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La Marine française et l’Otan
le 18 Janvier 2010

La Marine française et l’Otan
La Marine française et l’Otan

La décision du Président Sarkozy de ramener notre pays dans l’Alliance atlantique marque-t-elle la fin d’une posture, voire d’une «certaine idée de la France», voulue par le général de Gaulle? Quelle implication cette décision a-t-elle pour notre défense? Que change-t-elle pour la Marine nationale? Explications.

En 1949, alors que le monde sort à peine d’une guerre longue et éprouvante, ayant entraîné de nombreuses pertes, la menace que représente l’expansion de l’idéologie communiste est perçue comme réelle, terrifiante et justifie que l’on s’en protège. L’Otan est ainsi fondée, le 4 avril 1949, par douze pays dont la France. Cette nouvelle organisation apporte une réponse rassurante car, autour d’un pilier politique fort, elle se cons - truit avec des forces en alerte commandées par des états-majors sembla - bles à ceux qui ont conduit à la victoire. Cependant, pour être efficaces, ces forces doivent disposer d’équipements techniquement compatibles, les individus doivent se comprendre, se connaître et opérer de façon similaire. Ceci est réalisé grâce à des accords de standardisation, des cours, des stages et de grands exercices multinationaux. L’Otan apparaît ain si comme une formidable machine à produire de l’interopérabilité. C’est aussi une alliance, un lien indéfectible entre les États membres. C’est dans cet esprit que les pays fondateurs ont rédigé la clause de défense collective (art. 5).

Vulnérabilités nouvelles

Si l’Otan est un tel gage de sécurité, pourquoi sommes-nous sortis de l’organisation militaire intégrée? Le poids politique des États-Unis est rapidement devenu insupportable pour le général de Gaulle qui, lors de l’affaire de Suez, avait acquis la certitude que pour peser sur la scène politique, il fallait avoir sa propre dissuasion nucléaire et, corollaire indispensable, l’autonomie stratégique. Dans ces conditions, il devenait impossible de rester dans le comité des plans nucléaires qui est étroitement contrôlé par les Américains. Par ailleurs, le Général ne pouvait accepter la présence sur le sol français de forces étrangères, susceptibles d’être engagées sans que nous ne soyons consultés et nous impliquant contre notre gré. Enfin, il pouvait difficilement accepter de voir certaines de nos forces bloquées sous commandement de l’Otan alors que nous avions tant à faire dans nos anciennes colonies. Le 7 mars 1966, il décide le retrait de la France de l’organisation militaire intégrée de l’Otan. Pour la Marine, cette décision n’a pas changé grand-chose. Elle a continué à utiliser les Stanag1 pour la définition de ses équipements et à travailler avec les bâtiments des autres marines de l’Otan. Elle a contribué à en établir les procédures, les doctri nes et la documentation. Cela n’a rien d’anormal. En effet, ses unités opèrent dans de gigantesques espa ces désertiques. Cela n’aurait vraiment aucun sens de ne pas profiter de toute présence à la mer pour créer une synergie. En revanche, elle n’a pas fourni de participation aux Standing Nato Maritime Groups (SNMG), considérés à l’époque comme forces permanentes. Puis le monde a changé. Les échan - ges internationaux ont augmenté de façon quasi exponentielle. La planète est devenue ce «village planétaire» dont beaucoup d’intellectuels parlent. Nous allons chercher le minerai, les fruits et légumes, le pétrole, l’électronique partout ailleurs sur le globe ce qui crée des dépendances mutuelles. Ainsi, dès qu’un pays souffre de trou - bles politiques, cela altère le bon fonctionnement de nos échanges commer - ciaux. La mondialisation a engendré des vulnérabilités nouvelles.

En 1991, se produit le premier tremblement de terre pour l’Otan. L’Urss, adversaire désigné depuis les origines, s’effondre. L’Otan se sent inutile. Elle a triomphé de la Guerre froide mais doit maintenant justifier son existen - ce. Après l’attentat meurtrier contre les tours du World Trade Center, les États-Unis déposent le régime des Talibans puis, rapidement, les opérations s’enlisent. Pour permettre aux Américains d’ouvrir un front en Irak, l’Otan reprend l’opération à son compte et en assume les bavures. Cependant, puisqu’en dehors de l’Afghanistan il n’y a presque plus d’affrontements directs, les forces ne combattent plus et effectuent des missions de maintien de la paix ou de police. Ceci ne nécessite pas de capacités de combat de haute intensité et l’Otan devient malade d’inaction. Trouver comment justifier et conserver les capacités de combat les plus importantes devient une préoccupation critique. L’Otan se démène pour montrer qu’elle s’adapte. Elle remplace un commandement stratégique (Saclant) par un «commandement de la transformation » (ACT), s’engage dans une mission au Kosovo, lutte contre la piraterie dans la corne de l’Afrique, lance le concept de Nato Response Force2, participe à la surveillance maritime, lutte contre le terrorisme et la prolifération. Malgré ses efforts, elle reste une bureaucratie lourde et coûteuse, et conserve une vision manichéenne du monde. Si la peinture est neuve, la mécanique reste la même. Alors, pourquoi cette décision de réintégrer la structure de commandement de l’Otan?

La Marine française et l’Otan
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250 marins français affectés à l’Otan

Les États-Unis incitent les Européens à dépenser plus pour leur défense, les pressent d’acheter du matériel américain sur étagère, ce qui revient à soutenir l’effort de recher che américain au détriment de celui des Européens. Si ces derniers semblent acquiescer, ils opposent en réalité une forte inertie. Si l’on ajoute à cela le fait que le centre de gravité géostratégique a basculé vers l’Asie, on comprend que l’Otan est devenue une préoccupation secondaire pour les Américains. La crainte de les voir se désengager de l’Otan provoque chez nos partenaires européens un traumatisme qui se traduit par un blocage de la PESD (Politique européenne de sécurité et de défense), encouragé par les Américains qui ont peur de l’émergence d’un contrepouvoir européen. Le président français a voulu casser cette logique en envoyant un signal fort aux Américains. Si la France réintègre l’organisation militaire intégrée, nous ne pouvons plus être suspectés de vouloir privilégier l’Union européenne au détriment de l’Otan. Les Américains n’ont, dans ces conditions, plus aucune raison objective avouable de s’opposer à la construction du pilier européen de l’Alliance atlantique. Au plan humain, la pleine réintégration de la France dans l’Otan se traduit, pour la Marine, par l’affectation de 250 marins à l’Otan. Un premier tiers y est arrivé en 2009, le reste la rejoindra en 2010 et 2011.

Au plan opérationnel, la Marine devra intégrer quelques-uns de ses bâtiments au sein des SNMG (Standing Nato Maritime Group), même si ces unités feront défaut ailleurs compte tenu de la tension qui existe déjà partout sur tous nos moyens. En revanche, utilisant déjà les procédures de l’Otan, la Marine est interopérable pratiquement partout et dispose d’un état-major opérationnel (FRMARFOR) certifié et compatible avec les opérations de l’Otan. Le danger, si elle n’y prend garde, est qu’elle risque d’être entraînée malgré elle vers une dépendance technologique et, par conséquent, une perte d’autonomie stratégique. La France n’a pas, à mon sens, trahi l’esprit du général de Gaulle puisqu’elle maintient toujours la ligne qu’il a fixée. Elle combat toute hégémonie. Elle refuse un contrôle de ses forces qui ne soit librement consenti. Elle veut pouvoir décider de son sort. Il n’empêche, la route est pavée de pièges subtils, il importe donc de rester vigilants.

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