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l’Ile longue, la fierté d’être Français
le 09 Février 2011

La base de l’Ile Longue
La base de l’Ile Longue

L’Ile Longue, la base de la Force océanique stratégique (FOST), a fêté fin décembre 2010 ses quarante ans d’existence. Située dans le Finistère, sur une décision du général de Gaulle, elle constitue le coeur de la dissuasion nucléaire française. Et la marque d’une forme aboutie d’excellence. Explications.

Depuis sa création, il y a aujourd’hui quarante ans, l’Ile Longue, point focal de montage des armes nucléaires, d’achèvement des missiles intercontinentaux et de maintenance des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), a dû s’adapter à plusieurs générations de têtes nucléaires, à quatre générations de missiles et à deux générations de sous-marins. Si sa construction fut un chantier littéralement pharaonique – le volume des déblais représentait quatre fois celui de la grande pyramide – sa constante adaptation est également complexe car elle doit être menée de front avec le maintien de la permanence à la mer de la dissuasion nucléaire correspondant à la posture adoptée par la France. Cette posture a évolué au fil des décennies, avec un maximum de trois SNLE en patrouille dans les années 1980 contre un ou deux aujourd’hui. La cohabitation d’activités aussi complexes, aussi multiples et aussi potentiellement dangereuses1 – risque d’accident du travail, risque pyrotechnique, risque nucléaire, risque d’atteinte à l’environnement, risque d’atteinte au secret de la défense nationale – nécessite une organisation particulièrement efficace. Son principe pourrait se résumer dans cette courte phrase bien connue des missiliers de SNLE : «Tout ce qui n’est pas prescrit est interdit !» Sur le site de l’Ile Longue, toute activité industrielle, ou ayant lieu en zone industrielle ou pyrotechnique, doit être déclarée : une livraison qui engage une voie de circulation, une intervention sur un circuit électrique, l’essai périodique d’une installation, un mouvement de matière pyrotechnique, un transfert d’effluents radioactifs, des travaux sur un équipement ayant un rôle en matière de sécurité nucléaire… Chaque déclaration est étudiée par une équipe d’une dizaine de personnes qui vérifie la compatibilité de tous ces travaux entre eux. Si la séparation géographique des risques est impossible, ce qui est souvent le cas, elle est alors temporelle : de nombreux travaux ont ainsi lieu la nuit ou le samedi. L’embarquement ou le débarquement des missiles stratégiques, activités les plus pénalisantes, sont systématiquement réalisées la nuit, après évacuation complète du personnel, à l’exception des équipes d’embarquement, de la partie nord de l’Ile Longue. La coordination de tous ces travaux réalisés quotidiennement par les quelque 2400 personnes qui travaillent sur le site est également assurée par des cellules de coordination engagées à bord de chaque sous-marin, autour de chaque sous-marin échoué dans un bassin ainsi que dans les zones pyrotechniques de l’Ile Longue et de Guenvénez.

La base de l’Ile Longue sur laquelle travaillent environ 2400 personnes
La base de l’Ile Longue sur laquelle travaillent environ 2400 personnes

Si en dépit de ces importantes mesures de prévention, un accident venait à se produire, la base dispose d’une organisation et de moyens permettant de secourir les victimes et de combattre le sinistre. Quelle que soit la nature de l’accident, c’est l’organisation de crise nucléaire (le plan d’urgence interne) qui serait mise en place. Cette organisation, nationale, est commune à tous les exploitants nucléaires de France (Marine, EDF, Areva…) et à toutes les préfectures potentiellement concernées par un accident nucléaire. Elle est régulièrement mise en oeuvre, sur chaque site, par la conduite d’exercices d’intensité variable : du simple exercice de transmissions (niveau 1) jusqu’à celui incluant une participation des populations riveraines (niveau 4). Le commandant de l’Ile Longue dispose d’une compagnie d’une centaine de marins-pompiers équipés et formés pour intervenir sur un accident nucléaire, d’un service médical composé d’une dizaine de personnes dont trois médecins spécialistes en radioprotection et d’un service de protection radiologique rassemblant une trentaine de techniciens et techniciens supérieurs. L’infirmerie de la base est équipée d’un bloc opératoire apte à recevoir des victimes radiocontaminées. À l’extérieur du site, le préfet du département déclenche, si la situation l’exige, le plan particulier d’intervention dont le but est de protéger les populations riveraines des potentiels rejets de gaz et d’aérosols radioactifs. D’une manière générale, les plans particuliers d’intervention autour des sites nucléaires prévoient la mise à l’abri de la population, son évacuation et la distribution de comprimés d’iode stable.

Importants chantiers de rénovation

l’Ile longue, la fierté d’être Français
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Depuis le début des années 2000, la base de l’Ile Longue a fait l’objet d’importants travaux de rénovation pour la réception du missile M 51. Un bâtiment pyrotechnique doit pouvoir résister à l’amorçage de la réaction de l’objet pyrotechnique qu’il abrite, à l’exception de l’une de ses faces (mur ou plafond) qui doit céder afin de permettre l’évacuation des gaz et des éclats dans une direction privilégiée, exempte de personnel et de riverains. Les bâtiments abritant des étages M 45 étaient pourvus d’un mur «soufflable». Pour améliorer significativement la portée du missile, le constructeur, EADS/Astrium (250 personnes à l’Ile Longue et à Guenvénez), a notamment joué sur sa structure. Sa tendance à l’ovalisation impose que les travaux de finition et d’assemblage des étages soient réalisés verticalement, tuyères vers le haut. Il a donc fallu renforcer des murs «soufflables» et à l’inverse affaiblir des plafonds pour qu’ils le deviennent. Le poids du missile étant par ailleurs passé de 35 à 55 tonnes, les mesures liées à son transport se sont alourdies. Il a fallu passer de la route au rail pour son déplacement entre le bâtiment d’assemblage des missiles et les sousmarins, remplacer le pont roulant de manutention dans chacun des deux bassins, remplacer les poutres supportant les voies de roulement ainsi que les charpentes des bassins. Indépendamment des travaux d’adaptation au missile M 51, la base fait également l’objet d’importants chantiers de rénovation pour ce qui concerne notamment la production et la distribution d’électricité, la station de pompage, la production d’air comprimé, d’eau glacée pour la climatisation des sous-marins ou la piscine de stockage du combustible nucléaire irradié…

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Les principes régissant l’entretien des sous-marins ont peu changé depuis l’arrivée du Redoutable sur le site à l’automne 1970. Aujourd’hui le contrat opérationnel qui prévoit la permanence d’un, voire de deux, SNLE à la mer, doit être tenu avec quatre sousmarins dont l’un est, statistiquement, en grand carénage au bassin 8 de la base navale de Brest. C’est actuellement le cas du Vigilant indisponible en 2010 et 2011 pour son adaptation au nouveau missile M 51. Il reste donc trois sous-marins pour maintenir la posture de la France. Les patrouilles durent toujours environ dix semaines. Chaque sous-marin en effectue une tous les quatre mois, chaque équipage une tous les huit mois. Les périodes d’entretien, au retour de chaque patrouille, durent une quarantaine de jours. Elles ont lieu au bassin, le seul endroit permettant de débarquer et d’embarquer un missile stratégique. Ces travaux de maintenance sont essentiellement réalisés par DCNS (650 personnes sur le site) sous la maîtrise d’ouvrage de la Marine à travers le Service de soutien de la Flotte. DCNS recourt bien sûr à la sous-traitance pour un certains nombre d’opérations. Les deux équipages du sous-marin participent à ces travaux. En revanche le commandement de l’Ile Longue n’a plus de responsabilité en la matière. Il lui incombe «seulement » de fournir les servitudes nécessaires au bon déroulement de la période d’entretien : alimentation du sous-marin en électricité, eau, air comprimé, évacuation des effluents, communications filaires… Finalement, à chaque appareillage, c’est toujours avec une grande satisfaction – celle du travail accompli par des centaines d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers, civils ou militaires – que le commandant de la base échange un «garde-à-vous» avec le commandant du sous-marin en partance. Le premier est sur le quai, le second sur le massif de ce chef-d’oeuvre de la technologie française qu’est un SNLE. Ils sont également fiers. L’un pour le travail qui vient d’être accompli sur son site, l’autre pour celui que va accomplir son équipage. Ils éprouvent tous deux la fierté de participer à une grande mission, la fierté d’être français.

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