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Vendée Globe, les malheureux de la Désolation
le 04 Décembre 2016
Il y a des zones sur la planète mer qu'il vaut mieux aborder avec précaution : la pointe du Cotentin ou les Bouches de Bonifacio en France, mais aussi le détroit de Torrès ou celui de Bass (Australie), le cap Horn (Amérique du Sud), le détroit de Cook (Nouvelle-Zélande), les bancs de Terre-Neuve ou le détroit de Luçon (Chine). Mais dans les mers du Sud, certains abords sont aussi particulièrement délicats à négocier, surtout lorsqu'une brise soutenue vient s'opposer à un courant océanique puissant ou à des reliefs sous-marins abrupts. C'est le cas autour de l'archipel des Kerguelen, mais aussi près de ces îles australes désolées et désolantes (Tristan da Cunha, Gough, Marion, Amsterdam, Saint-Paul…), peuplées seulement de milliers de mammifères marins et de millions d'oiseaux. Tout comme au large de l'Afrique du Sud lorsque le courant chaud en surface, venant de Madagascar vient se confronter aux vents d'Ouest de l'Atlantique…
 
Une série de vracs
 
C'est ainsi que les dix solitaires du peloton se sont faits blackbouler ce week-end sous la poussée d'une dépression argentine, compressée par un anticyclone de Sainte-Hélène coincé dans le Sud-Ouest de Cape Town : au passage d'un front froid actif et agressif, le vent est monté à plus de 45 nœuds sur une mer déjà formée et devenue hachée et déferlante par le courant contraire. Ainsi, ce n'est pas tant la force du vent que l'état de l'océan qui a boxé ce groupe en approche du cap de Bonne-Espérance : la moindre petite avarie, le moindre écart de route pouvait se transformer en énorme vrac avec des conséquences matérielles redoutables.
 
Conrad Colman fut le premier à en subir les mauvaises humeurs : une brève panne de pilote et Foresight Natural Energy se retrouvait au tapis, entraînant le gennaker à l'eau et plusieurs heures de combat pour le skipper avant de remettre tout en ordre pour reprendre le cap à l'Est… Quasiment la même histoire pour le Hongrois Nandor Fa qui a vu Spirit of Hungary se coucher dans un départ au lof sous la combinaison d'une brutale rafale et d'une vague scélérate : la voile d'avant s'est déchirée sous l'impact et le solitaire a dû s'en débarrasser au couteau ! Puis Arnaud Boissières (La Mie Câline) a constaté après un empannage sauvage que son chariot de têtière de grand-voile était touché, une avarie similaire à celle qui avait quelques heures auparavant touché Jérémie Beyou (Maître CoQ) au milieu de l'océan Indien…
 
Un cinquième abandon
 
Mais c'est Kojiro Shiraishi qui a subi les plus graves dommages : malgré une voilure bien réduite (trois ris dans la grand-voile et foc de brise), Spirit of Yukoh a brisé son mât juste au-dessus du capelage de trinquette ! Une avarie surprenante puisque c'est la partie haute de l'espar qui s'est rompue… Le Japonais a mis du temps à faire le ménage dans ce capharnaüm de gréement emberlificoté avant de décider de faire route sur Cape Town et d'annoncer son abandon, le cinquième de ce Vendée Globe après Tanguy de Lamotte, Bertrand de Broc, Vincent Riou et Morgan Lagravière… Heureusement, la brise s'est calmée au large de Cape Town et le peloton va pouvoir souffler un peu et panser ses plaies.
 
Pour le reste de la flotte, le duo de tête continue son mano a mano entre le Breton Armel Le Cléac'h (Banque Populaire VIII) et le Gallois Alex Thomson (Hugo Boss) qui vont franchir la longitude du cap Leeuwin (Sud-Ouest de l'Australie) cette nuit. Mais c'est Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) qui va vivre aussi une très mauvaise nuit avec l'arrivée de la dépression tropicale dans son tableau arrière. Paul Meilhat (SMA) et Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) sont sortis sans dégâts de ce phénomène météo alors que Jérémie Beyou doit résoudre ses problèmes de grand-voile...

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