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Débat : De la France et de l’Occident en Afghanistan
le 27 Décembre 2009

Débat : De la France et de l’Occident en Afghanistan
Débat : De la France et de l’Occident en Afghanistan

Renaud Girard et Jean-Dominique Merchet, journalistes, ont accepté l’invitation de la revue Marine à débattre de l’engagement de la France, et plus largement de l’Occident, en Afghanistan. Débat de connaisseurs et de passionnés sur un sujet aujourd’hui sensible et compliqué. Renaud Girard, grand reporter au Figaro, est un spécialiste de l’Afghanistan et du Pakistan pour y avoir réalisé, depuis 1979, un très grand nombre de reportages et y avoir rencontré tous les principaux acteurs. Il publie Retour à Peshawar aux éditions Grasset & Fasquelle (novembre 2009). Il est également l’auteur de Pourquoi ils se battent, voyage dans les guerres du Moyen-Orient (décembre 2005 - Flammarion) et La guerre ratée d’Israël contre le Hezbollah (octobre 2006 - Librairie académique Perrin). Jean-Dominique Merchet, journaliste de Défense à Libération, est aussi l’animateur du blog Secret Défense. Il suit depuis longtemps, et de très près, les questions internationales et de défense. Il est l’auteur de Mourir pour l’Afghanistan (novembre 2008 - Jacob-Duvernet) et plus récemment de Défense européenne, la grande illusion (juin 2009 - Larousse).

Débat : De la France et de l’Occident en Afghanistan
Débat : De la France et de l’Occident en Afghanistan

Renaud GIRARD - Grand reporter au Figaro
«On est contraint et forcé à la réussite»

Débat : De la France et de l’Occident en Afghanistan

Jean-Dominique MERCHET - Journaliste à Libération
«Il faut préparer vite et bien les conditions d’un retrait»

Quelle est aujourd’hui la situation en Afghanistan?

RENAUD GIRARD À l’évidence, on n’a pas fait de progrès depuis 2001. On a même plutôt régressé. Les talibans n’ont certes pas le moindre contrôle de l’Afghanistan utile, j’entends par là des plaines et des villes par opposition aux montagnes et au désert qui couvrent ce pays, mais ils ont repris le contrôle d’un grand nombre de districts depuis 2002. Il faut cependant bien comprendre une chose pour apprécier la situation. Cette guerre est avant tout une insurrection pashtoune. Les Tadjiks n’ont rien contre les Américains de la même manière que les Ouzbeks ou les Hazaras. C’est là la grande différence avec l’époque soviétique ou toutes les tribus se battaient contre l’occupant.

JEAN-DOMINIQUE MERCHET L’affaire est mal engagée et ce n’est pas nouveau. Au départ, en 2001, elle était plutôt bien partie. Les choses ont changé très vite, dès 2002, pratiquement au lendemain de l’intervention occidentale en Afghanistan. Les Américains pensaient avoir réglé le cas afghan et ont décidé de partir en Irak. Ils ont, d’une certaine manière, à partir de 2003 et au moins jusqu’en 2005 voire 2006, complètement laissé tomber ce pays. La situation ne pouvait, dès lors, que s’aggraver.

RENAUD GIRARD Les Américains ont commis deux grandes erreurs stratégiques et une erreur politique que l’on paie encore aujourd’hui. La première, c’est d’avoir laissé filer ben Laden. En décembre 2001, ben Laden s’est réfugié dans le massif montagneux de Tora Bora, le long de la frontière pakistanaise, non loin de Jalalabad où je me trouvais alors, Les Américains suivaient cela avec une demi-douzaine d’agents de la CIA, de membres des Forces spéciales et d’agents du MI 6 britannique que j’ai d’ailleurs rencontrés. Plutôt que d’envoyer la 10e division de montagne, qui était en Ouzbekistan à se tourner les pouces, ratisser le repaire de ben Laden, repaire qu’il avait déjà utilisé contre les Soviétiques, ils ont «sous-contracté» l’action militaire sur le terrain à trois factions afghanes, commandées par des chefs peu fiables et peu recommandables, tout en assurant le travail de saturation aérienne par des B52. Il est arrivé ce qui devait arriver : les Afghans ont pris d’un côté les armes et l’argent des Américains, de l’autre celui de ben Laden avant de le laisser filer vers les zones tribales pakistanaises où il se trouve encore aujourd’hui. Mon fixer pakistanais l’a vu personnellement en mars 2002, à Razmek, une ville dans les hauteurs du Waziristan. Il appelait au djihad contre les Américains au Pakistan. Laisser filer ben Laden a été la première erreur stratégique des Américains. La seconde erreur qu’ils ont commise est de ne pas avoir exigé de Pervez Musharraf une condamnation explicite des attentats du 11 septembre – ce qu’avaient très vite et vivement fait les Iraniens pour ne citer qu’eux – ni exigé qu’il réduise les talibans en déroute qui fuyaient Kaboul et Kandahar pour se réfugier dans les zones tribales. On aurait pu exiger cela de Musharraf et cela n’a pas été fait. Et puis il y a l’erreur politique : le rêve idéologique de Bush d’installer la démocratie partout, et pour l’Afghanistan, de remplacer le système de la Loya Jirga, pratiqué depuis des siècles pour nommer un chef, par ce concept, si bizarre pour les Afghans, de démocratie. On paie aujourd’hui ces deux erreurs stratégiques et cette erreur politique.

JEAN-DOMINIQUE MERCHET Sur le terrain, il est clair que la situation n‘est pas bonne. L’année 2009 sera la plus terrible en pertes humaines pour la coalition, ce qui prouve que la situation ne s’apaise pas. Ce n’est cependant pas parce qu’il y a des morts que l’on perd. On peut avoir beaucoup de morts et être en passe de gagner une guerre. Ce qui est intéressant, c’est aussi l’autre terrain, celui des états-majors, militaire et politique, ou l’on est – et c’est assez inattendu – dans une situation beaucoup plus grave qu’on ne l’imaginait. Aux mois de mars et d’avril derniers, l’armée américaine, les Américains et tous les observateurs avaient cru comprendre que le président Obama arrivait avec une stratégie pour l’Afghanistan assise sur une méthode qui a plutôt réussi en Irak, le fameux surge, qui consiste à produire un effort considérable tout en appliquant des théories de contre insurrection. On comprenait qu’elle s’inscrivait, peu ou prou, dans la lignée de celle de Bush avec le maintien à son poste de Robert Gates, le Secrétaire à la Défense de Bush et la promotion, sur les deux théâtres, du général Pétraeus, l’homme du surge en Irak. Obama a nommé, pour mettre en oeuvre sa stratégie en Afghanistan, le général McChrystal. Et que voit-on en cet automne 2009 ? qu’il y a de vrais doutes et un vrai débat à Washington sur la manière de procéder en Afghanistan. Précisons que c’est un débat purement américano-américain, qu’il sera tranché uniquement à Washington et que les alliés seront bien obligés d’appliquer ce qui aura été décidé. On est dans un moment de grande hésitation politique du président Obama qui n’a – à l’heure de notre échange – pas encore décidé de l’orientation à prendre. C’est un atermoiement profondément déstabilisant pour tout le système qui s’ajoute à la manière extraordinaire dont les Américains maltraitent le candidat qu’ils ont choisi. Ils ont décidé au printemps dernier de maintenir le Président Karzaï au pouvoir et ils ne font, depuis six mois, que l’affaiblir politiquement dans son propre pays et sur la scène internationale. Tout ça semble assez irresponsable de la part du gouvernement américain.

RENAUD GIRARD Les relations entre Karzaï et les Américains reposent sur une sorte de malentendu. Le raisonnement du Président afghan est en substance le suivant: on a accepté votre système de démocratie, totalement étranger à la société afghane où voter pour une autre entité que le chef de tribu est une idée complètement loufoque, vous ne voudriez pas, en plus, qu’on l’applique, c’est à dire que l’on fasse des élections sincères, que l’on ne triche pas. Ils se sont mis à tricher de manière gigantesque pour les Américains et les occidentaux qui ont payé ces élections. Il est difficile de faire admettre au contribuable occidental qu’il a financé des élections fraudées quand, dans le même temps, on condamne unanimement les fraudes commises lors des élections du 7 juin dernier dans un pays voisin qu’est l’Iran. Richard Holbrook1 a effectivement dit très clairement à Karzaï que ces fraudes n’allaient pas passer, qu’elles allaient être corrigées par les mécanismes qui ont été mis en place et qu’il lui faupour le président afghan, était jusqu’alors impensable. Sur la stratégie en Afghanistan, il y a effectivement débat entre deux thèses. Celle du secrétaire à la défense Gates et du général McChrystal qui militent pour un surge, susceptible de donner les moyens à McChrystal de protéger la population, de garder le pays utile – ce qui n’est pas déserts et montagnes – et d’en confier la défense à une armée et à une police afghane formées à cet effet. Cette option réclame davantage de troupes. Et puis il y a celle du vice-président Biden qui a toujours eu – pour la petite histoire – de mauvaises relations avec le président Karzaï. Il avait une fois, en tant que sénateur, quitté un dîner auquel participait le président afghan. Il a, plus récemment, en tant cette fois que vice-président, expliqué à Karzaï, également lors d’un dîner, que l’Afghanistan, pays perdu et montagneux, n’était pas important pour les États-Unis, comparé au seul pays stratégique à leurs yeux qu’est le Pakistan. Biden est favorable à une politique de commandos, 50000 hommes présents dans le pays – on se moque par ailleurs de ce qui s’y passe – pour frapper les éventuels camps d’al Qaïda qui se reconstitueraient. Le débat entre ces deux thèses n’a pas encore, à ma connaissance, été tranché.

JEAN-DOMINIQUE MERCHET La doctrine de contre insurrection, qui s’inscrit dans la stratégie de McChrystal, est la nouvelle doctrine à la mode sur laquelle tout le monde glose. Les Français se sentent valorisés parce que les Américains ne se privent pas de leur rappeler qu’ils ont lu le livre de Trinquier et qu’ils ont édité, il y a quelques années, celui de Galula. Les militaires français en sont flattés. La Fontaine disait pourtant que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. On ferait bien de s’en rappeler, d’autant que l’on fait, sur ce sujet, une erreur rétrospective. On nous dit que l’on peut gagner la guerre en Afghanistan avec ce que les Français ont fait en Algérie, mais on oublie deux choses. La première, c’est qu’au plan politique, la France a perdu la guerre d’Algérie car au final, elle a plié bagage et transmis le pouvoir à ses ennemis. La seconde, c’est que du point de vue militaire, contrairement à la vulgate que l’on entend dans tous les colloques des instituts bien pensants de notre bonne république, ce qui a fait basculer le rapport de force en Algérie, ce n’est pas la stratégie douce de conviction et d’accompagnement psychologique. C’est le plan Challe, qui rompt justement avec cette stratégie et passe, en 1959, à des actions militaires offensives extrêmement organisées. Si on le faisait en Afghanistan, cela donnerait des actions d’envergure, menées de manière systématique, vallée par vallée. Le plan Challe a commencé dans l’ouest du pays pour aller vers l’est avec de grands déploiement de forces qui ont cassé militairement l’appareil de l’ALN. Réfléchissons donc bien avant de se féliciter des intentions américaines d’adapter à l’Afghanistan une stratégie de contre insurrection à la française qui aurait soi disant marché en Algérie.

RENAUD GIRARD La question centrale de ce débat est: «peut-on gagner la guerre?». Dans les guerres anti-insurectionnelles, anti-guerilla ou asymétriques contemporaines, où l’on se bat contre un noyau dur de gens prêts à tout, on ne gagne pas la guerre. Prenez l’exemple de la guerre en Irlande du Nord. Les Anglais l’ont-ils gagnée ? non, cela s’est terminé par un accord politique. Ce genre de guerre ne se gagne pas. Cela peut en revanche se perdre. Sur l’Algérie, on connaît le processus. En 1955, le pays est en guerre. En 1959, il est pacifié. Il y a ensuite une décision politique du général de Gaulle qui décide de plier bagages avec les conséquences que cela a.

Débat : De la France et de l’Occident en Afghanistan
Débat : De la France et de l’Occident en Afghanistan

Rapportons cela à l’Afghanistan. Peut-on gagner cette guerre, peut-on parvenir à affaiblir suffisamment les talibans pour les amener à négocier ou doit-on partir tout de suite parce que l’on n’arrivera jamais à rien?

JEAN-DOMINIQUE MERCHET Ma conviction est que l’on ne doit pas partir tout de suite. On ne le peut pas. Nous sommes un pays sérieux! Cependant, ma conviction profonde est que nous n’arriverons jamais à rien dans ce pays. Parce qu’il est incontrôlable, y compris par son propre gouvernement. On ne peut que limiter les dégâts. Il me semble que l’approche pragmatique qui consisterait à dire: «Faites ce que bon vous semble dans votre pays mais ne devenez pas une menace pour nous. Si vous accueillez des gens qui nous menacent, nous viendrons nous occuper d’eux», aurait quelques chances de réussir car elle a déjà réussi une fois, en 2001, quand on a frappé al Qaïda, pas forcément avec le résultat escompté – comme le rappelait Renaud – mais suffisamment tout de même pour l’atteindre sérieusement. Ayons une approche modeste, ce qui ne veut pas dire une approche gentille. Ne pensons pas que nous allons transformer ce pays en un pays pacifié, développé, respectueux de toutes les normes de l’environnement et du droit de la femme. Tout cela n’est pas, d’une certaine manière, notre problème sur un plan stratégique.

RENAUD GIRARD L’Occident, la France, ne peuvent pas partir de ce pays en laissant le désordre. On est contraint, forcé à la réussite. On a fait quantité d’erreurs. On ne sait pas faire cette guerre. On a perdu le savoir-faire colonial car c’est une guerre coloniale, bien sûr que c’en est une! C’est la même chose que Lyautey dans le Rif. Nos officiers ne parlent ni le dari, ni le pashtoun. On demande en fait au terrain afghan de s’adapter au confort de nos armées modernes. Il faut comprendre une chose. Vous auriez eu un T. E. Lawrence à la place d’un Bremer en Irak, la situation aurait été totalement différente dans ce pays. Pourquoi cela ne marche pas ? Parce que les officiers, canadiens, américains, britanniques, français ou autres doivent, au bout de six mois, revenir chez eux voir leur femme et leurs enfants. Si l’on n’est pas capable de demander à nos soldats d’apprendre des langues difficiles, si l’on n’est pas capable de leur demander de bouffer du sable pendant deux ans, alors il ne faut pas faire ces guerres coloniales.

JEAN-DOMINIQUE MERCHET La solution que l’on met en avant pour contrebattre ce que dit Renaud et qui est tellement flagrant, c’est l’afghanisation, la prise en charge par les Afghans de leurs affaires et de leur sécurité. Les Français ont fait ça en Algérie avec 100000 harkis et en Indochine avec des unités vietnamiennes présentes jusqu’à Dien Bien Phu. L’afghanisation, paradoxalement, cela peut marcher. Les Soviétiques l’avaient parfaitement réussie. Quand ils partent d’Afghanistan en février 1989, dans le cadre d’un accord international conclu entre quatre pays, l’Afghanistan, le Pakistan, les États-Unis et l’Union soviétique, ils laissent derrière eux un gouvernement, dirigé par le docteur Najibullah, et une armée – pro-communistes – qui vont tenir de février 1989 à avril 1992. Pourquoi s’effondrent- ils? Parce que leur soutien, l’Union soviétique, a disparu. Najibullah finira pendu à un poteau télégraphique. Laisser l’Afghanistan avec un gouvernement et une armée capables de maîtriser la situation est donc tout à fait possible. Ce que deviendra ensuite l’Afghanistan, c’est une autre question.

RENAUD GIRARD Former une armée et une police afghanes solides va prendre du temps. D’ici là, partir dans la précipitation pour les Américains, les Français, les Anglais ou pour toute autre nation sérieuse engagée dans ce conflit, aurait de très néfastes conséquences. Cela redonnerait d’abord, à l’évidence, un terrain d’entraînement fabuleux aux terroristes du monde entier. Ce serait ensuite un très mauvais signal donné à tous les pays de l’arc arabo-musulman à la protection desquels nous contribuons. L’expérience a montré que les départs précipités des occidentaux dans toute une série de conflits asymétriques ont toujours eu de graves conséquences. Prenons l’exemple du Vietnam. Sans doute ne fallait-il pas, pour les Américains, y aller, mais une fois que vous y êtes, il faut réussir. Quand les Américains, en décembre 1974, décident de lâcher prise, au mépris d’ailleurs de tous les textes signés à Paris en 1972 – ce qui fait qu’aujourd’hui plus personne ne croit à la parole d’un officiel américain – quelles sont les conséquences ? Elles ont des noms. C’est le génocide cambodgien et immédiatement après les boatpeople. C’est l’attaque par les Cubains et les Russes de l’Angola et du Mozambique. Cela fait combien de morts tout ça ? Plus récemment, le retrait de la France, dans la panique, de la région des grands lacs, aura eu pour effet que notre pays n’est plus respecté nulle part en Afrique, et que l’on a aujourd’hui, dans l’est du Congo, un désordre noir qui ne fait de bien à personne, ni aux Africains ni a nous Occidentaux.

JEAN-DOMINIQUE MERCHET Attention, je ne manifeste pas dans la rue au cri de : « troupes françaises hors d’Afghanistan», soyons clairs làdessus. Je pense simplement que depuis 2007, en partie à cause du changement politique à la tête de l’État, nous, Français, sommes engagés en Afghanistan beaucoup plus que nous l’étions. Et je ne suis pas sûr que cela soit une décision heureuse. Il faut que nous préparions, vite et bien, les conditions d’un retrait. Il ne s’agit pas de partir dans l’urgence et la panique. En clair, il ne faut pas faire ce que les Espagnols ont fait en Irak, plier bagages au lendemain d’un attentat dans une gare espagnole. Quand on sait que ce pays a été celui de la grande armada et de la victoire de Lépante, on a mal pour lui. Il ne s’agit pas de faire ça. Mais il ne s’agit pas non plus de se mettre encore plus profondément – selon un terme usité et que je n’aime pas beaucoup – dans le bourbier afghan. Ne nous y enfonçons pas avec plein de bons sentiments ni avec cette espèce d’assurance que nous avons une solution idéale pour régler ce problème à travers notre méthode française de contre-insurrection. Prudence, prudence, essayons de trouver des portes de sortie, rapides mais pas précipitées.

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La solution, on le sait, n’est pas française. Elle est américaine, alors, un surge avec 30000 ou 40000 hommes de plus, est-ce une bonne ou une mauvaise solution?

RENAUD GIRARD Le général Mc- Chrystal est un très grand stratège, à la fois militaire et politique, que je mets au rang d’Eisenhower. Il ne songe pas, comme les Américains ni personne d’autre d’ailleurs, à rester en Afghanistan. C’est tout à fait évident. Il a toutefois tiré les leçons des nombreuses erreurs passées. Il faut donc lui donner sa chance par un renfort de troupes, il n’y a pas d’autres choix. Pour ce qui concerne la France, elle ne compte pas dans cette affaire.

JEAN-DOMINIQUE MERCHET Le surge est-il une bonne solution ? À vrai dire, on n’en sait rien même si cela a manifestement marché en Irak. Les conditions en Afghanistan sont très différentes tant sur le plan de l’organisation politique et sociale que de la géographie. Je suis assez dubitatif, vous m’aurez compris, sur la stratégie de contre insurrection. La stratégie aujourd’hui proposée de se concentrer sur les grandes villes et sur les axes de communication et d’arrêter de chasser les talibans dans les collines, peut toutefois fonctionner militairement. Elle correspond à ce qu’ont fait les Soviétiques qui tenaient les villes lorsqu’ils sont partis.

RENAUD GIRARD La stratégie de McChrystal est d’isoler du reste de la population le noyau dur de combattants pashtouns, idéologique, qui constitue le coeur de l’insurrection pour faire en sorte que celle-ci s’éteigne d’elle-même. Cette stratégie est bonne. C’est la seule possible. Il faut lui donner les moyens de réussir. Si d’ici un an, on n’a toujours pas réussi, alors peut-être faudra-t-il reconnaître que nous sommes incapables de gérer des guerres coloniales et faudra-t-il arrêter.

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