Birmanie: une loi de planning familial vise les Rohingya

Plus de 3.500 migrants du Bangladesh et de Birmanie sont arrivés ces derniers jours en Malaisie, en Indonésie et en Thaïlande, qui a décidé de sévir contre les passeurs et a ainsi perturbé les filières de la traite.

Les Bangladais veulent échapper à la pauvreté et les Rohingyas, décrits par l’ONU comme l’une des minorités les plus persécutées au monde, veulent fuir la Birmanie à dominante bouddhiste.

La nouvelle loi autorise les autorités des différents Etats de Birmanie à adopter de nouvelles règles en matière de planning familial afin de faire baisser le taux de natalité.

Le journal officiel Myanma Alinn a rapporté samedi que le président Thein Sein avait accordé son blanc-seing à la loi le 19 mai.

Ce texte donne aux autorités locales le pouvoir d’évaluer la région sous leur contrôle pour déterminer si “les ressources y sont déséquilibrées à cause de la présence d’un nombre élevé de migrants, d’un fort taux de croissance démographique ou d’un fort taux de natalité”, a ajouté le journal.

Elles pourront ensuite demander au gouvernement central d’imposer des règles faisant obligation aux femmes d’attendre “au moins 36 mois” après une naissance pour avoir un autre enfant.

Human Rights Watch a estimé dimanche que cette nouvelle loi visait clairement les Rohingyas de l’Etat Rakhine (ouest de la Birmanie).

Environ 1,3 million de Rohingyas vivent dans le pays, qui leur refuse la citoyenneté et les considère comme des immigrés clandestins du Bangladesh.

“Ce texte va aggraver sérieusement les tensions ethniques et religieuses. Nous nous attendons à ce que les musulmans Rohingyas de l’Etat Rakhine soient la cible numéro un de cette législation”, a déclaré à l’AFP le directeur adjoint pour l’Asie du HRW, Phil Robertson.

Cette nouvelle législation a été adoptée malgré les pressions internationales sur la Birmanie pour qu’elle s’attaque aux causes de l’exode massif des Rohingyas.

Ces derniers sont victimes de multiples discriminations – travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, absence de droit de séjour, règles de mariage injustes et confiscation des terres. Ils ont également un accès limité à l’éducation secondaire et supérieure, ainsi qu’à d’autres services publics.

Ces dernières années, la montée des violences communautaires et les affrontements entre bouddhistes et musulmans, qui ont fait environ 200 morts et 140.000 déplacés en 2012, a encore accéléré l’exode.

Depuis le début de la crise actuelle, l’opposante et prix Nobel de la paix Aung san Suu Kyi a gardé un silence assourdissant sur la question même si son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), a dit que les droits de cette minorité devaient être respectés.

Une députée de la LND a déclaré dimanche à l’AFP qu’aucun membre du parti n’avait voté en faveur de la nouvelle loi. “Cette loi n’aurait pas dû être proclamée. Nous les femmes sommes celles qui en subirons les conséquences”, a déclaré May Win Myint.

Un porte-parole du parti a déclaré qu’il n’était pas en mesure de confirmer la manière dont la LND avait voté.

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