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Amiral Pierre-François Forissier : "Les rapprochements avec les Britanniques sont inéluctables"
le 18 Octobre 2010

Amiral Pierre-François Forissier :
Amiral Pierre-François Forissier :

Le 12 octobre 2010, l’amiral Pierre-François Forissier, chef d’état-major de la Marine nationale, a été auditionné par la Commission de la Défense de l’Assemblée nationale. Nous publions ci-dessous un extrait de son échange avec les parlementaires sur la coopération franco-britannique. Les autre aspects de cette intervention seront présentés dans le prochain numéro de la revue Marine&Océans.

GUY TEISSIER 1 : On parle beaucoup du rapprochement franco-britannique (…). Avez-vous une idée des économies qu’il pourrait générer ?

AMIRAL FORISSIER : Je ne pense pas que la finalité soit de réaliser des économies (…). En Europe, seules les marines britannique et française ont encore une ambition mondiale. Les autres marines européennes, dont certaines disposent d’importantes capacités de haute mer, sont capables de se déployer dans une coalition sur un théâtre d’opérations, mais n’ambitionnent pas d’assurer une présence simultanée sur l’ensemble des océans. Pour notre part, notre outremer nous y oblige. Quant aux Britanniques, du fait de leur histoire, ils ont les mêmes besoins et la même ambition que nous. Nous avons bien conscience que, chacun de notre côté, nous n’aurons plus les moyens de la satisfaire ; c’est pourquoi nous avons le désir de travailler ensemble. Nous savons que nous avons des doublons et qu’en conséquence, certaines mises en commun peuvent permettre d’éviter, au bénéfice de nos deux nations, la disparition de certaines activités, et donc de préserver l’influence de l’Europe dans le monde. (…) Le sujet est à la fois complexe et global, mais nous avons aujourd’hui l’opportunité, face à la crise, de faire preuve de pragmatisme, au bénéfice des uns comme des autres.

GUY TEISSIER: Par des économies…

AMIRAL FORISSIER: Non, permettezmoi d’insister. Si on ne diminue pas les missions de la Marine – et je ne vois pas pourquoi on les diminuerait –, il n’y a pas de réductions de cible possibles. Les Britanniques sont exactement dans la même situation. L’objectif est de faire en sorte que le coût global de l’ensemble soit plus conforme aux ressources dont nous disposerons.

GUY TEISSIER : Pour moi, ce sont toujours des économies. Peut-être le mot vous dérange-t-il, mais la mutualisation des moyens revient à un partage : si un groupe aéronaval, au lieu de ne comporter que des bateaux français, compte deux bateaux britanniques, deux bateaux français ne seront plus à la mer, ce qui permettra de réaliser des économies de fonctionnement.

AMIRAL FORISSIER: Je me suis sans doute mal exprimé. Compte tenu des réductions budgétaires que la crise nous impose, nous ne pourrons plus, si nous ne réagissons pas, maintenir notre statut de marine mondiale. Notre objectif, en travaillant avec nos amis britanniques, est donc de pouvoir, grâce à une répartition des tâches, continuer à nous déployer. Le jour où l’une de nos frégates sera remplacée par une frégate britannique pour escorter le Charles de Gaulle, elle sera déployée ailleurs, par exemple au large de l’Afrique ou dans les Antilles – car aujourd’hui, nous avons des ruptures temporaires de capacité qui nous empêchent d’assurer la souveraineté de nos espaces ultramarins en permanence. L’un de nos sujets de discussion avec les Britanniques, également très présents dans l’arc antillais, est d’ailleurs la coordination entre les patrouilles de nos frégates. Vous comprendrez donc que je sois très prudent sur le mot «économies»: nous ne rendrons rien, mais nous permettrons au système de survivre en coûtant moins cher (…).

GILBERT LE BRIS 2: On entend de plus en plus parler de synergies possibles avec les Britanniques en matière de dissuasion sous-marine. Qu’en est-il ?

AMIRAL FORISSIER: Les discussions éventuelles entre la France et le Royaume- Uni sur la dissuasion nucléaire ne relèvent pas de ma sphère de compétences. En tant que fournisseur de moyens, je considère que des rapprochements sont inéluctables, ne serait-ce que sur le plan technique. Nous avons le même fabricant de sonars, Thalès, qui travaille de façon séparée au Royaume-Uni et en France, ce qui nous coûte très cher; notre indépendance nationale ne serait pas remise en cause si nous avions des équipements voisins. Je rappelle qu’à bord du Redoutable, les usines de traitement de l’atmosphère étaient britanniques, à une époque où pourtant l’indépendance nationale de la dissuasion était un dogme absolu. Un certain nombre de composants, en particulier électroniques, sont fabriqués par les fournisseurs mondiaux spécialisés, qui sont peu nombreux. Cela ouvre donc un champ possible de coopération, dont la mise en oeuvre dépend de décisions politiques. Quel est le degré de coopération que nous sommes prêts à envisager ? Il peut être symbolique ou très large ; nous appliquerons les directives de nos Gouvernements respectifs. En tout cas, pour nous, ce n’est plus un sujet tabou.

1. Député (UMP) des Bouches-du-Rhône, président de la Commission de la Défense nationale.

2. Député (PS) du Finistère.

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