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La Marine protège les thoniers français
le 28 Décembre 2009

La Marine protège les thoniers français
La Marine protège les thoniers français

En octobre dernier, les fusiliers marins et commandos embarqués à bord des thoniers français pêchant en océan Indien à partir des Seychelles, ont repoussé trois attaques de pirates. Une manière de conforter la décision prise par l’État et leur Armement d’organiser la défense des équipages et des navires. Retour sur la genèse d’une posture qui pourrait bien faire école en France et à l’étranger.

La piraterie revêt depuis très longtemps un caractère endémique autour de la mer d’Arabie et plus particulièrement le long des côtes de Somalie, indépendamment de son intense activité dans le golfe d’Aden. Elle a cependant pris, depuis le début de l’année 2008, une ampleur considérable dans tout le bassin de l’Afrique de l’Est comme cela n’a jamais été observé dans aucune autre région maritime. Ces actes de piraterie en haute mer sont effectués à partir de navires- bases, boutres de pêche ou navires capturés. L’activité des pirates est très organisée : bases à terre, réseaux d’information avec structures de renseignements dans les ports de la région, contacts internationaux.

La flotte thonière tropicale européenne comprenait, début 2008, une quarantaine de navires. Trois événements majeurs l’ont rapidement con - cernée: le 21 avril 2008, le thonier espagnol Playa de Bakio était capturé à la latitude de l’équateur, à 230 milles de la côte somalienne. Le 11 septem bre 2008, un autre thonier espagnol du même armement, Playa de Anzoras, était attaqué, sans succès, par 2° Nord à 300 milles de la côte. Le surlendemain, le 13 septembre, notre thonier Drennec déjouait lui-même une attaque à la même latitude, mais cette fois à 420 milles de la côte. Le profond traumatisme engendré par ces deux derniers événements s’est traduit, à l’époque, par la rentrée de toute la flottille au port de Mahé, aux Seychelles. Elle y est restée stationnée pendant une semaine, le temps de reprendre ses esprits et de permettre à l’Armement de prendre les premiers contacts avec les autorités de l’État pour analyser la situation et définir les conditions de la mise en oeuvre de moyens de protection adaptés. L’ensemble des moyens était jusqu’alors mobilisé pour la surveil lance du trafic maritime transitant dans le golfe d’Aden et l’accompagnement des navires du Plan Alimentaire Mondial (PAM).

Premières mesures

Dans les mois qui ont suivi les attaques, la seule solution de l’Armement fut d’établir une ligne de sécurité fixée à 500 milles de la côte somalienne avec pour conséquence une forte perturbation des activités de pêche des thoniers. La France jouait dans le même temps un rôle déterminant dans toutes les initiatives de renforcement de la lutte contre la piraterie dans cette région. Elle aura ainsi été moteur pour l’adoption des résolutions de l’Onu autorisant la poursuite des pirates dans les eaux territoriales somaliennes, pour la création d’une cellule de coordination européenne à Bruxelles (prélude à la mise en place de l’opération Atalante) et plus récemment, pour l’implication des forces de l’Otan. Une réunion interministérielle d’information et d’évaluation a été organisée, le 18 septembre 2008, par le ministre de l’Agriculture et de la Pêche, en présence de tous les acteurs concernés. Elle a constitué le point de départ d’étroites et d’intenses collaborations qui ont permis de prendre des mesures adaptées aux évolutions de la situation et, en juin 2009, la décision extrême d’embarquer des militaires à bord des thoniers. Les contacts et les échanges entre la Marine nationale et les armements thoniers ont été denses et réguliers à partir du mois d’octobre 2008. Avec les officiers de la base des fusiliers marins et commandos de Lorient, nous avons étudié les mesures pratiques de sécurité active et passive. Elles ont été formalisées dans un guide de bonnes pratiques à l’usage des équipages, validé par ALFUSCO. Avec l’état-major de la Marine, nous avons mis au point les systèmes d’échanges d’informations: inscriptions de tous les thoniers au centre d’alerte d’ALINDIEN, accès des autorités aux positions VMS de nos navires sur WebARGOS, établissement de check lists d’alerte et de rapport d’incident. Ces dispositifs ont ensuite été con - nectés au centre de commandement MSCHOA et au centre d’alerte UKMTO de l’état-major d’Atalante à Northwood.

Montée des périls

À partir du mois de mars 2009, les attaques se sont multipliées dans toute la zone ouest de l’océan Indien, de 8° Sud (sud-ouest de l’archipel des Seychelles) jusqu’à 10° Nord (corne de l’Afrique) à des distances comprises entre 300 et 550 milles des côtes de la Tanzanie, du Kenya et de la Somalie. Quelques semaines plus tard, l’état-major d’Atalante déconseillait la navigation à l’ouest d’une ligne reliant la pointe nord-est de Madagascar à Bombay (Inde). Cette disposition, pour nous incontournable tant compour la sécurité de nos marins que pour la validité des couvertures d’assurances corps et responsabilité civile, nous interdisait dès lors, considérant les migrations saisonnières du thon, toutes les zones favorables à la pêche entre les mois d’avril et de novembre, soit sur une période de huit mois. Dans les semaines qui ont suivi cette recommandation d’Atalante, les captures de nos thoniers se sont effondrées. Des bandes de pirates opérant jusque dans les eaux seychelloises, nous fûmes ensuite obligés de quitter notre port-base de Port Victoria à Mahé pour Port Louis à l’île Maurice ce qui rajoutait deux jours de navigation à nos navires pour atteindre les zones de pêche. Après concertation avec leurs équipages, les Armements décidèrent alors collectivement, par la voix de leur organisation de producteurs Orthongel, de déclencher « l’alerte rouge ».

Mobilisation

Le 7 mai 2009, ils demandèrent formellement au Premier ministre l’embarquement de militaires à bord de leurs thoniers. Très rapidement, le ministre de la Défense confia à l’état-major de la Marine l’étude de faisabilité d’une telle opération. Celle-ci nécessitait en particulier l’évaluation des conditions d’hébergement d’une cellule de commandement à Port Victoria, d’embarquement de militaires à bord des thoniers et d’installation des systèmes protégés de télécommunications. Le rapport d’évaluation fut remis la dernière semaine de mai. Une réunion interministérielle ad hoc y ayant don né un avis favorable, le Premier ministre confirma début juin la mise en oeuvre de l’opération. Dès le 9 juin, se sont succédés contacts et réunions de travail à l’état-major de la Marine afin de valider tous les détails opérationnels. Le 25 juin, les capitaines des thoniers étaient officiellement informés de l’embarquement des militaires. Le 29 juin, les «Conventions relatives à la mise à disposition d’équipes de protection à bord des navires» étaient signées par le chef d’état-major de la Marine et les armateurs. Il en résultait en particulier que la totalité des surcoûts générés y compris les transports, les frais de logistique et de séjour étaient pris en charge par les Armements.

La Marine protège les thoniers français
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Respect et reconnaissance

Les embarquements se sont échelonnés sur les trois premières semaines du mois de juillet 2009, les rotations des thoniers ayant été adaptées pour respecter les temps de repos à terre des militaires. Seuls quelques éléments du dispositif mis en place peuvent être révélés de manière à garantir son efficacité. Les équipes effectuent des embarquements de quatre semaines consécutives suivis d’un repos à terre de huit à dix jours. Elles assurent avec l’équipage une veille continue, de jour comme de nuit, recueillent toutes les informations de sources militaires provenant de la cellule de commandement aux Seychelles et évaluent en continu le niveau de risque de la zone où se trouve le thonier. Grâce à ce dispositif, nos thoniers ont retrouvé une activité quasiment «normale», les équipages se sentant en sécurité et leur zone de pêche étant à nouveau ouverte jusqu’à la limite des 200 milles des côtes de Somalie. Un point d’étape, effectué le 8 septembre dernier à l’état-major de la Marine, a permis de constater, outre l’effet dissuasif de la forte présence internationale dans le bassin somalien, la satisfaction partagée des parties sur le bon déroulement de l’opération, l’excellente intégration et la très bonne entente entre marins d’état et marins pêcheurs ainsi que le respect et la reconnaissance de ces derniers. Ce sentiment a été parfaitement traduit dans le reportage d’Agnès Gardet diffusé dans une récente émission de Complément d’Enquête, par l’émotion du capitaine Olivier Marrec lorsqu’il salue le chef d’équipe des militaires à l’issue de leur mission.

Fiers d’être français

Très sincèrement, les dirigeants des Armements thoniers et l’ensemble de leurs collaborateurs éprouvent une grande admiration pour tous leurs interlocuteurs de l’état-major de notre Marine nationale qui ont rendu possible et efficace la réalisation de cette opération exceptionnelle et hors nor mes, ainsi que pour les personnels opérationnels présents aux Seychel les et embarqués sur leurs navires. Ils sont de la même manière extrêmement reconnaissant au Président de la République et au gouvernement pour leur sens des responsabilités et le réalisme de leur décision qu’aucun autre état membre de l’Union européenne n’a eu le courage de prendre. L’expression de leur confiance se matérialise ainsi par la possibilité de poursuivre une activité dont l’arrêt, même temporaire, aurait eu de douloureuses conséquences sociales et économiques, aussi bien pour nos entreprises que pour les activités associées (opérations portuaires, conserveries, chantiers navals) dans les pays riverains (Seychelles, Madagascar, Kenya, île Maurice) où la présence des thoniers européens génère environ 20000 emplois directs et indirects.

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