Australie: le français DCNS remporte un mégacontrat de sous-marins à 34 milliards d’euros

Le Premier ministre australien, Malcolm Turnbull, a annoncé mardi que l’offre française « présentait les meilleures capacités pour répondre aux besoins uniques » de son pays.

L’Australie a annoncé en février une importante rallonge de son budget de Défense pour faire face aux enjeux géopolitiques en Asie-Pacifique. Canberra se montre notamment notamment préoccupé par les visées territoriales de Pékin en mer de Chine méridionale.

Parfois surnommé « le contrat du siècle », la commande australienne, d’un montant estimé à 50 milliards de dollars australiens (34,5 milliards d’euros), est le plus important contrat de défense passé par l’Australie.

Il porte sur 12 sous-marins océaniques qui devront remplacer les sous-marins conventionnels de la classe Collins, qui datent des années 1990 et sont censés ne plus être utilisés à partir de 2026.

« C’est une entreprise nationale capitale », a déclaré le Premier ministre australien lors d’une conférence de presse à Adelaide, où les sous-marins seront construits.

« Le choix par l’Australie de la France et de DCNS comme partenaires pour la construction de 12 sous-marins est historique », lui a répondu l’Elysée dans un communiqué.

« Il marque une avancée décisive dans le partenariat stratégique entre les deux pays, qui vont coopérer durant 50 années sur l’élément majeur de souveraineté que représente la capacité sous-marine. »

-Tokyo initialement favori-

Le spécialiste français du naval de défense détenu par l’Etat et Thalès était en concurrence avec l’allemand ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) et un consortium emmené par Mitsubishi Heavy Industries et soutenu par le gouvernement japonais.

DCNS proposait une version de son Barracuda, quand ThyssenKrupp défendait le Type 216 et le Japon le Soryu.

L’offre japonaise avait un temps tenu la corde, Tokyo mettant en avant son partenariat régional avec l’Australie.

Début avril, le quotidien The Australian expliquait que cette offre était aussi privilégiée par Washington, non seulement pour la qualité de ses bâtiments, mais aussi dans l’idée d’approfondir la coopération stratégique trilatérale face à l’émergence de la Chine.

Mais pour l’Australie, coopérer ainsi avec le Japon risquait également d’irriter Pékin. Certains pointant en outre le manque d’expérience du Japon dans l’exportation de telles technologies de pointe.

« Nous avons fait de notre mieux et la décision est regrettable », a déclaré à des journalistes le ministre japonais de la Défense, Gen Nakatani, selon des responsables de son ministère. « Nous allons demander aux Australiens des explications. »

Interrogé sur les risques que la décision déplaise à Washington, M. Turnbull a rappelé que le choix d’un prestataire était « une décision souveraine de l’Australie ».

« La France est reconnaissante de la confiance que lui témoigne l’Australie et fière de l’excellence technologique dont ses entreprises ont su faire preuve dans cette compétition de haut niveau », a déclaré l’Elysée dans un communiqué.

Le processus d’appel d’offres était politiquement sensible, avec en toile de fond les craintes pour l’avenir de l’industrie navale australienne.

Canberra cherchait à obtenir des assurances qu’une grande partie du processus de fabrication serait réalisée en Australie de façon à maximiser la participation et l’emploi de l’industrie australienne.

-‘milliers d’emplois’ en France-

« C’est un grand jour pour notre marine, un grand jour pour l’économie australienne du 21e siècle, un grand jour pour l’avenir de l’emploi », a déclaré M. Turnbull.

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a de son côté affirmé que ce contrat représentait aussi des « milliers d’emplois » en France.

L’entrée en service des nouveaux sous-marins est prévue en 2027.

Le contrat prévoit une enveloppe globale sur 50 ans comprenant notamment les infrastructures, la maintenance et la formation des équipages.

Les 12 sous-marins, a assuré M. Turnbull, seront « les vaisseaux les plus sophistiqués construits dans le monde ».

Alliée des Philippines, l’Australie s’inquiète notamment de l’attitude de la Chine en mer de Chine méridionale, objet d’âpres contentieux territoriaux entre Pékin et les capitales régionales.

La Chine y mène d’énormes opérations de remblaiement d’îlots, transformant des récifs coralliens en ports, pistes d’atterrissage et infrastructures diverses.

L’Australie est également engagée dans la coalition emmenée par les Etats-Unis contre l’organisation Etat islamique en Syrie et en Irak.

mp/mfc/jac/ev/pb

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