Accueil Géopolitique Les grands travaux de l’Union pour la Méditerranée
Géopolitique
Les grands travaux de l’Union pour la Méditerranée
le 13 Septembre 2011

Les grands travaux de l’Union pour la Méditerranée
Les grands travaux de l’Union pour la Méditerranée - (PHILIP PLISSON)

Le projet d’Union pour la Méditerranée (UpM) a été lancé, à Tanger, le 13 octobre 2007, par Nicolas Sarkozy lors de sa première visite d’État au Maroc. Les révoltes du « Printemps arabe » ont été l’occasion pour lui d’en rappeler la pertinence. Dans un récent discours, tenu en avril 2011, à l’Institut du monde arabe, le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, a affirmé vouloir « refonder » - à travers notamment la nomination d’un nouveau Secrétaire général - ce qu’il appelle « l’initiative prémonitoire » du Président de la République, soulignant toutefois le « scepticisme » qu’elle soulève au Nord comme au Sud. Comment est organisée l’UpM aujourd’hui, quels sont les projets en cours ? Explication.

L’unité de l’espace méditerranéen en tant qu’aire de civilisation et la communauté de destin qui en découle, nous sont enseignées par l’histoire. La pertinence, pour le temps présent, d’un projet ambitieux d'échange et de développement qui soit le support d’un dialogue politique se déduit de l’analyse des situations respectives des rives nord et sud. L’écart de développement entre ces deux rives, l’un des plus forts au monde pour des zones contiguës, en est le fait majeur. On sait les problèmes que cela pose en termes de tensions politiques, migratoires, géostratégiques, et l’urgence qu’il y a à le traiter. Le Nord et le Sud ne reconnaissent pas toujours assez les chances à saisir ensemble en termes de croissance, d’accès commun aux ressources rares, aux énergies renouvelables et tout simplement d’amélioration des conditions de vie, d’accès au savoir et à la santé par exemple qu’offre un partenariat bien conduit. Le « Printemps arabe », annonciateur de changements majeurs, apparaît a posteriori comme une confirmation éclatante de son bien-fondé, et il n’y a d’ailleurs plus guère de voix pour le contester. L’Union pour la Méditerranée (UpM) est l’union de 43 pays, incluant les 27 pays de l’Union Européenne. Elle repose par conséquent sur la conviction que l'avenir de l'Europe elle-même se joue aussi en Méditerranée, en dépit du fait que l’Europe se soit surtout efforcée ces deux dernières décennies de renouer ses anciens liens à l’Est. L’Union pour la Méditerranée s’appuie sur la coopération et le développement. Elle doit faire émerger des politiques de développement et des projets concrets dans les domaines économiques, sociaux, environnementaux, scolaires ou universitaires, scientifiques et culturels. Elle a d’ores et déjà multiplié les initiatives dans ce sens et obtenu un retentissement considérable sur la rive Sud.

Sur le plan institutionnel, l’UpM se caractérise d’abord par une coprésidence égalitaire nord-sud. C’est un des traits majeurs par lequel elle se distingue de la politique de voisinage de l’Union Européenne ou du processus de Barcelone et qui fait d’elle - du fait de ce dialogue intergouvernemental - un des principaux lieux d’échange des pays du Sud de la Méditerranée entre eux. Ce principe de coprésidence, adopté au sommet de Paris en 2008, s'est imposé et constitue aujourd'hui une réalité incontournable. L’Égypte et la France, qui ont partagé la première coprésidence de l’UpM, et la partagent encore pour quelques temps y ont beaucoup travaillé. Le passage de témoin à deux nouveaux pays, un temps retardé par le report du deuxième sommet de l’Union pour la Méditerranée, doit intervenir prochainement, puisqu’il est entendu que cette coprésidence, qui engage les pays et non les dirigeants, est tournante (tous les deux ans en principe) et partagée entre le Nord et le Sud.

L’autre institution clé de l’Union pour la Méditerranée est le Secrétariat général mis en place à Barcelone. Opérationnel depuis septembre 2010, il est chargé de suivre les projets de dimension régionale (1). Le Secrétaire général de l’UpM est assisté de six adjoints, un Palestinien en charge du secteur sensible de l'eau, un Israélien en charge des questions de recherche et d'enseignement supérieur, un Turc pour les projets dans le domaine des transports, un Italien - qui cumule actuellement ses fonctions avec celles de Secrétaire Général par intérim - en charge du développement économique et des PME/PMI, et une Maltaise en charge des questions sociales. Le seul fait que cette coopération fonctionne malgré les clivages politiques les plus aigus constitue en soi un succès. La mission principale du Secrétariat général est d’accorder le label UpM aux projets, facilitant ainsi à la fois leur coordination au niveau régional et leur capacité à être financés. Cette question du financement des projets labellisés par l’UpM est à l’origine du projet de création d’une Banque de Méditerranée qui pourrait mobiliser, soit dans son tour de table soit en tant que partenaires, des acteurs publics et privés comme la Banque Européenne d’Investissement , la BERD (2), plusieurs Caisses des Dépôts des pays riverains, des institutions financières arabes et d’autres acteurs publics.

Le projet le plus ambitieux développé dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée est le Plan solaire méditerranéen (3). Il prévoit un développement considérable de la production d'énergie renouvelable - notamment solaire – dans les pays de la rive sud et est de la Méditerranée avec les transferts de technologies et les créations d'emplois afférentes. Il implique aussi le développement de nouvelles interconnexions et infrastructures de transport et de distribution pour l'exportation d’une partie de cette « électricité verte » vers l’Union européenne dans le cadre de la politique européenne de développement des énergies renouvelables.

Les-grands-travaux-de-l’Union-pour-la-Méditerranee-00
Les grands travaux de l’Union pour la Méditerranée - (PHILIP PLISSON)

De nombreux autres projets sont en cours dans les secteurs de l'eau, des transports, des infrastructures, du développement des entreprises, du droit, des universités et de la recherche auxquels s’ajoutent des projets dans le domaine des autoroutes de la mer et des autoroutes maritimes. Les autoroutes de la mer sont des lignes maritimes associées à des services logistiques facilitant le transfert vers la mer de flux routiers ou facilitant la fluidification de flux maritimes préexistant qui se heurteraient à des lenteurs logistiques. L’autoroute maritime a, quand à elle, pour objectif d’organiser le trafic maritime dans des zones de passage sensibles en le concentrant dans des couloirs prédéfinis par des mesures réglementaires et incitatives. Elle sécurise les routes les plus fréquentées au bénéfice de tous ceux qui les empruntent ou qui les croisent, y compris par exemple la navigation de plaisance. Une autoroute maritime réduit l’incidence du trafic sur l’environnement et en facilite la surveillance.

Une autoroute de la mer peut parfaitement emprunter une autoroute maritime de même que le trafic concentré par les autoroutes maritimes vers des hubs peut alimenter les autoroutes de la mer dont le caractère prioritaire a été reconnu lors des déclarations de Paris (juillet 2008) et Marseille (novembre 2008). Un projet d’autoroute maritime entre Gibraltar et Suez est actuellement à l’étude à l’initiative de la France. En 2011, s’appuyant sur cette pré-étude française, la Banque mondiale a présenté, pour instruction, une fiche d’identification de projet au Fonds de l’Environement Mondial ( FEM). La définition et la mise en place d’une autoroute maritime en Méditerranée relévent de l’initiative des États côtiers agissant collectivement. C’est en cela que l’Union pour la Méditérranée est essentielle.

 


* Patrick Barraquand, 52 ans, est Secrétaire Général de la Mission interministérielle Union pour la Méditerranée depuis le 1er février 2011. Ancien élève de l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud, Agrégé d’Économie et de Sciences Sociales, il a mené une carrière internationale aux Nations Unies avant de rejoindre le monde de l’entreprise dans l’aide au développement puis dans le secteur aéronautique, en Afrique et en Russie. Patrick Barraquand est capitaine de frégate de réserve, spécialité fusilier.

1. Le premier Secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée, le jordanien Ahmad Masa’deh a démissionné en février 2011. Il a été remplacé à titre intérimaire par l’italien Lino Cardarelli.

2. Banque européenne pour la reconstruction et le développement

3. Note de la rédaction : Lancé en juillet 2008, le Plan solaire méditerranéen prévoit la construction de capacités de production d'électricité de source renouvelable de 20 gigawatts (GW) à horizon 2020 sur les rives Est et Sud de la Méditerranée. L'électricité produite sera consommée par le marché local tandis que 5 GW seront exportés vers l'Europe afin de garantir la rentabilité des projets de centrales. Plus de deux ans après le lancement du plan, plus de 150 projets sont à l'étude dans les pays du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord : Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Jordanie, Syrie, Liban, Turquie… Selon la Femip - Facilité euro-méditerranéenne d'investissement et de partenariat -branche de la Banque européenne d'investissement (BEI), nombre d’entre eux ne seraient pas encore parvenus à maturité confrontés à des obstacles d’ordre techniques et financiers. (source : www.actu-environnement.com )

    Partager cet article :

    Retour Abonnez-vous à Marine&Océans

    À lire aussi dans cette rubrique

    Les articles les plus lus

    Accueil Géopolitique Les grands travaux de l’Union pour la Méditerranée