Chlordécone aux Antilles: les contrôles sur les aliments pas affectés par les nouvelles normes européennes (ministres)

Au cours d’une audition devant la délégation outre-mer de l’assemblée nationale, la ministre de la santé Agnès Buzyn a aussi annoncé, pour “améliorer la transparence sur le sujet”, qu’elle avait demandé à trois alliances de recherche scientifique “de fournir une synthèse scientifique de toute les connaissances acquises sur la chlordécone”, cette dernière qui sera l’objet d’un colloque scientifique “au mois d’octobre”.

La chlordécone a été utilisée aux Antilles de 1972 à 1993 pour lutter contre le charançon du bananier. Elle a été interdite en France en 1990, mais utilisée jusqu’en 1993 par dérogation aux Antilles. Elle est depuis toujours présente dans les sols et peut se retrouver notamment dans certaines denrées d’origine végétale ou animale, ainsi que dans certains captages d’eau.

Depuis plusieurs mois, les élus et la population de Guadeloupe et de Martinique dénoncent l’augmentation des seuils de chlordécone autorisés par l’Union européenne dans les produits alimentaires, alors que l’Agence nationale de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail a considéré en décembre que ces seuils (les limites maximales de résidus, LMR) en vigueur dans les produits carnés n’avaient pas besoin d’être réduits.

Face à ces inquiétudes, Agnès Buzyn avait annoncé une réunion avec les élus martiniquais et guadeloupéens et les différents ministères concernés.

A l’issue de cette réunion mercredi matin, les ministres de la Santé, de l’Agriculture Stéphane Travert et des Outre-mer Annick Girardin ont indiqué dans un communiqué que “les contrôles mis en oeuvre sur les produits agricoles et alimentaires depuis 2005 n’ont pas été affectés par les modifications réglementaires européennes intervenues en 2013 sur les limites maximales de résidus, car l’Etat n’a pas changé son dispositif de contrôle (basé sur les LMR fixées en 2005)”.

“L’augmentation du seuil prévu par l’Europe n’a absolument rien changé au niveau de tolérance que nous avons dans les contrôles des aliments en Guadeloupe et en Martinique”, a répété Agnès Buzyn devant la délégation outre-mer.

Les ministres vont “saisir la commission européenne afin de confirmer la stratégie française en matière de contrôle”.

Ils ont aussi annoncé “une conférence” en 2018 “sur les territoires pour informer la population des actions du plan chlordécone III” (2014-2020), qui prévoit “des actions de recherche, de prévention auprès de la population, l’accompagnement des professionnels impactés” et “la publication de cartographies des zones à risques”.

Devant les députés, Mme Buzyn a dit souhaiter “améliorer les connaissances des liens entre chlordécone et maladies” mais également apporter “une meilleure information aux populations”.

Elle a également insisté sur la volonté du gouvernement “d’accompagner la population à la mise en place de jardins familiaux, après évaluation de la contamination des sols chez les particuliers”, pour “permettre des circuits courts sans chlordécone”.

Elle a précisé qu’une seule étude scientifique financée par l’Etat avait pu aboutir, “pour des raisons de robustesse scientifique”. “C’est l’étude Madi-prostate”, sur l’impact de la chlordécone sur les cancers de la prostate. Elle s’est dit prête à demander un “appel à projet dédié à ce sujet.

Mme Buzyn avait déjà annoncé début février qu’une nouvelle cartographie des sols pollués serait présentée en 2018.