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Des témoins relatent le subterfuge de Breivik pour débarquer sur Utoeya


OSLO, 03 mai 2012 (AFP) -

Un vigile et le capitaine d'un ferry faisant la navette entre le continent et Utoeya ont relaté jeudi comment Anders Behring Breivik, déguisé en policier, les avait dupés le 22 juillet 2011 pour pouvoir se rendre sur l'île où il allait commettre un carnage.

"On dégage une certaine autorité quand on arrive en uniforme de policier", a expliqué Simen Braeden Mortensen devant le tribunal d'Oslo au 11e jour du procès de l'extrémiste de droite.

Chargé de contrôler les personnes voulant embarquer pour Utoeya où se tenait un camp d'été de la Jeunesse travailliste, le jeune vigile se souvient comment Breivik lui a expliqué avoir été envoyé par précaution après l'attentat à la bombe qui vient de ravager le siège du gouvernement à Oslo ce jour-là.

Il tique certes en le voyant descendre d'une Fiat civile grise, a-t-il indiqué jeudi à la Cour, mais la fausse carte du PST, le service de renseignement intérieur, que Breivik porte autour du cou a raison de ses soupçons.

"J'ai cru que c'était une pièce d'identité policière légitime", a dit M. Braeden Mortensen, sous le regard toujours imperturbable du tueur.

Passé ce premier obstacle, Breivik peut embarquer sur le ferry MS Thorbjoern, immobilisé sur Utoeya après l'attentat d'Oslo mais exceptionnellement envoyé sur l'autre rive pour convoyer le faux policier.

Témoignage très attendu, le capitaine du ferry, Jon Olsen, a expliqué à la barre comment il a lui-même aidé à transporter une caisse qui s'avérera pleine de munitions, puis comment il s'est enfui après les premiers coups de feu, laissant derrière lui sa concubine morte et sa fille désemparée.

"Je passe le plus clair de mon temps à me demander si j'aurais pu agir autrement. A chaque fois, j'arrive à la conclusion que j'ai agi comme il le fallait", a déclaré M. Olsen.

"L'uniforme et tout le reste laissaient supposer que tout était en ordre", a-t-il affirmé.

Juste après avoir débarqué la lourde caisse que Breivik dit remplie d'équipements de détection d'explosifs, le capitaine du ferry voit le faux policier abattre sa première victime, le vigile du camp.

A ce jour, M. Olsen peine encore à se rappeler s'il voit, immédiatement après, Breivik tourner son arme sur sa compagne Monica Boesei, la "matriarche" de l'île.

"Je pense alors qu'il s'agit d'un exercice mais, d'un autre côté, j'imagine que j'aurais été au courant", s'est souvenu M. Olsen

Paniqué, il prend la fuite puis, au terme d'un long détour, parvient à regagner le MS Thorbjoern avec lequel il appareille accompagné des quelques personnes qui ont trouvé refuge à bord.

"Il fallait mettre le bateau loin de là" hors de portée des balles de Breivik, a-t-il expliqué.

"C'était totalement silencieux. Je pensais que le ciel allait bientôt être rempli d'hélicoptères, que le fjord serait couvert de bateaux et de gyrophares mais non, rien ne se produisait", a-t-il précisé.

Ayant reçu un message affirmant que sa fille était saine et sauve, le capitaine aidera ensuite à convoyer les services de secours sur l'île et à en évacuer morts et blessés.

Les attaques du 22 juillet ont fait au total 77 morts dont 69 sur l'île parmi lesquels de nombreux adolescents.

S'il reconnaît les faits, l'extrémiste de 33 ans plaide non coupable, qualifiant son geste d'"attaques préventives contre les traîtres à la patrie" coupables à ses yeux de livrer la Norvège au multiculturalisme et à "l'invasion musulmane".