Accueil Marines du monde Vendée Globe, Jour 8 : l'odeur des premières effluves du pot de colle
Marines du Monde
Vendée Globe, Jour 8 : l'odeur des premières effluves du pot de colle
le 13 Novembre 2016
Alex Thomson sur Hugo Boss, désormais ralenti, mène toujours la flotte du 8e Vendée Globe qui s'étire ce soir sur plus de 1800 milles, Didac Costa se trouvant dans l'Ouest de Porto. Depuis le départ des Sables d'Olonne, dimanche dernier, la bagarre fait rage en tête de course et devrait continuer de plus belle avec ce Pot au Noir qui pourrait redistribuer les cartes. En mer, le rythme endiablé de cette régate planétaire au contact commence sérieusement à tirer sur les bonshommes et leurs bateaux. Et dire qu'il reste encore plus de 22 000 milles (39 600 km) à parcourir ! Tanguy de Lamotte a annoncé faire escale au Cap-Vert pour trouver une solution à sa tête de mât cassée. Son objectif est clair : rester en course.
 
Les vitesses au compteur commencent à descendre. Alex Thomson, Vincent Riou et Armel Le Cléac'h ralentissent doucement. Le pot au noir n'est plus très loin. Demain matin, lundi 14 novembre, ils y seront englués, subissant ses grains, ses caprices, s'arrachant les cheveux pour avancer dans des zones de vent 0, manœuvrant comme des fous pour limiter la casse dans les surventes. Bref, un casse tête bien connu des marins qui devrait durer une bonne journée. La tension monte pour les 7 premiers qui savent que tout peut arriver dans ce marasme équatorial. Ce sera aussi peut-être l'occasion pour Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), Thomas Ruyant (Le Souffle du Nord pour le Projet Imagine), Jean Le Cam (Finistère Mer Vent) et Jean-Pierre Dick (St-Michel-Virbac) de se refaire la cerise !

Des bobos pour les bonshommes et les bateaux

Aux vacations, les langues se délient. Il y en a eu des départs au tas ! Comprenez que dans cet alizé puissant depuis le contournement de Madère et le rythme imposé par les 7 compétiteurs de tête de flotte, tous les marins cravachent. Et avec les grains, les bateaux sont parfois incontrôlables. Certaines pièces trinquent, les voiles fatiguent. Voilà donc Tanguy de Lamotte sur Initiatives Cœur sérieusement handicapé par la casse de sa tête de mât et contraint de stopper dans une baie de l'archipel du Cap-Vert, distant de 100 milles de son étrave. Tanguy pourrait mouiller ou s'amarrer à un coffre devant Mindelo sur l'île de Sao Vincente, ou dans la baie de Tarafal (Santo Antao) bien protégée de la mer et du vent. Conrad Colman (Foresight Natural Energy), Stéphane Le Diraison (Compagnie du lit-Boulogne Billancourt), Bertrand de Broc (MACSF), Jean-Pierre Dick, Eric Bellion (CommeUnSeulHomme) et Kojiro Shiraishi (Spirit of Yuko) nous ont raconté leurs péripéties à l'avant du bateau pour récupérer une voile battante ou une drisse abîmée. Beaucoup se sont retrouvés dans des situations rocambolesques, voire dangereuses. « Avec la fatigue, associée aux mouvements saccadés du bateau, on peut faire des bêtises. » soulignait Morgan Lagravière (Safran) à la vacation, qui s'est ouvert la tête ce matin sans gravité. Thomas Ruyant, lui, s'est cogné contre la table à cartes en se levant de sa bannette. La route est encore longue, les marins savent que sur cet immense marathon, il faut se préserver. C'est sans doute le secret pour réussir à boucler la boucle…


Ils ont dit en mer :

Morgan Lagravière (Safran) :
« J'ai eu une petite mésaventure dans la nuit. J'étais en train de me reposer à l'intérieur quand le bateau s'est mis à gîter fortement. Je me suis levé rapidement pour choquer la voile d'avant. En voulant retourner à l'intérieur, la porte m'a claqué sur le visage et je me suis ouvert le crâne. J'ai pissé le sang pendant un bon moment mais finalement la plaie s'est colmatée. Plus de peur que de mal ! Mais cette blessure prouve qu'avec la fatigue, associée aux mouvements saccadés du bateau, on peut faire des bêtises. Côté sportif, je m'éclate ! Je n'ai pas l'impression d'être sur un rythme de Vendée Globe mais plutôt sur une solitaire du Figaro ou une transat. C'est sympa car je peux me comparer avec les autres bateaux qui sont autour. J'ai croisé Paul (Meilhat) deux fois hier, dont une fois où il est passé à 100 mètres de mon tableau arrière. C'est incroyable, je ne m'attendais pas à régater autant au contact. »

Conrad Colman (Foresight Natural Energy) :
« Dans la nuit de vendredi à samedi, le vent s'est levé tellement fort qu'il est devenu dangereux de continuer sous grand spi. Je l'ai donc affalé. Ensuite, j'ai hissé mon spi de gros temps sur l'enrouleur. Mais avant d'y arriver, la voile a commencé à se dérouler. Pour éviter de casser la drisse, j'ai dû continuer à hisser la voile rapidement. C'était un moment sous haute tension, à tous les niveaux. Le Vendée Globe est un marathon avec des obstacles comme celui-ci sur la route. Mais on n'en apprécie que plus les beaux moments. En ce moment les conditions sont très sympathiques. Je navigue au portant dans moins de 20 nœuds sur une mer plutôt calme. Je suis entouré par des bateaux rapides et j'espère pouvoir conserver ce positionnement. »

Tanguy de Lamotte (Initiatives-Cœur) :
« Je naviguais sous grand-voile haute et Code 0 quand la partie haute du mât s'est brusquement cassée. La voile d'avant est partie dans l'eau et la GV est descendue. C'est le tube en carbone qui s'est cassé. Toutes les autres pièces mécaniques autour son intactes. Il me reste une centaine de milles pour rallier le Cap Vert où j'arriverai demain. Je vais bricoler une drisse pour pouvoir renvoyer la GV et être plus manœuvrant. Puis je vais me mettre au mouillage et tenter de régler les problèmes un par un et voir comment je peux repartir. Je commencerai par dégager la voile qui est toujours bloquée sous la quille. Je ne pourrai pas renvoyer la GV tout en haut du mât, mais avec un ris ce sera jouable. Il me reste deux drisses qui permettent d'utiliser trois voiles. Je devrai aussi bricoler des aériens de secours à l'arrière du bateau, qui me permettront d'avoir à nouveau des informations sur la force et la direction du vent. Mon objectif est clair : rester en course. »

Thomas Ruyant (Le Souffle du Nord pour le Projet Imagine) :
« Je suis satisfait de mon début de course. Je me sens serein sur mon bateau et tant mieux, car je vais passer un peu de temps à bord ! Je suis à la lutte avec Yann Eliès et surtout Jean Le Cam. C'est bon signe d'être au contact avec de tels marins. Cette confrontation me tire vers le haut, cela permet de se comparer. A chaque classement je les regarde et j'essaye de ne rien lâcher. Pour le moment on a assez peu de contacts par téléphone ou VHF entre nous, on va apprendre à se connaître (rires) ! »

Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac) :
« La vie à bord de StMichel-Virbac en ce moment c'est ciel bleu, conditions idylliques avec un petit alizé entre 13 et 20 nœuds, le bateau est bien toilé et glisse à 16 nœuds. J'ai pris du retard parce que mon point d'amure de gennaker a cassé en pleine nuit. J'ai entendu un gros BANG et j'ai vu ma voile complètement partir en l'air. J'ai passé un bout de temps à récupérer les morceaux. Avec ce type de voile de portant dont le point d'amure est sur le bout dehors, ce n'est pas évident de réparer en toute sécurité. J'ai installé un système de remplacement sur le pont, mais il va falloir se creuser la cervelle pour avoir quelque chose de plus fiable pour le reste de la course et récupérer le potentiel de la voile en ayant à nouveau son point d'amure sur le bout dehors. Maintenant, à moi de remettre du charbon. Les autres devant ont l'air d'avoir de bonnes conditions parce qu'ils vont vite !
Il faut que je cravache pour rejoindre Jean (Le Cam) qui a beaucoup d'expérience et Thomas (Ruyant), un petit jeune "qui en veut" comme on dit. La course va être encore longue, il reste du mille et il n'y aura pas de cadeau ! »

Partager cet article :

Retour Abonnez-vous à Marine&Océans

À lire aussi dans cette rubrique

Les articles les plus lus

Accueil Marines du monde Vendée Globe, Jour 8 : l'odeur des premières effluves du pot de colle