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Lettre de mer d’Arabie
le 11 Février 2011

le porte-avions Charles de Gaulle en mission sur «l’arc de crise»
le porte-avions Charles de Gaulle en mission sur «l’arc de crise»

Le porte-avions Charles de Gaulle est en mer jusqu’en avril 2011 dans le cadre de la mission Agapanthe 2010. Dans une lettre envoyée de mer d’Arabie, son pacha, le capitaine de vaisseau Jean-Philippe Rolland rappelle ce que représente cet outil unique dont dispose la France et la manière dont il fonctionne.

Capitaine de vaisseau Jean-Philippe Rolland
Capitaine de vaisseau Jean-Philippe Rolland

Les journées s’enchaînent, rythmées par la pulsation des catapultes. Plusieurs semaines déjà se sont écoulées depuis le début des vols au-dessus de l’Afghanistan. Avec la régularité d’un métronome, le Charles de Gaulle lance ses appareils armés pour cinq à six heu - res de vol qui les mèneront mille kilomètres plus au nord. Les marins embarqués sur le porte-avions connaissent bien le théâtre. Le bâtiment a déjà croisé en 2001, 2002, 2004, 2006 et 2007 le long de cet espace qui s’étend de la Méditerranée à l’océan Indien, défini dans le Livre Blanc sur la Défense et la sécurité nationale sous le nom «d’arc de crise». Le Charles de Gaulle retrouve une région qui lui est familière et des partenaires habitués à son élégante silhouette. Pour cette nouvelle mission baptisée Agapanthe 2010, il est accompagné de la frégate anti-sous-marine Tourville, du pétrolier-ravitailleur Meuse, du sous-marin nucléaire d’attaque Améthyste et de la frégate de défense aérienne Forbin. Dernière frégate mise en service, le Forbin vit son premier déploiement opérationnel quand le Tourville réalise sa dernière mission dans cette partie du monde. Le standard 3 du Rafale constitue l’autre amélioration majeure des capacités opérationnelles du groupe aéronaval dans cette mission. Tous ces moyens affirment l’implication de la France dans une région aux enjeux stratégiques décisifs, soumise à de nombreux facteurs d’instabilité. Renforçant le dispositif militaire français qui y est déjà déployé, le groupe aéronaval apporte son soutien aux opérations courantes, notamment en Afghanistan. Durant ce mois de décembre (NDRL 2010), ses avions partent chaque jour apporter un appui aérien aux troupes prises à partie par des insurgés.

Un jalon important

Plus de trois ans se sont écoulés depuis le dernier passage du groupe aéronaval dans cette région, essentielle pour les intérêts français. Dans l’intervalle, le porte-avions a subi une période de grands travaux d’une durée de quinze mois, représentant 2500000 heures de travail. Le combustible de ses chaufferies a été renouvelé, ses systèmes de commandement améliorés, sa capacité à recevoir de nouveaux armements pour les avions renforcée. Il est sorti sans retard de cette période de travaux, ce qui constituait un motif légitime de satisfaction pour les nombreux acteurs de ce gigantesque chantier, et a pu très vite reprendre son entraînement et celui du groupe aérien embarqué. En combien de temps les pilotes allaient-ils retrouver une bonne aisance dans le difficile exercice de l’appontage ? Les équipes sur le pont d’envol parviendraient- elles, sans accident, à retrouver leurs marques ? L’équipage et les flottilles embarquées ont répondu à ces interrogations de façon magistrale en se voyant attribuer la qualification opérationnelle dès la fin du mois de février 2009, soit dix neuf mois après le début des travaux d’entretien. Il faudra un aléa regrettable sur les pièces qui relient les turbines de propulsion au réducteur pour entraver cette belle dynamique et ralentir ce redémarrage prometteur. La reprise de la montée en puissance sera finalement différée au mois de septembre 2009 et le retour dans le cycle opérationnel du groupe aéronaval déclaré à la fin du mois de décembre de la même année. Mais qu’on ne s’y trompe pas, les chiffres sont désormais là pour démontrer le retour à une pleine capacité opérationnelle de mise en oeuvre de l’aviation : depuis la fin des travaux, le porte-avions a parcouru l’équivalent de trois tours du monde, des îles Lofoten en Norvège jusqu’au large de l’Inde et tiré près de 5000 coups de catapulte. Le flux de formation des jeunes pilotes à l’appontage, de jour et de nuit, a retrouvé un régime de croisière : la pérennité de la capacité est bien assurée.

le Rafale Marine au standard F3 met en oeuvre de nouvelles armes
le Rafale Marine au standard F3 met en oeuvre de nouvelles armes

Une aventure humaine

Pour atteindre cet objectif, d’importants efforts financiers ont certes été nécessaires. Mais c’est surtout la mobilisation d’un vaste éventail d’acteurs qui en est le secret : équipage et flottilles naturellement, mais aussi leurs bases aéronavales d’accueil, les services de soutien ainsi que les industriels, tous aidés par des chaînes de décision aussi attentives que réactives. Le chantier du Charles de Gaulle et son retour à la qualification opérationnelle apportent un nouvel exemple de ce que peuvent accomplir ensemble des hommes et des femmes mobilisés par un objectif ambitieux, clairement identifié et que tous se sont pleinement approprié. C’est une aventure qui n’est pas exempte de rebondissements ni de difficultés. L’incident survenu sur une soupape de surpression, en octobre 2010, au moment où le porte-avions quittait Toulon pour l’océan Indien l’illustre bien. Alors qu’il conduisait une activité intensive depuis plusieurs semaines avant de partir en mission, l’équipage et, au premier rang, ses mécaniciens, ont réussi avec le soutien des industriels à reprendre la mer en deux semaines quand ce type d’opérations en nécessite normalement le double. Alors, pour tous à bord, marins de surface et marins des airs, le premier départ des appareils du porte-avions vers le théâtre afghan a évidemment revêtu une dimension particulière. Les pensées se sont tournées, un court instant, vers celles et ceux qui ont participé à cette aventure mais qui ont, depuis lors, quitté le bâtiment ou les flottilles, par le jeu naturel des affectations, ou qui depuis Toulon, Landivisiau, Lorient, Paris, Indret, Brest, Cadarache et bien d’autres lieux en France, ont contribué à ce résultat. Ce court instant d’émotion a vite fait place à cette concentration nécessaire de chacun sur sa tâche, rigueur indispensable pour agir de façon sûre dans ce tempo si particulier qui est celui du porte-avions.

L’incarnation d’une ambition

« … pour moi, tendu à refouler d’innombrables pressions contraires, le moindre fléchissement eût entraîné l’effondrement. Bref, tout limité et solitaire que je fusse, et justement parce que je l’étais, il me fallait gagner les sommets et n’en descendre jamais plus. » Empruntées au général de Gaulle, ces quelques lignes résument bien le défi permanent relevé par le navire qui porte son nom. Unique porte-avions en France, mais aussi en Europe, portant le nom de celui qui incarne la souveraineté de la France, le Charles de Gaulle ne peut faiblir car il est avant tout porteur d’une ambition. Ambition politique d’un État qui entend assumer pleinement ses responsabilités de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Ambition militaire ensuite d’une nation qui compte défendre ses intérêts partout là où cela est nécessaire. Ambition maritime d’un pays qui découvre peu à peu ce qu’il doit à la mer et ce qu’elle peut lui apporter. Ambition technologique et industrielle, enfin, d’une communauté d’hommes et de femmes soucieux d’entretenir des savoir-faire d’exception. Bref, l’ambition de la Fran - ce de rester une puissance respectée.

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