Confusion et annonces contradictoires autour des travaux du canal du Panama

Le groupe espagnol Sacyr, qui dirige le consortium GUPC (Groupe Unis pour le canal), semblait même se livrer à une partie de poker menteur mercredi, annonçant dans un premier temps une rupture des négociations par l’Autorité du canal de Panama (ACP) avant de revenir sur ses propos dans la soirée et d’évoquer « une dernière offre » soumise à l’ACP.

L’administrateur de la voie interocéanique Jorge Quijano a indiqué que le consortium venait de suspendre le chantier peu après l’annonce par Sacyr de la rupture des négociations entre l’ACP et le GUPC sur un conflit autour de la facture des travaux.

« A cet instant », le consortium GUPC « a déjà suspendu les travaux. Ils ont mis une menace sur la table, et aujourd’hui (mercredi) ils l’ont mise à exécution », a assuré M. Quijano.

Quelques heures plus tard, une source du géant du BTP espagnol assurait depuis Madrid que « les travaux continuent ». Elle a ajouté que « la négociation reste ouverte » alors que le groupe avait indiqué dans la matinée que l’ACP avait décidé de rompre les discussions.

Sacyr avait alors menacé que « sans une solution immédiate, Panama et ACP feront face à des années de conflits devant les tribunaux nationaux et internationaux sur les étapes qui ont mené le projet au bord de l’échec ».

Interrogé en soirée sur la radio espagnole Cadena Ser, le président de Sacyr, Manuel Manrique, a corrigé le tir, démentant à son tour la rupture des pourparlers.

« Ce qui s’est passé c’est que l’ACP a rejeté notre dernière proposition sans proposer une alternative viable et c’est pour cela que nous avons publié le communiqué » de fin des négociations.

« Mais après, nous avons envoyé une lettre leur proposant de continuer (…) Nous avons fait une dernière offre au canal » et « je suppose qu’ils vont nous répondre », a-t-il poursuivi.

La seule chose sur laquelle les deux parties semblaient tomber d’accord mercredi, c’est l’échec des négociations, mais le GUPC et l’ACP se rejettent mutuellement la responsabilité du statu quo.

Selon M. Quijano, c’est la « position inflexible » du GUPC qui a empêché la conclusion d’un accord au sujet de surcoûts estimés par le consortium à 1,6 milliard de dollars (1,2 milliard d’euros), alors que le contrat initial avait été fixé à 3,2 milliards de dollars (2,36 milliards d’euros).

Dans la soirée, le président panaméen a qualifié l’attitude du GUPC « irresponsable » devant la presse, rappelant qu’un contrat avait été signé. « C’est du jamais vu », a-t-il fustigé, appelant ses compatriotes à « serrer les rangs » avec l’ACP sur ce dossier.

Le consortium avait menacé fin décembre de suspendre les travaux dans les trois semaines en cas de non versement de la rallonge demandée, due selon le GUPC à des problèmes géologiques imprévus sur le chantier, entraînant d’importants surcoûts en ciment.

Mercredi matin, Sacyr a affirmé que l’ACP a rompu les négociations, entamées le 21 janvier et fixées jusqu’à une date butoir ce mardi.

50-50

Au sujet de la facture supplémentaire réclamée, le GUPC estime que la somme est « de telle ampleur qu’aucune entreprise privée ne peut l’assumer seule ». C’est à la fois « injuste et impossible », dit le consortium incluant l’Italien Salini-Impregilo, le Belge Jan De Nul et le Panaméen Constructora Urbana.

Sacyr a insisté sur un partage de la facture, soulignant que cette situation « met en danger l’expansion du canal de Panama et jusqu’à 10.000 postes de travail ».

Le consortium propose que « les parties partagent le financement à 50-50 jusqu’à l’achèvement du projet » puis qu' »un tribunal international d’arbitrage décide qui est responsable des surcoûts additionnels et qui doit les payer ».

Dans ce contexte, l’action de Sacyr a terminé en baisse mercredi de 6,86% à 3,611 euros à la Bourse de Madrid.

La Commission européenne s’est dite stupéfaite devant l’annonce « inattendue » de la fin des négociations et a demandé aux parties de « reconsidérer leurs positions ».

Les travaux, que le consortium dit avoir réalisés à plus de 70%, accumulent un retard de neuf mois. Selon une estimation de l’assureur Zurich, il atteindrait trois à cinq ans en l’absence d’accord.

Long de 80 kilomètres, le canal de Panama a été inauguré en 1914 et avait été rétrocédé par les États-Unis au Panama en 1999.

Son extension, qui passe notamment par l’élargissement des voies d’accès et la construction de nouvelles écluses sur trois niveaux, doit permettre le passage de navires transportant jusqu’à 12.000 conteneurs, soit plus du double de la charge actuellement autorisée à emprunter la voie navigable.

ka-ag/hdz/gg/jpr

SACYR

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