Alstom, STX, Nokia: une politique industrielle peu lisible

« On n’a pas encore eu d’expression de la politique en matière industrielle », résume à l’AFP Philippe Darmayan, président du Groupe des fédérations industrielles (GFI), assurant que l’a priori du secteur restait favorable.

Pourtant, l’actualité est chargée. Ce mercredi, Rome et Paris devraient annoncer lors d’un sommet à Lyon un accord sur les chantiers navals STX France (ex-Chantiers de Saint-Nazaire). La France les avaient nationalisés cet été pour freiner leur prise de contrôle par le constructeur transalpin Fincantieri, un bras de fer qui a brouillé l’image libérale d’Emmanuel Macron.

Mardi, c’était un son de cloche différent. Alstom et Siemens officialisaient la fusion de leurs activités ferroviaires en ouvrant la porte à une prise de contrôle par l’allemand d’ici quelques années, une annonce à laquelle l’Etat français a immédiatement donné sa bénédiction en confirmant sa sortie du capital.

Pour le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, pas de souci de « cohérence ». S’exprimant devant la presse ce mercredi, il a estimé que « l’Etat a un rôle à jouer dans l’économie » et doit défendre ses « intérêts stratégiques ».

Le ministre a cité un modèle: Airbus. L’exemple de l’avionneur européen a été utilisé à l’envi dans le secteur ferroviaire bien qu’il soit illusoire vu le poids bien supérieur de Siemens face à Alstom après des années de démantèlement du français. L’Etat français détient en outre actuellement quelque 11% du capital d’Airbus.

« On reste avec ces vieilles idées entendues sous tous les gouvernements: Airbus est un exemple tellement extraordinaire qu’il faut le répliquer », regrette auprès de l’AFP Eric Chaney, économiste lié à l’institut Montaigne, centre de réflexion à tendance libérale.

« Il y a un double discours d’Emmanuel Macron et du gouvernement (d’Edouard) Philippe », estime M. Chaney, évoquant « une politique favorable (…) aux entreprises en général » mais des propos qui restent teintés de dirigisme en matière industrielle.

– Curseurs brouillés –

Car, sur le rapprochement Alstom/Siemens, deux lectures s’opposent. D’un côté, puisque l’Etat va sortir de l’emblématique père du TGV, les réactions politiques n’ont pas manqué à gauche comme à droite pour critiquer un désengagement.

Mais – et c’est l’angle du gouvernement – l’opération est très politique au moment où Emmanuel Macron, qui présentait mardi ses propositions sur l’avenir de l’Union européenne, montre constamment une volonté de rapprochement avec l’Allemagne.

Alstom a déjà contribué à façonner l’image économique de M. Macron. Il avait succédé en 2014 au ministère de l’Economie à Arnaud Montebourg, qui s’était montré très protectionniste en tentant – sans succès – de freiner le rachat des activités du français dans l’énergie par l’américain General Electric… Au point de faire appel à Siemens et d’évoquer déjà un « Airbus de l’énergie ».

L’arrivée de M. Macron au ministère avait été perçue comme un net virage libéral par rapport aux positions de M. Montebourg.

« Les deux considèrent que l’Etat à un rôle à jouer », juge Mathieu Plane, économiste à l’OFCE, bastion français de keynésianisme, et qui fut conseiller de M. Montebourg.

M. Macron « a une vision assez libérale de l’économie (…) mais, dans la politique industrielle, il est beaucoup plus interventionniste et volontariste », avance-t-il.

Parallèlement aux cas STX et Alstom, la présidence Macron a marqué sa présence sur des dossiers sociaux, comme le feuilleton de l’équipementier automobile GM&S, a priori loin des « intérêts stratégiques » évoqués par M. Le Maire.

Vendredi encore, M. Macron a promis une « inflexibilité totale » vis-à-vis de l’équipementier télécoms finlandais Nokia pour qu’il ne supprime pas quelque 600 emplois en France, deux ans après son rachat d’Alcatel-Lucent, elle-même ex-filiale d’Alstom.

« Lorsqu'(un) gouvernement se mèle de ces grandes entreprises manufacturières, il le fait beaucoup pour maintenir l’emploi au prix de conserver des secteurs qui ne sont pas vraiment d’avenir », regrette M. Chaney. « C’est un gouvernement pragmatique qui comme les autres y mettra son nez… »

jdy/mch/fka/ggy

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