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« L’explosion des flux migratoires clandestins en Méditerranée est un défi majeur pour l’Union européenne »
le 13 Septembre 2011

Bateau de migrants illégaux tunisiens
Bateau de migrants illégaux tunisiens - (FRONTEX)

Le phénomène de l’immigration clandestine, de l’Afrique vers l’Europe, à travers les deux bassins méditerranéens, occidental et oriental, n’est pas nouveau. Il n’a cessé de s’aggraver durant ces vingt dernières années.

En Méditerranée occidentale, chaque jour, des centaines de candidats à l’émigration illégale vers l’Union européenne tentent de passer par le détroit de Gibraltar. Au Maroc, le taux de départ annuel est de 15% des hommes valides, soit 7,5 fois la moyenne mondiale du taux d’émigration par pays (évalué à 2%).

En Méditerranée orientale, la principale plateforme d’accès est surtout la Grèce (frontière albano-grecque et détroit de Bosphore). L’immigration clandestine provient de trois sources différentes : les territoires de l’ex-Yougoslavie ravagés par la guerre et l’épuration ethnique, le Moyen-Orient et l’Asie. Les flux d’immigrants qui touchent la Grèce impressionnent par leur ampleur. Alors que la Grèce ne compte qu’une dizaine de millions d’habitants, elle a vu l’afflux en une dizaine d’années d’au moins 2 millions de clandestins. C’est comme si l’Italie avait vu arriver plus de 10 millions d’illégaux !

Les révolutions du monde arabe laissent augurer d’une aggravation majeure du phénomène, qui renvoie à la mémoire du roman visionnaire de Jean Raspail, Le Camp des Saints, dont la première édition date de 1976 et qui vient d’être réédité (1).

Depuis le début de l’année 2011, l’Italie a enregistré plus de 21 000 arrivées (dont environ 18 000 Tunisiens, 400 Afghans, 300 Erythréens, 200 Egyptiens) principalement à Lampedusa mais aussi Linosa et Ragusa.

La Grèce tente, quant à elle, de refouler des Libyens, des Tunisiens, des Algériens. A la frontière helléno-turque, les Algériens représentent ainsi le deuxième contingent de clandestins interceptés, avec plus de 6 300 individus entre juin 2010 et février 2011, immédiatement après les Afghans et avant les Pakistanais, les Somalis et les Bangladeshis. Malte constate les premières arrivées conséquentes de migrants par mer (550 depuis janvier 2011), tandis que la pression migratoire explose en Espagne avec une augmentation de + 330% si l’on compare les premiers trimestres 2010 et 2011.

La France n’échappe évidemment pas à l’aggravation du phénomène. Entre le 1er janvier et la fin du mois de mars 2011, plus de 3200 Tunisiens en situation irrégulière ont été interpellés soit autant en 3 mois que pour toute l’année 2010 !

Principaux points de regroupement
Principaux points de regroupement

Si les flux augmentent en provenance de Tunisie, les principales inquiétudes concernent la Libye. Plus de 100 000 personnes chercheraient à fuir le pays, selon une estimation du Haut Commissariat pour les Réfugiés datant du 28 février 2011, principalement vers la Tunisie et l’Egypte. Plus grave encore, l’Office des migrations internationales (OMI) évalue entre 500 000 et 1,5 million la population de migrants sub-sahariens et de la Corne de l’Afrique qui étaient coincés jusqu’alors en Libye et qui cherchent à la quitter. L’Union européenne parle elle de 750 000 migrants potentiels.

Avec les mutations du Maghreb, les fragiles digues établies en accord avec les pays d’origine sont en train de sauter. Les autorités tunisiennes freinent le retour des clandestins : seuls 4 migrants peuvent embarquer sur un même vol et les auditions attestant leur nationalité doivent impérativement se tenir dans les consulats tunisiens. Cette inertie s’ajoute au zèle des juges des libertés français qui font obstacle très souvent à nos procédures de renvois.

L’effondrement du régime de Kadhafi est aussi celui d’une digue, certes imparfaite (même insupportable si l’on se souvient du chantage à l’immigration exercé par Kadhafi), mais qui néanmoins fixait l’essentiel des migrants africains sur l’immense territoire libyen.

Une reconstruction du monde arabe qui n’intègrerait pas une politique volontariste de fixation des populations serait une catastrophe géopolitique majeure pour l’Union européenne.

 


* Docteur en Sciences politiques, Directeur du site www.realpolitik.tv, auteur de « Géopolitique, constantes et changements dans l’histoire », éditions Ellipses.

(1) Le camps des saints, précédé de Big Other, Robert Laffont, février 2011, 22 euros.

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