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La France se réorganise dans le Pacifique
le 14 Décembre 2010

La France se réorganise dans le Pacifique
La France se réorganise dans le Pacifique

La France est la seule nation européenne disposant de vastes territoires dans le Pacifique. L’état-major des armées, en cohérence avec l’analyse effectuée dans le Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale ainsi qu’avec la revue générale des politiques publiques, a entrepris d’y réorganiser son dispositif militaire.

La France est la seule nation européenne qui puisse légitimement être considérée comme une nation du Pacifique. Les territoires qu’elle possède dans cet océan – la Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna, la Polynésie française – représentent une surface de plus de 23300 km2 de terres émergées (dont 19100 km2 pour la seule Nouvelle-Calédonie), une population de plus de 500000 habitants – également repartie entre la Nouvelle- Calédonie (244 000) et la Polynésie française (260 000) – mais aussi une zone économique exclusive (ZEE) de 6,9 millions de km2, principalement située en Polynésie française (5,5 millions de km2). Les intérêts de la France dans l’océan Pacifique vont croissant, comme ceux des pays européens, au fur et à mesure que la puissance économique de la Chine s’affirme, complétant celles, déjà bien établies, de la côte occidentale des États- Unis d’Amérique et du Canada, du Japon, de la Russie, de la Corée du Sud, de l’Australie et, dans une moindre mesure, du Chili et de la Nouvelle-Zélande.

Le libre usage du Pacifique, enjeu du XXIe siècle

Une bonne part du trafic commercial essentiel à notre vie quotidienne trouve sa source en Asie et donc dans le Pacifique. Cet océan est, par son étendue, le plus grand de la planète et un formidable réservoir de ressources naturelles que les grandes puissances riveraines se disputent déjà. Les Américains, qui pensent à l’après Afghanistan, transfèrent actuellement leurs forces navales de l’Atlantique vers le Pacifique. Il apparaît de plus en plus clairement que le libre usage de cet océan sera l’un des enjeux du XXIe siècle. Il est essentiel, dans cette perspective, de continuer à y disposer des ports et des aéroports que nous y offre l’outremer français. Par sa position centrale, presque symétrique de Hawaii par rapport à l’Équateur, la Polynésie française permet de rayonner dans tout le Pacifique. C’est une des raisons pour lesquelles il a été décidé d’y laisser un état-major interarmées, les autres étant le maintien de la souveraineté nationale et la surveillance des anciens sites du centre d’expérimen - tation du Pacifique. Protégée par l’océan qui l’entoure, environnée par de petits états insulaires, elle apparaît toutefois moins menacée que la Nouvelle-Calédonie, plus proche de l’arc mélanésien des crises ainsi baptisé après la succession d’événements survenus au Timor, en Papouasie Nouvelle- Guinée, aux Fidji ou aux Tonga. C’est donc en Nouvelle-Calédonie que la France a choisi de concentrer la plus grande partie des moyens d’intervention de ses armées.

L’Anse Vata à Nouméa
L’Anse Vata à Nouméa

Recentré sur les missions militaires, le nouveau dispositif des forces armées françaises doit également permettre d’intervenir en soutien de l’action de l’État dans les situations d’urgence, en particulier en cas de catastrophes naturelles. Le Pacifique est en effet le lieu de phénomènes naturels de grande ampleur (tremblements de terre, tsunamis, cyclones) qui menacent les populations riveraines et nécessitent des moyens navals. Les moyens lourds d’intervention vont être concentrés en Nouvelle-Calédonie appelée dans le Livre blanc à devenir le point d’appui des armées pour le Pacifique. Ces moyens se composent de l’essentiel des forces terrestres présentes dans la zone (un groupement tactique interarmes), des avions de transport tactique (ATT) de l’armée de l’Air et du bâtiment de transport léger (BATRAL) Jacques Cartier. Ils peuvent être utilisés au profit des deux commandements interarmées de la région, à Nouméa ou à Papeete. Il faut cependant rappeler que la distance qui sépare ces deux villes est du même ordre que celle qui sépare Paris de Téhéran (avec la ligne de changement de date au milieu !) soit 11 jours de mer à 10 noeuds pour le BATRAL ou 11 heures de vol pour l’avion de transport tactique. Les forces navales restent réparties entre les deux ports, Nouméa et Papeete, qui abritent ainsi chacun une frégate de surveillance et deux patrouilleurs P400. Des avions de surveillance maritime Gardian de la flottille 25F sont stationnés sur des aéroports voisins (La Tontouta et Faa’a), la flottille étant commandée depuis Faa’a où s’effectue aussi son entretien. À Faa’a, deux hélicoptères Dauphin N, mis en oeuvre par la Marine, complèteront le dispositif à partir de 2011. Ils seront partagés avec d’au - tres administrations que la Défense, comme les Dauphin de service public en métropole.

Liberté de navigation

À Papeete, le remorqueur ravitailleur Revi a pour mission principale le soutien du Centre d’expérimentation du Pacifique. Il participe également aux missions de présence et de soutien, ravitaillant par exemple les P400 lorsque ceux-ci sont déployés aux confins de la Polynésie (Australes et Gambier) ou effectuant des missions de transport en cas de catastrophe naturelle (aide aux Tonga après le tsunami en 2009). Les frégates de surveillance Vendémiaire et Prairial sont les seuls moyens qui témoignent toute l’année de la présence de la France dans le Pacifique audelà de ses territoires. Elles effectuent un ou deux déploiements par an le long des côtes de l’Asie et de l’Amérique, ce qui leur permet de faire des exercices avec les marines riveraines, d’affirmer la liberté de navigation en haute mer dans des zones souvent contestées, de contribuer aux efforts des marines amies ou alliées pour maîtriser leurs espaces maritimes, de rencontrer les communautés françaises expatriées sur ces rives, d’entretenir les connaissances nécessaires pour pouvoir agir là-bas si nécessaire. C’est aussi le rôle des bâtiments de passage qui sont malheureusement rares dans le Pacifique. Ces déploiements affirment la présence de la France comme État riverain du Pacifique. Ils permettent aux commandants des forces armées de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie de disposer de renseignements en provenance des marines alliées et amies. Grâce à ces échanges, à la con fiance ainsi créée, ces commandants peuvent compter sur des informations pertinentes et, éventuellement, des moyens complémentai - res en cas de crise grave.

Si les frégates et le Revi demeureront sans doute dans le Pacifique jusqu’en 20203, le remplacement des P400 par de nouveaux bâtiments d’intervention et de surveillance maritime (BATSIMAR) ne pourra être réalisé avant leur retrait du service actif. Ceci est valable en Polynésie comme en Nouvelle-Calédonie or seul le couple avion de surveillance maritime/patrouilleur hauturier permet une surveillance et une protection efficaces de la ZEE. Les missions envisagées pour les futurs bâtiments de surveillance et d’intervention maritime – dont le projet n’est encore qu’à ses débuts – témoignent de l’importance du besoin. Ils devront assurer la maîtrise des espaces maritimes dans les approches nationales (surveillance et sûreté, recueil du renseignement), la police générale en mer (de la navigation, des pêches, de l’environnement, lutte contre les trafics illicites…), la sauvegarde de la vie humaine en mer, l’aide d’urgence lors des catastrophes naturelles, le soutien aux populations ainsi que les opérations militaires de basse intensité.

Préserver les ressources de la Polynésie française

seul le couple avion de surveillance maritime/ patrouilleur hauturier permet une surveillance et une protection efficaces de la zone économique exclusive française
seul le couple avion de surveillance maritime/ patrouilleur hauturier permet une surveillance et une protection efficaces de la zone économique exclusive française

Ces bâtiments seront rustiques, peu coûteux, construits selon des normes civiles, d’un tonnage suffisant pour affronter la haute mer par mauvaises conditions météo, capables de mettre en oeuvre une drôme puissante et éventuellement un hélicoptère léger ou un drone. Un format de 18 unités est envisagé pour couvrir les besoins en métropole et outremer. Les livraisons ne sont cependant prévues qu’à partir de 2017. En 2020, lorsque les patrouilleurs et les Gardian auront été remplacés, les capacités de surveillance de la ZEE seront accrues, les nouveaux équipements disposant de moyens plus performants qu’aujourd’hui. Le Centre unique d’action de l’État en mer installé à Tahiti pourra ainsi donner sa pleine efficacité, au service notamment de la préservation des ressources de la Polynésie française. Il est en effet vraisemblable, qu’à cet horizon, la diminution du nombre de patrouilles hauturières et le déplacement vers le sud des bancs de thons (en raison du réchauffement climatique) auront sensiblement accru la pression des flottilles de pêche étrangères sur les ressources du territoire. Une évolution similaire est redoutée en Nouvelle-Calédonie.

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