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L'aéronautique navale française
le 17 Juin 2011

L'aéronautique navale française
L'aéronautique navale française

Avec son groupe aérien embarqué, ses avions de patrouille maritime et ses hélicoptères, l’aéronautique navale permet à la France de tenir son rang de puissance globale aux quatre coins du monde. Non toutefois sans difficultés. Explications.

Forte de 6500 hommes et femmes, militaires et civils, et de 211 appareils, répartis en 17 flottilles et escadrilles, l’aéronautique navale constitue la capacité aéromobile de la Marine. Ses trois composantes (groupe aérien embarqué – surveillance, patrouille, intervention maritimes - hélicoptères) offrent une grande polyvalence. Son appartenance à la marine lui confère l’expertise maritime indispensable aux opérations aéronavales. Maîtrisant l’espace aéro-maritime qui recouvre 70% de notre planète et profitant de cet espace de grandes libertés de manœuvre physique et juridique,  l’aéronautique navale est impliquée en intégration avec les autres moyens de la Marine, ou en association avec ceux des Armées et des ministères régaliens, dans l’ensemble des fonctions stratégiques de la défense et de l’action de l’état en mer (AEM).

Le groupe aérien embarqué.

L’avènement du Rafale Marine (RFM) au standard F3 en 2009 a doté le groupe aérien embarqué d’un appareil multi-rôles (reconnaissance, défense aérienne, assaut terre et mer, dissuasion nucléaire) parmi les plus performants au monde. Cet appareil aura totalement remplacé les Super-Etendard Modernisés (SEM) en 2015. D’ici là le SEM conserve d’excellentes capacités opérationnelles en matière d’assaut terre et mer grâce à ses modernisations successives, et capitalise encore aujourd’hui un savoir-faire très rare de 40 années de flottilles d’assaut embarquées.

En matière d’armement, des capacités nouvelles comme l’armement propulsé de précision (AASM) et le missile de croisière SCALP sont effectivement employées au combat et la mise en œuvre du système d’armes RFM / ASMPA (nucléaire) à bord du porte-avions est qualifiée.

La sûreté du groupe aéronaval est assurée par 3 E2C-Hawkeye. Livrés à partir de 1998, ces avions ont été portés au standard NP 2000 en 2009. Cette modernisation améliore notablement leur capacité de détection et de poursuite des cibles au-dessus de la terre, leur identification et leur diffusion. Ainsi nos  Hawkeye permettent au porte-avions de surveiller l’équivalent de la Méditerranée occidentale, soit trois fois la superficie de la France.

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Le groupe aérien embarqué est aujourd’hui un outil redoutable. Il est cependant associé à la disponibilité du porte-avions. Comme tous bâtiments, le maintien en condition du Charles de Gaulle implique des périodes d’entretien.  Les reports successifs du programme PA2 ont donc ôté à la France sa capacité à déployer un groupe aéronaval en permanence qu’elle avait su maintenir durant 40 ans. Cet état de fait est d’autant plus regrettable que les crises multiples qui intéressent la France soulignent régulièrement la pertinence du porte-avions dans un monde où le juridisme aéroterrestre cristallise beaucoup plus vite que les traités organisant la haute mer.

Le PA Charles de Gaulle a su démontrer sa capacité à se déployer longtemps et loin de son port base : il a déjà couvert près de l’équivalent de 15 tours du monde et effectué plus de 25 000 catapultages en sept années d’activité opérationnelle intense marquées par de nombreuses opérations. L’autonomie logistique lors de ces déploiements à la mer serait grandement facilitée par l’acquisition à terme d’avions type C 2 - Greyhound. Cet appareil en service au sein de l’US-Navy complète le soutien logistique par hélicoptère des groupes aéronavals en s’affranchissant d’autorisations diplomatiques et d’escales trop proches du lieu de l’action.

L’aviation de surveillance, de patrouille et d’intervention maritime.

Elle permet, en agissant quotidiennement depuis ses bases françaises ou outre-mer, une connaissance fine des espaces aéro-maritimes sous responsabilité française. La dernière décennie a vu l’émergence de nouvelles menaces maritimes : immigration clandestine, trafics illicites (notamment le narcotrafic), pollution et comportements de « voyous des mers ». Notre aviation maritime est en première ligne pour apporter un peu de régulation à l’espace de liberté mais hélas aussi de non droit que demeurent les océans, où prolifèrent aussi tous types de sous-marins.

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Cette composante verra ses Atlantique (ATL2) modernisés en portant d’abord l’effort sur le système acoustique de l’avion en raison de sa forte implication dans la sûreté de la force océanique stratégique et le soutien d’une force navale à la mer. 22 des 28 avions actuellement en parc  seront concernés par cette modernisation. Cette réduction de potentiel intervient au moment où nos ATL2 sont engagés au Sahel. Cette mission vient s’ajouter aux missions traditionnellement dévolues à ce type d’appareil, notamment celle incontournable de sûreté de la FOST.

La flotte Falcon F50 réduite aujourd’hui à 4 appareils, progressera vers 8 avions avec l’arrivée des F50 de la flotte gouvernementale modifiés a minima pour leur navalisation. En Polynésie, les vénérables F20 Gardian assurent les missions de l’action de l’état en mer et de souveraineté. La décennie à venir verra la définition et l’arrivée du premier avion de surveillance et d’intervention maritime AVSIMAR suivie, si jugée utile et pertinente, de son articulation complémentaire en métropole avec des drones de surveillance basse altitude longue endurance de haute mer.

En 2011, l’aéronautique navale, avec la fermeture de la BAN de Nimes-Garons, achèvera sa transition vers son format définitif post guerre froide. Le recentrage de cette composante sur le port-arsenal  unique de Lann Bihoué sera compensé par la mise en place de détachements de patrouille et d’intervention maritime sur la BAN d’Hyères, renforçant la posture amphibie de cette piste dans la base de défense Toulon pour le soutien des opérations aéromaritimes de CECMED en Méditerranée, un peu sur le modèle des présences d’ATL2 à Dakar ou Djibouti.

Les hélicoptères

Cette composante opère depuis les bâtiments porte-hélicoptères de la Force d’Action Navale (1 porte-avions, 4 bâtiments amphibies, 27 frégates porte-hélicoptères) et depuis la terre à partir des bases de l’aéronautique navale ou des détachements de service public. Le couple hélicoptère-frégate est devenu incontournable : l’hélicoptère est un système d’armes à part entière de son bâtiment porteur dont il allonge les capacités de détection et d’action.

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Ils contribuent avec leurs bâtiments porteurs à porter des coups très durs aux narcotrafiquants en mariant endurance de la frégate à la mer et fulgurances aéronautique et nautique des détachements aéro & commando.

Les hélicoptères de service public sont spécialisés, dans la recherche, le sauvetage, l’évacuation sanitaire médicalisée. Ils sont engagés en haute mer, dans les opérations de secours à terre lorsque la situation l’exige. Basés au Touquet, à Cherbourg, à Lanvéoc, à La Rochelle, à Hyères et à partir de cet été en Polynésie, ils contribuent chaque année au sauvetage de centaines de personnes. Les catastrophes naturelles de 2010, tempête Xinthya et inondation du Dracénois, ont démontré les multiples capacités de nos hélicoptères : évaluation de la situation, repérage des itinéraires, acheminement des sauveteurs ou prompt secours. Dans le Dracénois, les  hélicoptères de la BAN d’Hyères ont secourues 273 personnes !

L’acquisition de 2 hélicoptères EC-225 en attendant le NH90 Caïman a pérennisé la capacité de sauvetage en mer, hauturier et de grande capacité, sur la façade atlantique, ainsi que l’assaut à la mer de groupes de commandos. L’acquisition de deux Dauphin SP supplémentaires, affectés au Pacifique, augmentera les capacités AEM dans cette région du monde.

Dans la prochaine décennie, le Caïman va progressivement remplacer  le Lynx. Cet hélicoptère omni rôle représente un saut qualitatif pour la force navale dans les domaines de la lutte anti-navire et de lutte anti sous marine.

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Cette période verra aussi la définition et l’arrivée du premier hélicoptère classe 4 tonnes (HC4) pour assurer aux côtés des 27 Caïman programmés pour l’aéronautique navale l’ensemble des missions dévolues à la composante hélicoptère.

Enfin, le drone léger héliporté s’intégrera idéalement en trait d’union du couple frégate – hélicoptère, notamment en termes d’optimisation des équipages techniques et opérationnels.

Une force cohérente, moderne mais fragile

Le pré-positionnement de bâtiments de la flotte – qui bénéficient de l’éclairage et de la rapidité d’action de leurs aéronefs embarqués – et les détachements de patrouille et d’intervention maritime outremer ont vocation à prévenir l’émergence de menaces, ou de crises, et à les traiter graduellement. C’est le cas aujourd’hui dans le Pacifique, en océan Indien, en Méditerranée, dans le golfe de Guinée, et aux Antilles, où la Marine exerce une présence permanente.

Ces dix dernières années, les missions dévolues aux trois composantes de l’aéronautique navale n’ont cessé de se multiplier et se diversifier. Cette évolution démontre quotidiennement la pertinence d’une composante aéromobile totalement intégrée dans la Marine : ces missions exigeant autant de culture maritime qu’aérologique ! « Voguer, voler, combattre », tel est l’ordre dans lequel des marins s’investissent pour garder à la France son rang dans les espaces aéromaritimes libres du monde global mondialisé. Les pays, comme la Grande-Bretagne, pourtant précurseur, qui ont renoncé en partie à l’entretien de cette composante se tournent aujourd’hui vers la Marine nationale pour espérer réacquérir les capacités et savoir-faire durablement perdus !

L’aéronautique navale est aujourd’hui une force de la Marine cohérente et moderne. Elle souffre néanmoins des faiblesses induites par le nécessaire assainissement de nos finances publiques.

La disponibilité du parc aéronef, malgré une mise en « synergie interarmées » dont on attend toujours les dividendes autres qu’administratifs, exige une attention et des prouesses quotidiennes. Dans ce contexte, il reste à souligner que la pertinence de cet outil fer de lance de nos armées en matière d’anticipation, de projection de forces et de puissance mérite une attention particulière de notre représentation nationale. Fort de la confiance et du soutien de cette dernière, nos marins pourront continuer à cultiver les hautes valeurs de la Marine au profit de la nation. Qu’ils maintiennent leur esprit d’équipage et la merveilleuse cohérence de la force bâtie sur l’indissociable triptyque du bâtiment de combat, schéma organique que la « Flottille » et son vrai « Pacha » reproduit : « une mission-métier au COMOPS, un patrimoine-métier au COMTECH, et surtout un équipage d’hommes et de femmes au COMAEQ », organisation (1) « bonne de guerre » en haute mer depuis bien plus de 100 ans, à la voile, à la vapeur, en réseau, et même à l’heure cybernétique ou « dronique », sans fascination technologique ni managériale contre nature…

* Commandant de la Force de l’Aéronautique navale(1) Une flottille est placée sous l’autorité d’un Commandant, le « Pacha », de son Second, chef d’état-major, appuyé de trois principaux adjoints : OPS, TECH et équipage.

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