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Les manoeuvres politiques de la Marine chinoise
le 23 Novembre 2009

Les manoeuvres politiques de la Marine chinoise
Les manoeuvres politiques de la Marine chinoise

Longtemps parent pauvre de l’Armée populaire de libération, la Marine chinoise est en passe de devenir, grâce à un habile travail de ses chefs au sein du système, un maillon essentiel de la politique de défense chinoise en phase avec le renouveau des ambitions maritimes du pays. Explications.

La revue navale organisée par la Marine chinoise à la fin du mois d’avril à Qingdao, la première depuis l’avènement de la Chine nouvelle en 1949, est une étape de plus dans la quête de reconnaissance de ce parent jadis pauvre de l’Armée populaire de libération (APL). Il ne s’agit pas là de faire un inventaire des bâtiments dont dispose ou non cette Marine qui, de toute évidence, doit encore progresser pour devenir une «blue water navy» d’envergure mais de livrer une analyse rapide de l’habileté et de l’opportunisme d’une Marine qui, guidée par une réelle vision stratégique depuis plus de vingt ans, place et avance subtilement ses pions sur l’échiquier des affaires militaires chinoises. Certes la Marine chinoise est plus «jeune» que l’APL qui a fêté son 80e anniversaire il y a deux ans. Mais les marins chinois font de cette jeunesse un atout. Là où l’APL célébrait son anniversaire par des discours martiaux, nationalistes et ultra-politisés – on se souvient du rappel à l’ordre du ministre de la Défense Cao Gangchuan sur les risques d’une occidentalisation des mentalités au sein de l’APL et l’indiscutable subordination des armées au Parti – la Marine a organisé un habile festival d’ouverture vers l’extérieur. En invitant quelque 29 nations à célébrer l’événement avec elle, elle a confirmé ce que tous les experts militaires à Pékin savent déjà, à savoir qu’elle est de loin la moins compliquée et la moins réticente des armées chinoises dans les échanges de coopération, même si cela reste relatif. Plus généralement, dans un pays où les symboles ne comptent pas pour rien, la Marine inscrit son évolution dans celle du pays, de la Nation qui fêtera elle aussi son 60e anniversaire en octobre prochain.

Un capital de sympathie considérable

Tandis qu’une APL octogénaire trouve ses racines dans les luttes et les résistances contre l’envahisseur, en un mot dans l’histoire et le passé, la Marine se targue d’être née avec la République populaire de Chine (RPC), d’être en ce sens l’armée de la Chine nouvelle tournée – comme cette même Chine des réformes de Deng – vers l’avenir et la mondialisation. En bref, l’APL reste attachée à des concepts de «hard power» tandis que la Marine se forge, jour après jour, une identité de «soft power» en phase avec les images de développement pacifique et de monde harmonieux que Pékin entend vendre au monde. Cette orientation n’est pas nouvelle. Dans les années quatre-vingt, avant même que l’APL ne réalise à la lecture des événements des années quatrevingt- dix qu’il lui fallait se remettre en cause, la Marine, sous l’impulsion de son chef l’amiral Liu Huaqing (chef d’étatmajor de la Marine de 1982 à 1988), lançait des plans ambitieux pour la modernisation de la composante navale des armées chinoises. Ses successeurs ont poursuivi ces plans et l’amiral Wu Shengli, qui préside aux destinées de la Marine chinoise n’a pas été le moins actif. L’amiral Wu est à la tête de la Marine chinoise depuis près de quatre ans maintenant. Il avait assuré l’intérim de son prédécesseur, Zhang Dingfa, gravement malade, depuis 2005 lui succédant officiellement en 2007 après son décès en décembre 2006. L’amiral Wu a énormément oeuvré pour la reconnaissance de sa marine tant en externe, avec des contacts réguliers avec les chefs des grandes marines du monde (États-Unis et France entre autres), qu’en interne où le projet de porte-avions – qui ne manque pourtant pas de détracteurs – est désormais incontournable et assimilé à un objet de gloire et prestige nationaux. La grande habileté des marins en interne est bien là. Ils ont su, par une communication habile, amener la nation chinoise à se reconnaître dans sa marine et il est bien difficile maintenant pour les autres composantes des armées de contrarier l’irrésistible ascension de l’APL Navy. Ce phénomène pourrait bien influer sur la répartition des crédits dans les années à venir alors même que les vaches de l’APL risquent d’être plus maigres que par le passé. Bien sûr, si la Marine se vend mieux que les autres armées chinoises plus politisées et plus refermées sur ellesmêmes, elle surfe aussi sur des circonstances favorables. Tout d’abord, «l’interarmisation » de la défense chinoise depuis 2002 et l’accession à la commission militaire centrale de tous les chefs d’état-major d’armée depuis 2005 érodent quelque peu le monopole des terriens dans l’APL. Par ailleurs, la Marine est l’outil par excellence pour lutter contre les menaces «à la mode» et non sujettes à polémique : sécurisation des voies de communication maritimes, piraterie.

Elle est moins concernée et donc empêtrée que l’armée de terre et la police armée du peuple dans la gestion des menaces que représentent les trois maléfices (séparatisme, extrémisme religieux, terrorisme) qui sont au coeur de divergences de fond entre la Chine et l’Occident (en particulier s’agissant de la question tibétaine ou ouighoure). Dans ce contexte, la Marine chinoise bénéficie d’un capital de sympathie considérable et même si la question des intentions stratégiques à terme demeure, nul ne songe à lui contester le droit de se moderniser et de se doter d’outils performants. Par ailleurs, la Marine chinoise, grâce à son action dans la lutte contre les menaces non traditionnelles, réussit à échapper peu ou prou à la théorie de la menace chinoise et de l’hypothèse d’une confrontation avec les États- Unis. En dépit d’accrochages réguliers, elle semble mieux armée pour prétendre à un partenariat avec son homologue américaine que les autres armées chinoises.

Une habile adaptation au contexte international

Ne nous trompons pas cependant, la Marine chinoise est bien la marine du Parti communiste chinois (PCC) et l’ouverture que l’on constate est davantage une impression résultant d’une communication subtile et de circonstances favorables: la Marine a par exemple beaucoup investi dans la filière des commissaires politiques, elle est également capable de durcissement, en mer (contre les bâtiments américains dans la ZEE chinoise entre autres) ou à terre, par exemple quand la visite impromptue du chef d’étatmajor de la Marine au port de Qingdao, la veille de la revue navale du 60e anniversaire, ferme les portes de ce même port aux groupes de visiteurs de quelque dix nationalités qui venaient découvrir les bâtiments de leur pays! En dépit de lacunes capacitaires et de limites techniques et politiques certaines dans le domaine de la coopération internationale, il n’en demeure pas moins que la Marine chinoise s’est, en quelques années, imposée comme une composante majeure de l’APL. Elle a notamment su, en s’appuyant sur la vision stratégique de certains de ses chefs, s’adapter habilement au nouveau contexte international, en tirant des opportunités. Elle a surtout su convaincre le pouvoir chinois que dans un monde où la mer représente autant d’opportunités que de risques, la Chine devait redevenir une puissance maritime, à la fois pour son rayonnement et pour la défense de ses intérêts nationaux.

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