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Les pêcheurs veulent soigner leur image et leurs bleus à l'âme


Paris, 10 sept 2019 (AFP) -

Parfois pointée du doigt pour son impact environnemental, cible des militants antispécistes, confrontée à de graves difficultés de recrutement: la pêche française, qui se rassemble cette semaine à Granville pour ses assises annuelles, veut réfléchir aux moyens d'améliorer son image.

"Pêche-bashing": le mot a été lâché par le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, venu à la rencontre des pêcheurs le 20 juin. Ces derniers avaient été heurtés par l'ONG Bloom qui reproche à l'Europe de subventionner le renouvellement de certains bateaux de pêche, favorisant "la surexploitation chronique" des océans.

Si les militants antispécistes s'attaquent le plus souvent à des boucheries, au moins une poissonnerie a été vandalisée en 2018, dans les Hauts-de-France.

"L'image du pêcheur au port, c'est sympa, mais la pêche, elle, souffre vraiment d'un déficit d'image, voire d'une certaine diabolisation", déclare à l'AFP Jacques Woci, président de France Filière Pêche, organisme chargé de promouvoir la pêche française.

Lors d'une table ronde aux assises de la pêche intitulée "Répondre aux attaques contre l'image de la filière", il sera entouré d'interlocuteurs peu habitués à discuter des tourments de la sole ou du cabillaud, et plus souvent au chevet... des éleveurs bovins.

Comme Chloé Serre, directrice d'Interbev-Normandie, interprofession du bétail et des viandes: "On s'est rendu compte que le consommateur ne connaît plus nos systèmes de production, ne connaît plus nos métiers", explique-t-elle, craignant qu'il n'en soit de même pour les pêcheurs.

"La France, elle aime bien avoir du poisson dans son assiette, mais elle ne veut pas savoir comment ça a été pêché", affirme même Olivier Le Nézet, président du comité régional des pêches de Bretagne.

"Si notre filière n'est pas bien connue, c'est parce que les professionnels ne savent pas non plus bien la faire connaître", ajoute M. Woci.

Malgré la mise en place il y a quelques années d'une marque Pavillon France, destinée à valoriser les poissons pêchés par des armements français, un quart des Français avoue ne connaître aucune espèce de poisson issue de la pêche française, selon une enquête de France Filière Pêche.

- Le Brexit inquiète toujours -

Les pêcheurs déplorent par ailleurs une hostilité grandissante du public: le président du comité national des pêches, Gérard Romiti, a dénoncé cet été des "attaques de plus en plus violentes" sur les réseaux sociaux et la nécessité d'en "tenir compte" afin de "faire évoluer nos méthodes de pêche et nos modèles de production".

Une table ronde est d'ailleurs organisée pour "prendre en compte l'impact environnemental des filières".

Concernant la surpêche, qui concerne encore un tiers des espèces présentes au large des côtes européennes et même plus selon certaines ONG, M. Le Nézet défend la pêche française, "l'exemple même de ce qu'il faut faire".

Il évoque la mise en place, à Saint-Brieuc ou Quiberon, d'une "police" financée par les pêcheurs pour traquer les auteurs d'infractions dans la pêche à la coquille, qu'ils soient touristes ou professionnels.

"Les gens n'ont aucune idée à quel point la pêche a évolué, le fait que ce sont des métiers modernes, avec de l'informatique. Au final, l'image qu'ont les gens de la pêche, c'est le bon marin pêcheur avec son ciré jaune, comme nous un peu l'image de Martine à la ferme", dénonce Mme Serre, qui souligne les "gros problèmes de recrutement" du secteur.

La pêche française est en effet à la recherche de 1.200 à 2.000 marins dans les cinq prochaines années.

Outre les questions d'image, les conséquences d'un Brexit pour l'accès des pêcheurs français aux eaux britanniques seront également dans toutes les têtes, en dépit du flou qui règne au Royaume-Uni.

"Il est indispensable que l'Europe et le gouvernement français se battent pour qu'il y ait une continuité d'accès à la ressource halieutique dans les eaux du Royaume-Uni, parce que derrière, c'est un cataclysme sur le littoral", avertit M. Le Nézet, qui craint plus que tout un Brexit sans accord, qui interdirait l'accès des eaux britanniques du jour au lendemain.

Le poisson pêché dans les eaux britanniques représente pas moins de 30% des ventes dans les criées bretonnes.