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Les carnets secret de M&O
Israël face au trafic d’armes
le 12 Juillet 2010

Israël face au trafic d’armes
Israël face au trafic d’armes

Pour Israël, le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais sont approvisionnés en armes par l’Iran et la Syrie. L’État hébreu est déterminé à éradiquer, par tous les moyens, ces filières d’armement. La marine israélienne et le Mossad sont au coeur de ce combat. Ces derniers mois, des navires chargés d’armes ont été interceptés dans les eaux internationales, des chargements ont été neutralisés au Soudan et un responsable palestinien éliminé à Dubaï. Pour arriver à ses fins, aucun des grands acteurs impliqués dans cette guerre sans merci n’hésite à s’affranchir du droit international.

Israël mène une lutte sans merci contre les trafics d’armes destinés au Hamas à Gaza et au Hezbollah au Sud-Liban. Jérusalem y voit la main de l’Iran et de la Syrie. L’État hébreu ne ménage pas non plus sa peine pour entraver ou interdire la livraison d’armements lourds à l’Iran et notamment de missiles anti-aériens susceptibles de protéger la république islamique de toute intervention armée contre ses installations nucléaires. La marine israélienne, directement mobilisée, contrôle étroitement l’espace maritime au large du Liban et assure un blocus naval total de Gaza. En 1993, suite aux accords d’Oslo signés entre l’OLP et Israël, les pêcheurs gazaouis pouvaient encore s’éloigner jusqu’à 20 nautiques des côtes. Après la seconde Intifada, en septembre 2000, leur espace maritime a été ramené par Israël – au nom de la lutte contre le trafic d’armes – à trois nautiques amenant nombre d’entre eux à cesser leurs activités. «Les organisations terroristes palestiniennes font un usage cynique des pêcheurs de Gaza à des fins terroristes» déclarait, en février 2009, l’amiral Eliezer Marom, chef d’état-major de la Marine israélienne, pour justifier le blocus naval et les restrictions imposées aux pêcheurs de Gaza. L’engagement d’Israël dans la lutte contre le trafic d’armes dépasse largement le cadre du Liban et de Gaza. Le Mossad est à la pointe de ce combat. De l’opération commando à l’interception de navires, en partenariat avec ses alliés, notamment américains, l’agence de renseignement fait feu de tous bois aux quatre coins du monde. Les agents du Mossad ont infiltré les mouvements opérant à Gaza et au Liban mais ils ont également, avec l’aide de la CIA, identifié les réseaux d’armement opérant depuis la Syrie, l’Iran ou d’autres pays.

Entre janvier et février 2009, durant l’opération «Plomb durci», des opérations militaires parallèles et ciblées ont ainsi été menées au Soudan. Début janvier 2009, un convoi de 17 camions chargés de roquettes Fajr3 était détruit lors d’un raid aérien. Cet armement en provenance d’Iran venait d’être déchargé à Port Soudan. Il devait être acheminé par la route jusqu’à la frontière égyptienne du Sinaï, d’où il aurait dû être transporté à Gaza par les tunnels creusés par les palestiniens. Une seconde attaque sera menée le 27 janvier. Selon une source autorisée aux États-Unis, l’opération a probablement été menée depuis la base américaine de Djibouti. Un mois plus tard, le 11 février 2009, un bateau iranien sur le point de débarquer des armes, toujours sur la côte soudanaise, a été coulé par un tir de missile. Comme au mois de janvier précédent, les armes devaient être acheminées par voie terrestre vers l’Égypte, puis vers la bande de Gaza. Selon les autorités soudanaises, l’opération aurait été menée depuis la mer par des unités israéliennes ou américaines. Les informations recueillies par les services de renseignement ont permis l’arraisonnement de plusieurs navires chargés d’armes dans des affaires aujourd’hui devenues exemplaires de la guerre secrète et sans pitié qui se mène dans ce domaine.

Israël face au trafic d’armes
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Guerre sans pitié des services secrets Fin janvier 2009, les services de renseignements américains attirent l’attention de la Combined Task Force 151 (CTF-151) – engagée dans le golfe d’Aden dans la lutte contre la piraterie – sur le Monchegorsk (OMI 8013039), un navire russe exploité sous pavillon chypriote par la Maritime Management Cyprus Ltd. et affrété par l’IRISL (Islamic Republic of Iran Shipping Lines), la compagnie maritime nationale iranienne. Parti d’Iran, le navire, suspecté de transporter clandestinement des armes, fait route vers la Syrie. Localisé en mer Rouge, le Monchegorsk est rejoint par l’USS San Antonio, navire amiral de la CTF 151, qui envoie une équipe de visite à bord. L’inspection de la cargaison permet de découvrir des conteneurs renfermant des roquettes, des obus d’artillerie, des armes antichars, ainsi que du matériel et de la poudre destinés à la fabrication de roquettes. Le Monchegorsk est conduit sous escorte jusqu’à Port-Saïd pour une inspection approfondie. Son armateur est contraint de lui faire rallier Limassol, son port d’attache, pour une enquête internationale. La Syrie protestera en affirmant que cet armement était destiné à ses forces armées. Le représentant permanent de la France à l’Onu qualifiera l’affaire du Monchegorsk, d’acte grave de contrebande, en violation de la résolution 1747 interdisant à l’Iran de faire le commerce des armes. Le 17 octobre 2009, agissant une nouvelle fois sur renseignement, la marine américaine contrôle au large de Suez le porte-conteneurs allemand Hansa India (IMO 9070967) de la compagnie Leonhardt & Blumberg basée à Hambourg. Coïncidence, com - me le Monchegorsk, le Hansa India est également affrété par l’Islamic Republic of Iran Shipping Line (IRISL). À bord, les américains découvrent sept conteneurs, remplis de munitions, expédiés de l’Iran vers la Syrie, en violation de l’embargo sur les armes. Berlin est embarrassé. À la demande du gouvernement allemand, les Américains laisseront le navire rejoindre Malte où les conteneurs seront débarqués et saisis. L’affaire du Francop illustre de manière encore plus exemplaire la guerre sans pitié que se livrent les services secrets. L’histoire commence à la fin de l’année 2009. Entre septembre et octobre, des agents du Mossad surveil - lent de près les activités de la société de transport Espahan Shob Sanat (ESS) basée, comme son nom l’indique, à Ispahan. ESS est contrôlée par le Vevak, les services secrets iraniens (voir encadré). Les agents israéliens découvrent qu’ESS a acheminé jusqu’à Bandar Abbas une importante quantité d’armement. Dissimulées dans des conteneurs, les armes et les munitions ont été chargées à bord d’un navire iranien de la compagnie IRISL. Le cargo est identifié et placé sous surveillance dès son appareillage, le 22 octobre, pour le port égyptien de Damiette (ou Damiat), dans le delta du Nil. Les services de renseignement égyptiens sont contactés. Le 2 novembre, ils signalent que les conteneurs suspects ont été transbordés sur le cargo antiguais Francop (IMO 9277412) affrété par la compagnie chypriote UFS (United Feeding Services).

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Le navire doit faire escale successivement à Limassol, Beyrouth et Lattaquié en Syrie, destination finale de la marchandise. Dans la nuit du 2 au 3 novembre 2009, le Francop est intercepté et arraisonné au large de Chypre par des commandos marine israéliens (Shayetet 13). Avec l’accord du capitaine polonais du Francop, les commandos fouillent le navire et trouvent dans certains containers l’armement recherché. Le Francop est conduit sous escorte jusqu’au port israélien d’Ashdod pour un examen minutieux de la cargaison. Sur les 93 conteneurs passés au scanner, trente-six portant la mention «SEPAH » –acronyme iranien des Gardiens de la Révolution (Pasdaran) contiennent bien des armes et des munitions. La cargaison était dissimulée derrière des sacs de boulettes de polyéthylène séparés les uns des autres par des plaques de polystyrène. L’inventaire de l’armement découvert est édifiant: 2 000 roquettes de 107 mm (datées de 2007), 700 roquettes de 122 mm (datées de 1988), 700 détonateurs pour roquettes de 122 mm (neufs), 5700 obus de mortiers de 60 mm (fabriqués en Iran), 2300 obus de mortier de 81 mm (fabriqués en Iran), 780 obus de mortier de 120 mm (fabriqués en Iran), 3000 obus antichar de 106 mm (caisses étiquetées en espagnol), 20000 grenades à fragmentation (datées de 2007), 570000 munitions pour AK47 et mitrailleuses (fabriquées en Chine). Selon le contre-amiral israélien Rani Ben Yehouda, il ne fait aucun doute que cet armement était destiné au Hezbollah. Les Syriens et les Iraniens affirmeront que le Francop ne transportait que des biens de consommation, et dénonceront un acte de piraterie maritime dans des eaux internationales. Alors que certains observateurs étrangers évoquent une possible manipulation du Mossad, Israël s’empresse d’exploiter l’incident au plan diplomatique. Après l’interception du Francop le Mossad parvient à remonter jusqu’à l’un des commanditaires de l’opération. L’homme s’appelle Mahmoud al- Mabhouh, un cadre du Hamas âgé de 50 ans2. Ses déplacements sont étroitement surveillés. Début janvier 2010, le Mossad apprend que l’intéressé doit se rendre à Dubaï pour rencontrer un émissaire iranien, probablement pour l’élaboration d’un nouveau plan d’action après l’échec des derniers envois d’armes.

"Après l’intervention du Francop le Mossad parvient à remonter jusqu’à l’un des commanditaires de l’opération."

La décision est prise au plus haut niveau de l’éliminer sur place (voir encadré). Mahmoud al-Mabhouh arrive à Dubaï, le 19 janvier 2010, sous une fausse identité. Des Kidonim le suivent jusqu’à l’hôtel Al-Bustan Rotana, situé non loin de l’aéroport, où d’autres agents israéliens l’attendent. Le lendemain matin, des employés de l’hôtel découvrent le palestinien mort dans sa chambre. On parle de crise cardiaque. Pour le Hamas, il ne fait aucun doute que Mahmoud al-Mabhouh a été assassiné. La police de Dubaï enquête. Son chef, le lieutenant-général Dahi Khalfan Tamim, confirme la thèse de l’assassinat sur la chaîne de télévision Al-Arabiya. Selon le correspondant du Times à Dubaï, la victime se serait vu injecter, dans la nuit du 19 au 20 janvier, une substance à l’origine d’un arrêt cardiaque. L’enquête progresse rapidement. Les images des agents israéliens, prises par les caméras de surveillance de l’hôtel, font la Une de toute la presse internationale. Le 18 février, le chef de la police de l’Émirat n’a plus guère de doutes. Il assure « être certain à 99%, sinon à 100%, que le Mossad est derrière ce meurtre».

Israël face au trafic d’armes
Israël face au trafic d’armes

Vingt-six agents porteurs de vrais passeports falsifiés

Il va jusqu’à réclamer l’arrestation du premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahu, accusé d’avoir donner l’ordre au chef du Mossad, Meir Dagan, d’éliminer le responsable palestinien à Dubaï. Des diverses informations recueillies il ressort que deux équipes étaient engagées dans l’opération: l’une était en charge de l’exécution, l’autre – composée de onze hommes et de cinq femmes – de la logistique et de la sécurité. Vingt-six agents, porteurs de vrais passeports falsifiés (britanniques, australiens, irlandais, français et allemands), étaient impliqués. L’Union européenne condamnera l’assassinat et l’utilisation de faux passeports de pays européens. Pour Michael Ross3, un ancien du Mossad, l’affaire est plus complexe et surtout «plus internationale» qu’il n’y paraît à première vue. Selon le journal britannique Daily Mail, citant un membre des services de renseignements israéliens, «le Foreign Office et le MI 6 ont été informés de l’opération avant qu’elle n’ait lieu». L’affaire confirme surtout la place interlope qu’est devenu Dubaï.

Sociétés fictives et faux certificats de destination

Depuis la fin des années quatre vingt dix, l’Émirat – partie intégrante des Émirats arabes unis – est devenu au Moyen-Orient la plaque tournante de nombreux trafics. Le 22 juillet 2009, une importante quantité d’armement était saisie à bord du porte-conteneurs ANL Australia, lors de son escale à Khor Fakkan (Émirats arabes unis)4. Les armes, dont des fusils lance-grenades, se trouvaient dans des caisses réSociétés fictives et faux certificats de destination Depuis la fin des années quatre vingt dix, l’Émirat – partie intégrante des Émirats arabes unis – est devenu au Moyen-Orient la plaque tournante de nombreux trafics. Le 22 juillet 2009, une importante quantité d’armement était saisie à bord du porte-conteneurs ANL Australia, lors de son escale à Khor Fakkan (Émirats arabes unis)4. Les armes, dont des fusils lance-grenades, se trouvaient dans des caisses répertoriées sur le manifeste comme des pièces détachées de machines. Originaires de Corée du Nord, et placées dans des conteneurs de la société China Shipping chargés dans un port chinois, ces armes devaient être acheminées vers l’Iran depuis Khor Fakkan ou Dubaï. Plus récemment, le 3 mars 2010, à l’issue de huit mois d’enquête menée en collaboration avec les autorités suisses, roumaines, britanniques et probablement israéliennes, un important trafic d’armes vers l’Iran a été démantelé à Milan. Selon le procureur Armando Spataro, en charge des affaires de terrorisme, ce trafic qui durait depuis 2007 portait sur des munitions, des équipements spéciaux, des produits chimiques sensibles, du nickel et du zirconium. Dubaï en était, là encore, la plaque tournante. Grâce à des sociétés fictives et à de faux certificats de destination finale, ces matériels étaient livrés successivement à Londres, en Roumanie, en Suisse, puis à Dubaï, d’où ils étaient acheminés en Iran. Parmi les personnes interpellées dans cette affaire, figurent deux Iraniens, dont un journaliste, soupçonnés de travailler pour le Vevak, les services secrets de Téhéran, et cinq Italiens (des chefs d’entreprises et un avocat). Deux autres Iraniens se trouvant en Iran ont fait l’objet de mandats d’arrêt internationaux. Pendant ce temps, la guerre de l’ombre continue entre les services secrets des différents camps.

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