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«Le théâtre d’action des sous-marins nucléaires d’attaque s’est déplacé de la haute mer vers la terre»
le 20 Septembre 2011

PHOTO : MARINE NATIONALE.
PHOTO : MARINE NATIONALE.

Le capitaine de vaisseau Hervé Le Gall commande l’escadrille des sous-marins nucléaires d’attaque basée à Toulon. Il évoque les missions dévolues aux six SNA de type Rubis dont dispose aujourd’hui la Marine nationale et les perspectives ouvertes par leur remplacement, à partir de 2017, par des SNA de type Barracuda.

Les SNA ont été présents depuis le début du conflit au large de la Libye. Quelle est leur mission?

Certains rapportent en effet qu’un SNA accompagne toujours le groupe aéronaval. La position et le nombre de SNA ne font jamais l’objet de commentaires.

Quelles sont, d’une manière générale, les missions dévolues par la Marine nationale aux SNA?

La force des SNA soutient et s’intègre à la dissuasion nucléaire. Confrontés en exercices à nos alliés, nos sous-marins démontrent notre savoir-faire et crédibilisent les équipages de la Force océanique stratégique (FOST). Déployés partout dans le monde, ils participent à l’acquisition du renseignement. C’est aussi sur SNA que l’ossature des équipages de SNLE fait son apprentissage. Les sous-marins d’attaque effectuent également des missions opérationnelles au plus près de la côte, seuls ou intégrés à un dispositif national ou interalliés, pour recueillir du renseignement ou mettre en oeuvre des forces spéciales. Enfin ils participent, selon les opportunités, au dispositif interministériel de lutte contre les trafics illicites, la drogue ou l’immigration clandestine.

Quels pays possèdent aujourd’hui des sous-marins nucléaires d’attaque et quelles sont leurs caractéristiques par rapport aux sous-marins français?

Les nations mettant en oeuvre des sous-marins nucléaires d’attaque sont peu nombreuses. On peut citer les grandes puissances maritimes mondiales que sont les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Russie et la Chine. Il y a aussi quelques prétendants, dont l’Inde et le Brésil. Les sous-marins américains et anglais mettent en oeuvre des missiles de croisière. La France aura cette capacité avec les SNA type Barracuda qui remplaceront progressivement les SNA type Rubis à partir de 2017. On peut remarquer que tous les pays qui mettent en oeuvre une force océanique de dissuasion possèdent des sous-marins nucléaires d’attaque.

Le sous-marin nucléaire d’attaque (PHOTO : MARINE NATIONALE)
Le sous-marin nucléaire d’attaque (PHOTO : MARINE NATIONALE)

Pourquoi certains pays se dotent-ils aujourd’hui de sous-marins classiques? En dehors de leur mode de propulsion et de leur autonomie, quelle est la différence en - tre ces sous-marins et les sous-marins français?

La présence d’un sous-marin change fondamentalement le contexte stratégique ou tactique d’un théâtre d’opérations. Invisible et partout à la fois, il fait peser une menace permanente et permet d’acquérir du renseignement au plus près des objectifs, y compris terrestres, le cas échéant en mettant des commandos à terre. Tous les sous-marins ont des qualités intrinsèques similaires. Mais, comme vous le soulignez, la propulsion nucléaire procure l’allonge et l’endurance : ce n’est pas rien… La construction et la mise au point d’un sous-marin nucléaire requièrent cependant des compétences et des moyens industriels de haut niveau alors qu’un sous-marin classique s’achète “presque” sur étagère.

L’utilisation des sous-marins a-t-elle évolué avec les menaces? Vous avez évoqué l’emploi, par la France, de SNA dans des missions comme la lutte contre le trafic de drogue ou l’immigration illégale…

J’ai en effet répondu en partie à cette question. Les SNA français ont été conçus pour attaquer les escadres soviétiques en haute mer. Leur vocation était à l’origine clairement antinavires! Très vite cependant, leurs capacités ont évolué pour lutter con tre les sous-marins. La discrétion a été améliorée et les moyens de détection ont évolué. Aujourd’hui, le théâtre d’action s’est déplacé de la haute mer vers la terre : il faut savoir naviguer précisément et par faibles fonds. Le SNA est discret par nature et peut observer. Il peut donc être un outil dans la lutte contre les trafics.

Construction et mise au point d’un sous-marin (PHOTO : DCNS)
Construction et mise au point d’un sous-marin (PHOTO : DCNS)

La propulsion nucléaire a offert une autonomie nouvelle aux sous-marins. Quelles en sont, en retour, les con traintes et comment les gérez vous?

La propulsion nucléaire nous a donné des responsabilités nouvelles et collectives, du concepteur à l’exploitant du navire. Ces responsabilités s’étendent bien entendu au domaine public. L’architecte con çoit le navire pour des scénarii d’emploi et des risques pré-définis. Il doit apporter la preuve du bon dimensionnement des installations aux autorités de sûreté. L’exploitant conduit le système nucléaire militaire selon des règlements codifiés et validés. Dans les situations non prévues il applique des procédures de maîtrise des risques pour lesquelles il reçoit un entraînement adapté. Le sous-marin est déjà un outil professionnalisant. Le sous-marin nucléaire l’est bien davantage… La Marine a mis en oeuvre un système de formation à la hauteur de l’enjeu. La compétence de nos opérateurs atomiciens est unanimement reconnue, y compris dans le nucléaire civil.

La France s’apprête à renouveler sa flotte de SNA. Quelles seront les grandes différences entre les SNA actuels de type Rubis et les futurs SNA de type Barracuda?

Le Barracuda est deux fois plus gros (5100 tonnes), il peut mettre en oeuvre des commandos tout en restant en immersion et il peut lancer des missiles de croisière. Sa mise en oeuvre est beaucoup plus automatisée, ce qui a permis de réduire l’équipage1. Elle est aussi plus centralisée avec un poste de conduite propulsion situé sur l’avant, à proximité du central opérations. Enfin, le système de combat sera identique avec celui des SNLE M51, ce qui va faciliter le maintien en condition opérationnelle et la formation du personnel.

Le programme Barracuda prévoit la construction de six sous-marins. Ce nombre de six est-il important et si oui, pour quelles raisons?

Il existe de nombreuses manières de justifier de ce nombre “plancher”. Je vais en donner une liée à la pérennisation de la force de dissuasion. Il faut disposer en permanence de sept commandants pour armer les SNLE. Tous ces commandants doivent avoir commandé un SNA au préalable. Compte te - nu du taux d’attrition observé, la garantie de disposer à tout moment de sept commandants de SNLE implique de disposer simultanément de dix commandants de SNA. Ces dix commandants doivent commander dix équipages sur cinq sous-marins opérationnels (deux équipages par sous-marin). Comme il y a toujours un SNA en grand carénage sans équipage, il faut six plates formes! CQFD. En outre, sur six SNA, vous en avez toujours un en carénage de longue durée et un en période de réparation de quelques semaines. Il en reste donc quatre opérationnels : deux peuvent être affectés au soutien de la dissuasion et deux aux missions conventionnelles.

L’échouage, fin 2010 au large des côtes écossaises, du SNA britannique HMS Astute et le “talonnage”, en juin 2011, du sous-marin canadien HMCS Corner Brook, au large de l’île de Vancouver, sont-ils des événements exceptionnels?

Je me garderai bien d’émettre un avis sur les accidents de sous-marins survenus dans les marines britannique ou canadienne. Le dernier incident ayant impliqué un sous-marin français remonte à 2007. Le SNA Rubis avait “talonné” au large du cap Sicié pendant un exercice avec des forces de surface. Les dégâts avaient été uniquement matériels. Cet accident, qu’on peut qualifier d’exceptionnel, a été complètement analysé et le retour d’expérience pris en compte pour améliorer les procédures de mise en oeuvre. Ceci dit, le risque zéro n’existe pas! Naviguer sous l’eau, tout comme voler, n’est pas quelque chose de naturel pour l’homme.

Quelles relations entretenez-vous avec la Royal Navy et avec quelles autres marines entretenez-vous des relations régulières?

La Royal Navy est pour nous un partenaire privilégié. L’étroitesse des liens qui nous unissent se traduit dans les faits par la présence permanente de part et d’autres d’officiers d’échanges au sein des divisions entraînement des escadrilles de sous-marins. À l’escadrille des sous-marins nucléaires d’attaque à Toulon, l’officier britannique est ainsi responsable de l’entraînement à la navigation ! En Méditerranée, les liens sont très étroits avec la Marine espagnole, en particulier pour l’entraînement des SNA. Un officier espagnol est affecté comme chef de quart sur le Rubis dans toutes les phases d’activités du sousmarin, y compris en opérations. Nous avons également un officier français embarqué dans les mêmes conditions sur un Agosta espagnol.

SNA de type Rubis (PHOTO : MARINE NATIONALE)
SNA de type Rubis (PHOTO : MARINE NATIONALE)

Quel est l’objectif précis de ces échanges?

Ils entrent simplement dans le cadre naturel de la coopération entre des marines amies.

L’arme sous-marine est particulière – on parle de la sous-marinade – quelles qualités faut-il selon vous pour la rejoindre?

Les sous-mariniers exercent un métier de marin de guerre à part, fait de passion et d’engagement personnel. Le jeune sous-marinier va apprendre à se passer de son téléphone portable et de sa connexion Internet, il va vivre pendant quatre mois dans des conditions sommaires tout en fournissant une quantité de travail importante. Cette vie hors norme, éloignée des standards actuels du monde civil, peut susciter de l’appréhension, mais une fois à bord ce marin va découvrir l’intensité de la vie en équipage, faite de solidarité et d’amitiés. Il va aussi comprendre la pertinence et l’efficacité opérationnelle de l’outil qu’il sert. Il deviendra sous-marinier. Pour ce qui concerne les qualités requises, je choisis sans hésitation le sens du service, le courage, l’endurance et l’humilité.


1. Les SNA de type Barracuda seront mis en oeuvre par un équipage de 60 personnes contre 70 à 72 personnes pour les SNA de type Rubis (lire encadré, page 28) alors qu’ils seront plus longs (99 mètres), mieux équipés et mieux armés (missile de croisière naval notamment). Le premier Barracuda sera livré en 2017.

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