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Ils ont choisi la mer
le 26 Juillet 2010

Ils ont choisi la mer
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Quatre pays, l’Australie, le Japon, les États-Unis et le Canada, ont clairement pris conscience des enjeux que représentent les océans pour l’avenir. À l’heure ou la France commence seulement à prendre la mesure de son potentiel et de ses ambitions, ils se sont chacun, d’ores et déjà, donné les moyens de développer une véritable politique maritime. Présentation.

De l’Australie, des États- Unis, du Canada et du Ja - pon, c’est chronologiquement ce dernier qui, dès 1971, décide d’installer, auprès de son Premier ministre, un conseil pour le développement océanique, avec une préoccupation prioritaire pour la préservation de l’environnement maritime dont le sujet est vital pour ce pays. On retrouve cette préoccupation dans les politiques des quatre pays, mais, dès cette époque, le Japon décide d’inclure la dimension de l’environnement dans toutes les exploitations futures des océans, tout en prônant une gestion raisonnée, on dirait aujourd’hui « responsable et durable », des ressources de la mer. Le Canada va, quant à lui, être le premier pays (en 1996) à élaborer une loi sur la gestion des océans et des ressources marines en se posant, d’emblée, comme le leader mondial dans ce domaine. Ce caractère volontariste se manifeste encore aujourd’hui à travers ses revendications territoriales à l’égard de l’Arctique, mais aussi dans les parages de Saint- Pierre-et-Miquelon, ce qui concerne plus directement la France. Cette loi canadienne sur les océans se caractérise notamment par la définition d’une stratégie affirmant elle aussi le caractère durable du développement économique attendu des ressources maritimes, le souci d’intégrer l’ensemble des activités qui y sont liées, mais encore celui d’une certaine précaution, avec la volonté de préserver ce domaine fragile. À l’instar des Japonais, les dirigeants canadiens ont conscience qu’il faut, en quelque sorte, enseigner l’océan aux citoyens et les associer à cette démarche. Cette loi détermine les conditions prévoyant de mobiliser autour de ce projet les institutions administratives, ainsi que les universités, les entreprises, preuve que, même dans des pays ayant apparemment une plus forte culture maritime que nous, il reste un important travail pédagogique à entreprendre.

À l’initiative notamment du vice-président de l’époque Al Gore, les États-Unis avaient pour leur part décrété l’année 1998, année de la mer (…). Cet intérêt des Américains pour les océans, eux qui possèdent le premier domaine maritime mondial, s’est traduit par l’institution d’une Ocean Commission mandatée pour définir une véritable politique maritime et dresser l’inventaire de toutes les actions permettant d’établir un leadership sur le domaine océanique, en combinant protection et gestion.

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La politique australienne

Quelques semaines après son élection, le président Barack Obama a symboliquement repris à son compte cette volonté américaine de placer au coeur de sa stratégie internationale la prise en considération des enjeux liés à la préservation et à l’exploitation des océans, conscient qu’il s’agit tout simplement de l’avenir de l’humanité et que les États-Unis se doivent de figurer en première ligne. L’action la plus engagée, sinon la plus aboutie reste celle, menée depuis 1999, par l’Australie, cordonnée au plus haut niveau par son Premier ministre. S’affirmant elle aussi leader mondial dans la gestion des océans, l’Australie se distingue par une vision très large et très complète, associant les préoccupations de l’écologie et la nécessité de retirer de la mer les ressources indispensables au développement futur. Pour mieux embrasser ces différentes approches, parfois contradictoires, le gouvernement australien a mis en place les structures administratives adaptées et a dégagé des moyens budgétaires affectés à la mise en oeuvre de cette politique : un comité national interministériel, un groupe consultatif des comités de pilotage des plans marins régionaux, un bureau national des océans. Mais surtout, la politique australienne se distingue en mettant en avant des directions nouvelles. Il en va ainsi de l’affirmation de la nécessité d’une approche écosystémique et de la volonté de soutenir des projets qui associent développement durable et sauvegarde de la biodiversité, insistant sur la possibilité de combiner développement économique et protection de l’environnement. L’Australie insiste aussi sur l’obligation de parvenir à instaurer des mécanismes permettant de réguler la croissance de l’exploitation des ressources des océans et donc de régler les conflits d’usages. À cet égard, les accords de 1988 entre les gouvernements australien et français pour la partition de l’Antarctique, constituent une belle référence en la matière.

Reconnaissons que cette politique australienne montre la voie par son caractère global et sa témérité, en ce sens qu’elle ne s’interdit aucune piste de recherche et qu’elle ne pose pas, en préalable, la préoccupation environnementale. Elle énonce le principe d’un usage durable des océans, expliquant qu’on peut retirer beaucoup de leur exploitation pour le développement économique des populations, tout en restant prudent et attentif aux impératifs écologiques. Elle appelle par ailleurs au respect des obligations internationales, mais préconise aussi un nouvel ordre en la matière, qui devra s’adapter aux inquiétudes nées tout à la fois de la recrudescence de la piraterie maritime, des menaces liées au réchauffement climatique ou des revendications territoriales en Arctique et ailleurs. La politique australienne, plus avancée que la nôtre, peut, à bien des égards, constituer un exemple à suivre, d’autant plus que cette grande nation a vocation à devenir l’un de nos tout premiers partenaires au cours du siècle.

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