Contre vents et marées, une start-up lance des traversées de la Manche à la voile

Douvres (Royaume-Uni), 12 avr 2025 (AFP) – La traversée risque d’être « un peu agitée », prévient le capitaine Andrew Simons lors d’un dernier point avec la petite dizaine de passagers: pour rejoindre l’Angleterre depuis Boulogne-sur-mer (Pas-de-Calais) à la seule force du vent, « la marée n’attend pas ».

Le catamaran de SailLink, jeune start-up britannique qui veut démocratiser la voile comme alternative bas carbone aux ferries sur la Manche, a effectué cette semaine ses premiers trajets payants, destinés à devenir quotidiens.

Malgré la houle et les bourrasques glacées lors de la troisième traversée jeudi, Johannes Schneider, 67 ans, profite pleinement du voyage, payé 85 livres, soit 98 euros — plus cher qu’un passage piéton en ferry.

« C’est très intéressant de pouvoir +vivre+ son voyage, plutôt que de le passer sur un gros bateau où l’on ne voit rien », s’enthousiasme le maïeuticien (sage-femme, NDLR), ravi d’avoir échappé au mal de mer.

« Nous essayons de travailler avec la nature, (…) avec les marées, et non contre elles », rappelle Andrew Simons, britannique de 48 ans, créateur de la start-up SailLink. Il est le capitaine du catamaran de 17 mètres de long, pouvant accueillir jusqu’à 12 passagers.

Pour compenser l’agitation des éléments naturels, qui peuvent parfois rendre la traversée inconfortable, l’équipage est aux petits soins pour ses passagers : thé à la menthe contre le mal de mer, viennoiseries et couvertures dans l’habitacle, à l’abri des embruns.

-« Une expérience de la mer »-

L’odyssée SailLink a commencé par une réflexion rêveuse et un peu naïve, à l’été 2019. Alors qu’Andrew, qui habite en Suisse, s’apprêtait à rejoindre l’Angleterre en ferry avec sa fille, il passe devant la marina de Cherbourg (Manche) et s’interroge : pourquoi ne pas utiliser ces petits bateaux amarrés au port pour la traversée ?

Maugréant contre les ferries, qu’il trouve polluants et peu pratiques avec leurs terminaux excentrés, Andrew a imaginé un nouveau mode de transport trans-Manche, une « expérience de la mer » pour les personnes qui, comme lui, « ne voyagent pas en voiture » et « souhaitent se rendre d’un centre-ville à l’autre ».

Après avoir un temps songé à une plateforme de co-navigation – sorte de BlaBlaCar version bateau finalement trop complexe à mettre en place – Andrew s’est calqué sur le fonctionnement des ferries. Il propose aux piétons et aux vélos un itinéraire fixe, quotidien, aux horaires imposés.

Il a fallu rassembler 500.000 euros, dont 350.000 euros pour l’achat du bateau. Des fonds trouvés auprès d’une poignée d’investisseurs privés, « des gens qui croyaient vraiment » au projet, s’enorgueillit Andrew.

En France, l’offre de transport de passagers à bord de navires propulsés par le vent se développe, comme Sailcoop qui propose des trajets entre Saint-Raphaël et la Corse depuis 2022, ou les Iliens, ralliant Quiberon à Belle-Ile depuis 2021.

-« seule réelle alternative »-

A quelques kilomètres des côtes anglaises, un porte-conteneur barre la route au voilier. Pour manoeuvrer et passer derrière l’immense navire, Andrew et son équipage doivent rallumer brièvement le moteur.

Car naviguer dans le détroit n’est pas chose aisée. Selon l’Ifremer, la Manche est « l’une des mers les plus fréquentées du globe », traversée chaque jour par 700 à 800 bateaux commerciaux et environ 1.400 bateaux de pêche.

Malgré les aléas jeudi, SailLink a rallié Douvres depuis Boulogne-sur-mer en moins de 4H00. Plus rapide que les 5H00 prévus à la réservation, mais plus long que les 1H30 de ferry — hors temps d’attente.

« C’est un nouveau rapport à la vitesse, un nouveau rapport au paysage », séduisant les adeptes du « slow travel » (voyage lent), analyse le chercheur Sylvain Roche, qui voit « un lien direct entre la résurgence des bateaux à voile » et celle « des trains de nuit ».

Si ce mode de transport est pour l’instant « anecdotique », selon le chercheur spécialiste de la transition énergétique, il pourrait croître dans les prochaines années.

« Aujourd’hui, la seule réelle alternative » aux énergies fossiles, « c’est le transport à voile », souligne M. Roche, arguant que les autres technologies pour décarboner le transport maritime, comme l’hydrogène, ne sont pour l’instant « absolument pas matures ».

Le transport maritime représente près de 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) selon l’organisation maritime internationale (OMI).

Pour les passagers, un trajet par ferry émet néamoins près de 3 fois moins de GES que l’avion, selon l’agence européenne pour l’environnement.

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