd’hui, elle est objectivement incomparable. Des progrès considérables ont été réalisés dans des secteurs essentiels comme la santé ou l’éducation, là où la possibilité même d’aller à l’école n’existait pas pour toute une catégorie de la population. Les Afghans attendaient cependant plus et plus vite, c’est normal et c’est tout simplement humain. À eux, avec notre soutien, de poursuivre le processus engagé.

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