Dans une Martinique marquée par l’exode des jeunes, certains font le choix du retour

Fort-de-France, 2 oct 2024 (AFP) – Face à la mer, une dizaine d’entrepreneurs pianotent sur leurs ordinateurs dans un espace de co-working bien arrangé de Fort-de-France. Devant l’exode des jeunes, notamment diplômés, certains Martiniquais ont fait le pari du retour, un choix de coeur pas toujours évident.

Laura et Olivier Mangin, mariés depuis un an, passent un mois sur cette île française des Caraïbes, avant de s’y installer en mars. Elle, juriste spécialisée en cyber-sécurité de 30 ans, est Martiniquaise. Lui, qui travaille aussi dans la tech, est originaire d’Ariège.

« Au bout d’un moment, l’appel du retour au pays s’est fait sentir », raconte la Toulousaine, un matin de fin septembre. Après sa licence, elle avait quitté son île sur conseil d’un mentor.

Mais la Martinique lui manque.

« J’ai eu aussi une forme de phobie du racisme qui ne faisait que monter sur l’Hexagone, qui a fini par me faire dire: +je n’ai pas envie d’élever mes enfants dans une culture où ils seront toujours mis à part+ », déplore-t-elle, son époux à ses côtés.

Comme beaucoup de Martiniquais interrogés, elle cite également le besoin de se rapprocher de parents qui vieillissent dans cette île devenue en 2022 la région la plus âgée de France.

– « Doux rêve de revenir » –

Préparer sa traversée de l’Atlantique n’est pas un long fleuve tranquille, entre recherche de logement, montant du loyer, différences de salaires et vie chère. « Le plus gros frein », selon elle, a été la réaction de ses proches la prévenant que ça allait « être très compliqué ».

Son mari, Olivier, béret sur la tête et longue barbe noire, dit avoir senti « assez tôt chez Laura » qu’elle n’avait finalement « jamais fait la paix » avec son départ de Martinique, assurant avoir perçu chez elle et ses amis un « doux rêve de revenir ».

Face à son métier « ultra-numérique », Laura ressent le besoin d’un « contact avec la terre » et veut une maison avec jardin. « Dans le fait de revenir à ses racines, il y a aussi le fait de planter des choses et les voir pousser », expose la jeune femme.

Le couple, qui n’a pas encore d’enfant, a décidé d’acheter, l’installation s’annonce donc « durable », prédit-elle.

Lauren, 37 ans, revenue en Martinique il y a bientôt trois ans, n’est elle pas certaine de rester. Elle qui travaille dans le marketing a vécu 12 ans à Londres avant de réussir à convaincre, au bout de cinq ans, son mari britannique de tenter l’aventure. C’était en plein Covid.

« On travaille à distance, on a eu notre enfant et on s’est dit +bon, pourquoi pas+ ». Son expérience est celle d’un « retour », pour son conjoint c’est une « découverte ». Et pour l’instant, « ça se passe bien ».

Rentrée pour la « qualité de vie », elle fait cependant face à quelques surprises.

« Quand on est entrepreneur en Martinique, il faut limite être militant aussi (…) parce que rien n’est facile », assure-t-elle, citant une paperasse « très lourde », « beaucoup de charges » à payer dès le début, puis l’importance du réseau et du « bouche à oreille ».

– « C’est magnifique la Martinique » –

Difficile à quantifier, ce phénomène de retours intervient dans un contexte d’exode de la jeunesse martiniquaise. Selon l’Insee, la Martinique, environ 350.000 habitants, se classe au deuxième rang des régions françaises avec la plus faible part de jeunes de moins de 25 ans (26% au 1er janvier 2023 contre 31% en 2013).

« Lorsque vous avez des femmes qui partent faire des études à 8.000 kilomètres de chez elles, votre principal ennemi, c’est l’amour », fait valoir auprès de l’AFP la députée martiniquaise Béatrice Bellay.

« Si elles trouvent l’amour en France avec quelqu’un qui n’a pas envie de venir habiter en Martinique, c’est fichu », estime l’élue socialiste, rappelant que les femmes font davantage d’études. « Vous ne récupérez jamais cette femme qui, pourtant, si elle revient au pays, va peut-être fonder sa famille », regrette-t-elle.

Au bord d’un terrain de foot d’une ville au nord de Fort-de-France, une dizaine d’hommes se rafraîchissent après l’effort. Parmi eux, Mickaël Renciot, 40 ans, dont 17 passés dans l’Hexagone, dans la menuiserie. Lui est rentré le « 22 mars 2022 » pour raisons familiales.

« Je suis revenu aussi pour la Martinique, j’ai envie de vivre chez moi », « c’est magnifique la Martinique », clame-t-il. Avec un message pour les jeunes diplômés: « L’île a besoin de ses têtes pensantes ».

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