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L’Union pour la Méditerranée face aux réalités géopolitiques
le 13 Septembre 2011

L’Union pour la Méditerranée face aux réalités géopolitiques
L’Union pour la Méditerranée face aux réalités géopolitiques - (PHILIP PLISSON)

Avec l’Union pour la Méditerranée, lancée le 13 juillet 2008 à Paris, en début de présidence française de l’Union européenne, le président Nicolas Sarkozy poursuivait au moins trois ambitions légitimes : relancer la coopération euro-méditerranéenne initiée en 1995 (1), redonner à la France un rôle moteur en Méditerranée, proposer à la Turquie un projet alternatif à l’entrée dans l’Union européenne.

L’UPM devait prendre son essor sur six projets multilatéraux, tous mobilisateurs (2). La pertinence de ces thèmes n’est pas contestable. Ce qui l’est en revanche, c’est le postulat fondateur de l’UPM, identique à celui du partenariat euro-méditerranéen et plus généralement à celui de la globalisation pilotée par les Etats-Unis depuis 1945 : « le commerce et l’interdépendance sont le socle du développement et de la paix ». Ce qui n’est pas vrai ! Certains problèmes politiques sont si graves que leur règlement doit précéder l’effort d’intégration économique, et a fortiori, politique.

Deux conflits géopolitiques, l’un au Proche-Orient, l’autre dans le Maghreb, s’opposent à l’intégration Sud-Sud. Un troisième différend s’oppose, lui, au rapprochement Nord-Sud.

D’un côté, Israël veut exister en sécurité, ce qui n’est pas accepté par de nombreux acteurs méditerranéens. De l’autre côté, un simple regard sur la démographie rapportée au territoire et aux ressources, révèle qu’un Etat palestinien est (peut-être) viable si Israël arrête sa croissance territoriale. Une feuille de route possible pour l’UPM serait :  « le sionisme accepté par tous, mais « borné » territorialement ».

Le Maghreb est en panne d’intégration à cause du conflit au Sahara occidental. Le Maroc a proposé une solution réaliste et conforme à l’histoire (une autonomie forte des Sahraouis dans la souveraineté du royaume), mais l’Algérie, qui soutient Polisario, continue à masquer de diatribes idéologiques son ambition atlantique. Pourquoi l’UPM ne travaillerait-elle pas à la reconnaissance de la souveraineté marocaine en échange d’un débouché maritime algérien ?

Troisième problème géopolitique majeur : l’immigration. Les bonnes âmes nous disent que la clé de la stabilisation des flux migratoires est le développement de la rive Sud. Oui, sauf que si la rive Nord attend que la rive Sud atteigne le niveau de développement suffisant pour fixer sa jeunesse désœuvrée, l’Europe aura eu le temps d’être totalement repeuplée par le continent africain ! La rive Nord doit donc obtenir de la rive Sud, non seulement une lutte efficace contre l’émigration clandestine, mais aussi la mise en place (grâce aux rentes pétrolières et gazières aujourd’hui confisquées par quelques-uns) de politiques sociales de fixation des populations.

L’UPM de demain doit se concentrer en priorité sur ces trois problèmes ; mais cela n’est possible que si le projet est sorti de l’Union européenne. La France, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, la Turquie, les pays arabes et Israël, doivent seuls appartenir à ce club.

La dynamique de renouvellement des régimes arabes crée une véritable fenêtre d’opportunités pour une relance de l’UPM ; la neutralité allemande par rapport à l’affaire libyenne justifie d’autant la sortie du projet de « l’UE élargie » dans lequel nous nous étions laissés enfermer.

La Libye peut se transformer en une nouvelle Somalie aux portes de l’Europe, « tribunaux islamiques » compris. Et le projet de BP de forer au large du Golfe de Syrte à une profondeur de 200 mètres supérieure à celle du puits qui a « lâché » dans le Golfe du Mexique, devrait retenir toute l’attention du club des riverains de la Méditerranée. Politique d’abord et maintenant !

 


1. par le partenariat euro-méditerranéen.

2. La dépollution de la Méditerranée, les autoroutes maritimes et terrestres, la protection civile face aux catastrophes naturelles, une université euro-méditerranéenne, l’énergie solaire et une « initiative méditerranéenne de développement des affaires ».

* Docteur en Sciences politique (Université Paris Sorbonne), Directeur du site www.realpolitik.tv. Auteur de « Géopolitique, constantes et changements dans l’histoire », éditions Ellipses.

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