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Le capitaine du Ponant a le sentiment de l'avoir "échappé belle"


PARIS, 22 mai 2012 (AFP) -

Patrick Marchesseau, qui commandait le voilier Le Ponant pris en otage pendant une semaine en avril 2008 par des pirates somaliens, a raconté son épreuve mardi devant la cour d'assises de Paris, disant à plusieurs reprises son sentiment de l'avoir "échappé belle".

Vêtu de son uniforme bleu marine de capitaine, M. Marchesseau, partie civile, qui avait 41 ans à l'époque, était le premier des 30 membres d'équipage à témoigner au procès de six pirates présumés, qui s'est ouvert mardi.

Un seul des accusés reconnait avoir participé à l'abordage du luxueux voilier, le 4 avril 2008, les autres se disant innocents. M. Marchesseau en avait reconnu trois pendant l'enquête, disant qu'ils avaient eu un rôle de "garde". Il a maintenu mardi ses déclarations.

S'interrompant plusieurs fois sous le coup de l'émotion, il a décrit en détail les sept jours de la prise d'otages, retenant des larmes notamment quand il a parlé des retrouvailles avec ses filles une fois libéré.

"Je leur ai dit que le capitaine Crochet était venu sur le bateau et que papa avait joué le rôle de Peter Pan", a-t-il dit.

Il s'est rappelé la douzaine d'hommes "menaçants, en furie, avec des armes, très excités", qui avaient pris d'assaut le voilier à son entrée dans le Golfe d'Aden.

"Ils sont binaires: soit calmes, soit très excités et là ils deviennent dangereux", a-t-il raconté.

Il a relaté divers épisodes: une panne de moteur simulée à l'arrivée des pirates, les sept membres féminins de l'équipage cachés au fond du navire plus de 24 heures, l'extrême nervosité des pirates au moment de la remise de la rançon de 2,15 millions de dollars.

"J'ai eu peur que ça finisse mal", a-t-il dit.

Il a aussi raconté que le médecin de bord avait été touché à la cuisse par des tirs de kalachnikov partis "accidentellement". "Il a eu un bel hématome mais n'importe qui aurait pu se trouver sur la trajectoire" des balles, a-t-il estimé. "Cela montre le côté amateurisme des gardes. On l'a échappé belle".

Selon lui, les pirates "se sont définis comme des islamistes modérés, mais pas des terroristes".

Il a souhaité que les actes de piraterie au large de la Somalie "ne restent pas impunis".

"J'y suis passé encore en février dernier, tous les marins de commerce craignent les pirates là-bas, il faut que ça cesse", a dit le capitaine, qui travaille toujours pour la Compagnie des Iles du Ponant (filiale de la CMA-CGM).

"Je n'y retournerais pas sans protection aujourd'hui, mais ce n'est pas pour autant que je vais m'arrêter de naviguer", a dit M. Marchesseau.