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La coopération navale franco-russe
le 19 Juillet 2010

La coopération navale franco-russe
La coopération navale franco-russe

Baptisée «Année croisée France-Russie», l’année 2010 restera bien dans les annales comme celle de l’amélioration significative des relations entre les deux pays, notamment dans le domaine de la Défense et de la coopération navale. Au cours du premier semestre 2010, les escales de bâtiments et les visites croisées d’autorités militaires se sont succédées à un rythme inédit. Explications.

Si le projet d’acquisition par Moscou de quatre bâtiments de projection et de commandement (BPC) de type Mistral explique en partie le réchauffement des relations entre la France et la Russie, lui en attribuer la seule paternité serait toutefois un peu hâtif. On assiste en fait, depuis bientôt deux ans, à un véritable «printemps» de la coopération navale franco-russe dont le premier signe est peut-être à chercher au cours de l’été 2008, loin, très loin vers l’Est, sur les rives de la mer du Japon. L’histoire commence en juillet, dans la grande salle du cercle naval de Vladivostok. Les délégations de quatre marines travaillent sur le scénario d’un exercice, baptisé Frukus, qui réunit chaque année les marines française, russe, anglaise et américaine. L’exercice doit se dérouler le mois suivant, pour la première fois dans le Pacifique, et faire travailler quatre frégates, pendant quatre jours, sur le thème d’une opération de maintien de la paix sous l’égide de l’Onu. L’Histoire en décidera autrement. Le 16 août 2008, l’armée russe intervient en Ossétie du Sud. Immédiatement, les marines américaine et britannique annulent leur participation à l’exercice. Frukus 08 a vécu. Côté français, alors que la diplomatie tente de trouver une issue à la crise russo-géorgienne, la décision est prise de maintenir le principe d’un exercice avec la marine russe. Il sera bilatéral. L’accueil de la frégate Vendémiaire à Vladivostok est triomphal. Ce geste, qui a profondément marqué la marine russe, non seulement à Vladivostok mais également à Moscou, a sans nul doute ouvert une période de grâce dans la coopération navales fran - co-russe. Celle-ci trouvera, quel ques mois plus tard, une nouvelle occasion de se concrétiser, dans le cadre de la lutte contre la piraterie.

croissant mobilise l’ensemble des gran - des marines mondiales. La Russie, con - frontée à la prise d’otages du cargo Faina à bord duquel se trouvent des ressortissants russes, souhaite intervenir militairement dans la zone. Renouant juste avec les grands déploiements du temps de l’Union soviétique, la marine russe connaît encore mal ce théâtre. Il lui faut se tourner vers un partenaire. Politiquement, une coopération directe avec l’Otan ou l’Union européenne n’est pas envisageable. Les événements de l’été 2008 sont encore trop récents. La marine française, dont la presse russe n’a pas manqué de souligner l’efficacité et le professionnalisme suite aux interventions sur le Ponant et le Tanit, est un recours possible. Aux yeux de l’état-major russe, elle fait figure de partenaire idéal pour faciliter un premier déploiement. Des contacts sont pris. En novembre 2008, alors que la frégate Neustrashimiy arrive dans le golfe d’Aden, une réunion de travail organisée autour d’Alindien, l’amiral français commandant la zone maritime de l’Océan indien, permet aux Russes de mieux appréhender le théâtre. Des échanges d’informations ont lieu. Dans les faits, la coopération s’arrêtera là. Du point de vue opérationnel, les projets d’escortes communes, un temps évoqués par la partie russe, ne verront pas le jour. Mais là n’est pas le plus important. Une nouvelle fois, la marine russe a su pouvoir compter sur l’aide de la marine française.

l’aide de la marine française. C’est à cette même période que s’ouvre le dossier BPC. Au mois d’octobre 2008, l’amiral Vissotskiy, commandant en chef de la marine russe, participe en France au salon Euronaval. Il assiste, à Toulon, à la présentation du BPC Mistral. Très impressionné, il ne cache alors ni son enthousiasme ni son intérêt. Quelques mois plus tard, en avril 2009, M. Anatoliy Serdioukov, ministre russe de la défense, fait officiellement part à son homologue français de la volonté de son pays de se doter, dans un avenir proche, d’un ou de plusieurs bâtiments amphibies. Le Mistral fait partie des options étudiées. En juin 2009, la Russie invite officiellement la France à envoyer l’un de ses BPC à Saint-Pétersbourg à l’occasion du salon d’armement naval IMDS. Pour des raisons opérationnelles, l’escale ne pourra pas se faire. La marine française limite sa participation à deux chasseurs de mines alors que la marine hollandaise dépêche sur place son navire amphibie, le Johan de Witt, concurrent direct des BPC français. Mais pour la partie française, ce n’est que partie remise. En novembre 2009, un an après la visite à son bord de l’amiral Vissotskiy, le Mistral arrive à Saint-Pétersbourg. Amarré quai du lieutenant Schmidt, à quelques centaines de mètres seulement du palais de l’Hermitage et de l’amirauté, le BPC français bénéficie d’une réception sans pareil. Le vice-ministre russe de la Défense (le ministre retenu à Moscou s’est fait excuser) visite le bâtiment accompagné de hautes autorités civiles et militaires russes. Des essais d’appontage du tout nouvel hélicoptère de combat russe Alligator sont organisés et s’avèrent techniquement concluants. Pendant deux jours, une foule de Pétersbourgeois se presse pour visiter le bateau. Dans les rues, les marins français en uniforme sont chaleureusement accueillis. L’escale est un succès. Le dossier BPC suit dès lors son cours sur le plan politique.

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Une série d’échanges

Fort de cette dynamique et d’un climat de confiance jusqu’alors inégalé, la coopération franco-russe connaît une intense activité pendant tout le premier semestre de l’année 2010. En février, l’amiral Rimashevskiy, commandant en chef de la formation de la marine russe, effectue un voyage d’une semaine en France pour évaluer nos écoles dans la perspective de la vaste restructuration à laquelle il s’est attaqué. Notre pays fait partie, avec la Turquie et les États-Unis, des trois modèles étudiés. En mars, c’est l’amiral Maximov, commandant en chef de la flotte du Nord, qui concrétise enfin une visite, à Brest, à l’amiral Anne-François de Saint-Salvy commandant de la zone maritime de l’Atlantique (Ceclant), reportée d’année en année depuis 2007. En avril, le Chevalier Paul fait escale à Severomorsk dans le cadre de sa traversée de longue durée. À cette occasion, un exercice organisé avec la marine russe met en oeuvre, pour la première fois, un avion de patrouille maritime. En mai, la frégate Latouche-Tréville rallie à son tour le grand port de la flotte du Nord pour la cérémonie des 65 ans de la victoire des alliés sur les nazis. Invitée d’honneur et seul bâtiment étranger représenté, la frégate française est intégrée à la parade navale. L’amiral de Saint-Salvy (Ceclant) est présent pour les cérémonies. En retour, la marine russe a annoncé l’escale, à Brest, au mois de septembre prochain, du croiseur nucléaire Pierre Le Grand, deux ans seulement après une précédente escale du prestigieux bâtiment à Toulon.

Le point culminant de cette série d’échanges aura toutefois été la visite officielle en Russie, début mars 2010, de l’amiral Pierre-François Forissier, chef d’état-major de la Marine. Prévue de longue date, celle-ci a eu lieu au moment même où les présidents Sarkozy et Medvedev discutaient à Paris du dossier BPC, arrêtant le principe d’une entrée en négociations exclusives. La visite de l’amiral Forissier, initialement organisée autour de trois étapes, Moscou, Severomorsk et Saint-Pétersbourg, avait pour thème principal la coopération navale. À Moscou, le chef d’état-major de la marine française a rencontré son homologue russe et le général Makarov, chef d’état-major des armées russes. En raison de conditions météorologiques défavorables sur la péninsule de Kola, sa visite, à Severomorsk, au commandant en chef de la flotte du Nord a du être annulée. À Saint-Pétersbourg, il s’est exprimé devant les élèves de l’académie navale Kuznetsov. Il est indéniable que, quelles que soient les con - clusions des négociations sur le dossier BPC, une base nouvelle a été posée entre les marines française et russe qu’il appartient désormais aux deux partenaires de faire fructifier.

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