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Plaidoyer pour un empire
le 02 Août 2010

Plaidoyer pour un empire
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La France possède le deuxième espace maritime mondial faisant pour elle, de l’Australie, un voisin aussi naturel que l’Allemagne. Ce constat, mécon - nu des Français, lui impose de réorienter sa diplomatie et de définir de nouvelles stratégies planétaires. Explications.

Affirmer et revendiquer la dimension maritime et planétaire de la France conduit inévitablement à reconsidérer l’ensemble de notre stratégie, sinon de notre diplomatie. Révéler, entre autres choses, à nos compatriotes que l’Australie ou le Brésil sont d’importants voisins n’est pas sans conséquence. Cela pose d’abord la question de la nature de notre engagement au sein de l’Union européenne, quand on sait l’émoi qu’a déjà pu causer la mise en place de l’Union pour la Méditerranée à l’initiative de la France. Ensuite, il faut que la «France hexagonale » comprenne que sa présence planétaire sur trois océans l’oblige à être omniprésente dans toutes les régions du monde, beaucoup plus que ce n’est le cas aujourd’hui. Cette révision totale de la diplomatie doit être aussi l’occasion de développer une politique ambitieuse et originale de la promotion de l’image de la France à travers le monde (…) Lorsqu’il était en poste à Paris, l’ambassadeur d’Australie William Fischer aimait surprendre ses interlocuteurs en leur révélant que l’Australie est non seulement le premier voisin maritime de la France, du fait de la proximité de la Nouvelle-Calédonie, mais, plus encore, celui qui partage avec elle la plus longue frontière terrestre du fait de la « partition » de l’Antarctique, la zone dévolue à la France étant encadrée par celles attribuées à l’Australie. Bien sûr, l’affirmation prête à discussion si l’on veut bien considérer qu’il ne s’agit pas (NDLR en Antarctique) de véritables souverainetés, mais la réflexion n’est pas anodine, et cette proximité a créé des liens et des obligations qu’on ne saurait minimiser aujourd’hui. L’Australie, plus de dix fois la superficie de la France, mais trois fois moins peuplée, est, dans bien des domaines, aux antipodes de ce que nous sommes (…). C’est pourtant un important client pour certaines de nos grandes entreprises, comme on l’a vu avec GDF-Suez ou Veolia dans le domaine du dessalement de l’eau, à l’heure où son économie profite toujours de ses importantes ressources minières – dont 40% des réserves mondiales d’uranium – et tire encore paradoxalement son électricité en grande partie de centrales au charbon.

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Les questions environnementales sont justement de celles qui conduisent à des coopérations franco-australiennes, comme celle réalisée dans le domaine de l’eau (l’Australie est l’un des premiers pays au monde à s’inquiéter pour l’approvisionnement en eau potable de ses habitants). Elles sont appelées à devoir nous rapprocher au cours des prochaines décennies, d’abord parce que nous sommes voisins sur les deux océans, Pacifique et Indien, ensuite parce que nous sommes conjointement en charge d’une responsabilité particulière concernant l’avenir de l’Antarctique, le pôle Sud de la planète. On sait que ce territoire, ouvert uniquement à des investigations scientifiques, a pour l’instant vocation à être protégé. Mais cette disposition prend fin en 2041, et il conviendrait de réfléchir dès maintenant à l’opportunité de ne pas rester à l’écart, si certains souhaitaient transformer cette présence scientifique en véritable souveraineté (…) et poser, le moment venu, l’éventuelle question de l’exploitation des ressources qu’il renferme (…). L’exemple de l’Antarctique est un exemple parmi d’autres de coopération possibles avec l’Australie car il y a, dans les mers que nous partageons, bien des richesses halieutiques, minérales et énergétiques qui doivent nous inciter à coopérer de plus en plus étroitement, à la fois dans l’intérêt économique bien compris de nos deux pays mais aussi au profit de l’ensemble de la planète.

Coopération franco-américaine

Notre responsabilité est en effet partagée à l’égard de la communauté internationale, consciente que bien des réponses aux menaces pesant sur l’espèce humaine se trouvent dans les océans, notamment dans cette région du monde. Il nous paraît donc impérieux de nouer avec l’Australie des rapports nouveaux en prenant des initiatives depuis Paris, mais aussi en manifestant une présence plus active et plus représentative dans une instance régionale telle que la Conférence océanique. La présence, lors d’une prochaine rénouveaux en prenant des initiatives depuis Paris, mais aussi en manifestant une présence plus active et plus représentative dans une instance régionale telle que la Conférence océanique. La présence, lors d’une prochaine réunion, du président de la République ou du Premier ministre serait évidemment porteuse de symbole, au même titre que faire de l’Australie un prochain pays invité à notre 14 Juillet. (…) Avec le continent américain, beaucoup reste à faire, mais les relations sont diverses et de nature différente. En premier lieu, il apparaît que la relation n’a rien de privilégiée dans ce domaine avec les États-Unis, alors que nous sommes pourtant les deux premières puissances maritimes mondiales. Une façon de l’affirmer à la face du monde pourrait être de prendre, avec nos amis américains, l’initiative d’un G 12 réunissant à Londres, siège de l’Organisation maritime internationale, les douze chefs d’États et de gouvernements des pays possédants les espaces maritimes les plus étendus afin d’échanger sur tous les problèmes du moment relatifs aux océans : sécurité et lutte contre la piraterie, extension des ZEE et solidarité internationale, régulation des zones de pêche, conditions d’exploitation des ressources minérales et énergétiques, question des pôles… Ce rapprochement avec les États- Unis, qui sont « nos voisins » tant du côté atlantique que du côté pacifique, devrait être l’occasion de nouer aussi avec le Canada un dialogue nouveau, dans la perspective de régler au mieux de nos intérêts la question de l’extension de la ZEE de Saint-Pierre-et- Miquelon, dossier que nous avons dans le passé mal défendu, par désinvolture, désintérêt ou manque de vision, abandonnant ainsi nos compatriotes de l’archipel à la puissance et à la détermination du géant canadien. C’est encore ce voisinage maritime qui nous appelle à poursuivre et à développer des relations régionales approfondies avec nombre de la plupart des États d’Amérique latine, soit dans le cadre de la zone des Caraïbes, à partir de la Guyane et des Antilles, soit dans celui de l’Antarctique, dans la mesure où l’Argentine, le Chili, le Brésil ou l’Uruguay y possèdent des bases scientifiques, ce qui devrait nous inviter à échanger plus fréquemment avec eux. Côté Pacifique nord, on a eu l’occasion de constater que le désintérêt pour Clipperton nous avait amenés à abandonner au Mexique nos droits de pêche, non seulement sur la ZEE, mais aussi et surtout, fâcheux précédent, dans les eaux territoriales françaises qui sont selon, Jean-Louis Étienne, la «nursery du très recherché thon rouge abondant dans cette zone».

L’exemple du continent américain, du nord au sud et de l’est à l’ouest, démontre à quel point cette présence française suppose une omniprésence diplomatique, renouant avec les grandes périodes de notre histoire, quand la France était acteur incontournable de la diplomatie internationale. Si, malgré les défaites et les humiliations subies au cours du XXe siècle, nous avons pu conserver un rang honorable et une certaine influence sur la marche du mon - de, on perçoit bien qu’en prenant appui sur la réalité de notre empire maritime on peut revenir «jouer dans la cour des grands», si la volonté politique est au rendez-vous.

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