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Entretien avec Patrick Boissier, Président de DCNS
le 01 Février 2010

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Le nouveau patron de l’ancienne entreprise publique devenue en sept ans premier constructeur européen de navires militaires met le turbo. Il attaque le siècle avec d’insolentes ambitions à l’heure où la construction navale fait plutôt grise mine. Confidences.

Votre stratégie de croissance, baptisée Championship, semble particulièrement ambitieuse.

DCNS vise une croissance de son chiffre d’affaires de 50 à 100% dans les dix prochaines années. Pour atteindre cet objectif, le groupe demeurera le partenaire de référence de la Marine nationale. Il ambitionne également de se développer dans des secteurs extrêmement concurrentiels (naval de défense à l’international, nucléaire civil, énergies marines renouvelables). Cette croissance sera conditionnée par une amélioration de 30% de la performance du groupe dans les trois prochaines années. La croissance et les gains de performance de DCNS seront créateurs de richesse et d’emplois pour le groupe et son environnement. Ils placeront également DCNS en meilleure position pour de futures alliances européennes. Dans le cadre de championship, nous allons mettre en oeuvre un plan d’amélioration de la performance du groupe. L’un des chantiers de ce plan de transformation est la mise en place d’une nouvelle organisation au service de notre stratégie de croissance. Cette nouvelle organisation est plus simple, plus efficace et plus responsabilisante. Elle est structurée par activités et caractérisée par les principes de mutualisation, de subsidiarité et de délégation.

Ces objectifs sont-ils réalistes alors, notamment, que 45% du personnel de DCNS est encore sous le régime de l’ancien statut de l’entreprise ?

DCNS a connu une mutation profonde en passant en quelques années d’une administration à une entreprise performante et rentable. Grâce aux savoir-faire de ses équipes et ses moyens industriels exceptionnels, DCNS conçoit et fabrique certains des produits les plus complexes réalisés par l’Homme, au premier rang desquels les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Les compétences uniques de nos équi - pes dépassent donc largement la question de leur statut. Aujourd’hui, j’ai pleinement confian - ce dans la capacité de l’ensemble des personnels du groupe à se mobiliser pour atteindre nos objectifs de croissance.

La Marine nationale ne constituera plus à l’horizon 2020/2025 que 30% de l’activité de DCNS. Comment anticipez-vous cela ?

Le marché de la Marine nationale, qui constitue aujourd’hui 70% du chiffre d’affaires du groupe, restera le socle de l’activité de DCNS et le moteur de notre innovation. Le marché français de la construction neuve est défini par la Loi de programmation militaire. Celle-ci permet de prévoir un marché français du naval de défense stable pour la construction neuve et en baisse pour l’entretien des flottes. DCNS a cependant la chance d’avoir une charge prévisible en cons - truction neuve pour les années à venir avec les frégates multimissions Fremm et les sous-marins d’attaque Barracuda. Le marché de la maintenance va se contracter du fait de la réduction du nombre de navires à entretenir. En outre, les navires fournis par DCNS étant toujours plus modernes, leur entretien sera d’autant facilité. Nous avons comme objectif premier de mener à bien nos programmes industriels qui représentent de véritables défis au service de la Marine nationale.

Concernant l’activité «nucléaire civil» et «énergies renouvelables» que vous souhaitez développer, quels sont les projets les plus sérieux sur lesquels travaille DCNS aujourd’hui ?

Le nucléaire civil et les énergies marines renouvelables sont des marchés prometteurs pour DCNS. Le groupe possède les compétences nécessaires pour y prendre une place significative et y a déjà remporté plusieurs dizaines de millions d’euros de commandes. Le marché du nucléaire civil est en plein développement. DCNS se positionne à la fois comme maître d’oeuvre de sous-ensembles, comme fournisseur d’équipements et comme prestataire de services. Le grou - pe entend ainsi y réaliser annuellement entre 300 et 400 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici 10 ans. Le marché des énergies marines renouvelables n’est aujourd’hui qu’à ses débuts. Mais il pourrait atteindre plusieurs milliards d’euros par an à moyen terme. DCNS compte y jouer un rôle de premier plan. Nous avons notamment signé un accord de partenariat avec la région Réunion pour développer un démonstrateur de centrale thermique des mers. De plus, nous venons de créer un incubateur à Brest. Cette ville hébergera également la plateforme des énergies marines renouvelables mise en pla - ce par le gouvernement dans le prolongement du Grenelle de la Mer.

Quels sont, à l’export, les produits phares et les principales zones de prospection de DCNS ?

Le secteur naval de défense à l’international représente un potentiel supérieur à 3 milliards d’euros par an, notamment en Asie, au Moyen- Orient et en Amérique latine. Le groupe dispose d’une gamme de produits performants et d’une offre de services personnalisés correspondant aux nouveaux besoins de défense et de sécurité exprimés par les marines du monde entier. Le marché des sous-marins est un marché prometteur porté par une demande de renouvellement des anciens sous-marins et par les demandes de marines entrantes dans ce domaine. Nous visons l’augmentation de notre part de marché avec la vente de sous-marins Scorpène et de notre nouveau sous-marin côtier Andrasta. Nous voulons augmenter notre part de marché sur les navires fortement armés avec nos frégates Fremm ou FM400. Le groupe cible également le segment des navires amphibies avec le BPC, ainsi que le segment des navires hauturiers avec les corvettes Gowind. Enfin, dans le domaine des services, il s’agit d’accompagner avec des prestations personnalisées les navires armés déjà vendus à nos clients. À titre d’exemple, nous avons créé des structures locales à Singapour et en Malaisie, respectivement pour soutenir tout au long de leur cycle de vie les frégates Formidable et les sous-marins Scorpène.

Concernant les sous-marins, comment se déroulent les contrats avec la Malaisie, l’Inde et le Brésil ?

Le Scorpène est une référence mondiale en matière de sous-marins d’attaque conventionnels. Je vous rappelle que les deux unités acquises par le Chili – Carrera et O’Higgins – sont opérationnelles depuis déjà plus de 5 ans. Le premier des deux sous-marins Scorpène commandés par la Malaisie – le KD Tunku Abdul Rahman – a été livré au client il y a tout juste un an. Le second – le KD Tun Razak – vient de rejoindre son port d’attache. La commande des six sous-marins Scorpène par la Marine indienne est déjà bien engagée. La coque du premier sous-marin est achevée et les travaux ont commencé sur les sous-marins 2 et 3. Les sous-marins seront livrés à la cadence d’une unité par an. Enfin, les quatre sous-marins conventionnels que la Marine brésilienne va acquérir auprès de DCNS représenteront une version du Scorpène adaptée aux besoins spécifiques du client. Entré en vigueur en octobre, le contrat vient de franchir une nouvelle étape avec la signature du con - trat de financement international il y a quelques semaines.

Les équipes de DCNS sont maintenant prêtes à débuter la conception et la mise en production de quatre sous-marins conventionnels. Par ail - leurs, le groupe fournira l’assistance pour le design – sous l’autorité de conception de la Marine brésilienne – de la partie non nucléaire du premier sous-marin à propulsion nucléaire brésilien. Enfin, DCNS contribuera à la réalisation d’une base navale et d’un chantier de construction navale au Brésil.

Entretien avec Patrick Boissier, Président de DCNS
Entretien avec Patrick Boissier, Président de DCNS

Les sous-marins de poche constituent-ils vraiment pour DCNS un marché prometteur ?

Conçu à partir de l’expérience acquise sur le Scorpène, l’Andrasta est particulièrement adap - té aux besoins des marines désirant créer une force sous-marine pour défendre leurs côtes ou pour compléter une flotte existante de sous-marins conventionnels. Ce sous-marin compact est destiné à opérer dans les eaux littorales, théâtre d’importance croissante pour toutes les nations maritimes. C’est également un redoutable adversaire en eau profonde. L’Andrasta est un bâtiment d’une remarquable efficacité. Aussi, nous fondons des espoirs très sérieux pour pénétrer de nouveaux marchés avec ce bâtiment.

Le transfert de technologie est-il la seule voie possible pour réussir des ventes à l’export ?

Aujourd’hui, les pays souhaitent de plus en plus acquérir des produits réalisés en partie localement. Dans la mesure où DCNS veut jouer un rôle prépondérant sur les marchés internationaux, nous devons proposer le transfert de technologies dans nos offres commerciales. La création de filiales de DCNS en Inde, au Brésil et en Malaisie s’inscrit dans ce cadre. Ces filiales permettent de nouer des partenariats stratégiques gagnant-gagnant dans lesquels le client et les partenaires industriels locaux concernés par ces programmes trouvent leur compte.

La vente de votre première Fremm à l’export, en l’occurrence au Maroc, est-elle aujourd’hui définitivement finalisée et qu’en est-il des demandes d’aménagements spécifiques faites par les Marocains ?

Nous avons découpé, à Lorient, la première tôle de la frégate multimissions commandée par le Maroc fin 2008. Le bâtiment sera livré à la Marine royale marocaine en 2013. Le contrat d’acquisition est entré en vigueur en août 2008. Notre volonté est de réaliser ce programme selon le souhait de notre client. Ce navire répond, bien entendu, à ses besoins et à ses attentes.

Entretien avec Patrick Boissier, Président de DCNS
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Quels sont aujourd’hui les pays intéressés de manière sérieuse par les Fremm ?

Les Fremm offrent la solution la plus performante en matière de frégates de nouvelle génération. Elles intéressent de nombreuses marines parmi lesquelles la Grèce, l’Algérie, l’Arabie saoudite ou encore le Brésil. Néanmoins, pour des raisons de concurrence évidente, nous ne pouvons pas faire davantage de commentaires sur notre activité commerciale.

DCNS va-t-il proposer à la Marine nationale un OPV «sea proven» ?

Nous réfléchissons à la manière de disposer d’un OPV «sea proven». La Marine nationale fait partie des clients qui seraient susceptibles de bénéficier de ce patrouilleur de haute mer. Mais aucune décision n’a encore été prise. Nous avons mené toutes les études détaillées et passé des accords avec des partenaires pour lancer le programme rapidement si nous le décidions.

L’industrie navale européenne de défense ne progresse pas beaucoup. Quelles en sont pour vous les principales raisons ?

DCNS a toujours été convaincu de la nécessité d’une consolidation européenne du naval de défense. Ce secteur est aujourd’hui trop dispersé et va devoir faire face à une concurrence accrue, notamment asiatique. Cependant, la situation n’est pas encore mûre pour des alliances européennes qui soient bénéfiques pour les parties impliquées. Nous voulons de notre côté, avec la stratégie championship, nous préparer à aborder la consolidation dans la meilleure position possible en termes de croissance et de performance.

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