En Martinique, une longue quête d’intégration au sein des organisations régionales des Caraïbes

Fort-de-France, 13 mars 2025 (AFP) – Engagée depuis plus d’une décennie dans une démarche d’intégration régionale, la Martinique a franchi une étape décisive en février en signant l’accord d’adhésion à la Communauté caribéenne (Caricom). Un tournant attendu, qui concrétise des années de négociations politiques.

« C’est un moment historique », a salué dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux Serge Letchimy, président du conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM), après avoir signé le document avec Mia Mottley, première ministre de la Barbade et présidente de la Caricom, lors d’un sommet des dirigeants des États membres.

En rejoignant cette organisation qui regroupe 21 pays et territoires, la Martinique se rapproche des pays de son « bassin maritime transfrontalier », s’est réjoui l’élu. L’accord devra encore être ratifié par le Parlement national avant d’entrer en vigueur, mais la date de cette validation reste incertaine.

La collectivité deviendra alors membre-associé de la Caricom, un statut déjà octroyé à six territoires sous souveraineté britannique ou néerlandaise, intégrés au bloc fondé en 1973 par quatre anciennes colonies britanniques indépendantes.

L’admission de la Martinique « consacre une quinzaine d’années de négociations », explique à l’AFP le politologue Fred Constant, professeur à l’université des Antilles et auteur de l’ouvrage « Géopolitique des outre-mer ».

Un processus engagé malgré la « réticence » initiale de l’État français, qui considérait que « tout ce qui touche à la politique extérieure de la France relève du domaine régalien », rappelle cet ancien diplomate.

Trois lois adoptées entre 2000 et 2016 ont toutefois assoupli cette contrainte, permettant aux collectivités françaises d’établir des accords avec des États souverains.

Après l’acte de candidature de la Martinique en 2012, il a fallu négocier avec les pays membres, non sans difficultés.

« Certains craignaient que derrière la Martinique, la France soit à la manoeuvre », souligne M. Constant, ambassadeur délégué à la coopération régionale à l’époque et qui a oeuvré à ce rapprochement.

Une méfiance exacerbée par la complexité du statut martiniquais au sein de la République française. Il est « toujours difficile d’expliquer le statut » de la Martinique aux pays caribéens et de les convaincre qu’elle « peut s’exprimer en son nom propre », abonde Justin Daniel, professeur de science politique à l’université des Antilles.

– Un rapprochement aux effets contrastés –

L’adhésion à la Caricom intervient dix ans après l’intégration de la Martinique à l’Organisation des États de la Caraïbe orientale (OECO), un bloc regroupant six micro-États des Petites Antilles, trois territoires britanniques et la Guadeloupe, admise en 2019.

Saint-Martin, une autre collectivité française des Antilles, doit intégrer l’OECO la semaine prochaine.

Dotée d’une cour suprême, d’une banque centrale et d’une monnaie unique, l’OECO est fortement intégrée, mais la Martinique n’a pas vocation à rejoindre ces instances.

En revanche, la coopération a donné « des résultats intéressants en matière d’éducation et de gestion des risques naturels », ainsi que dans les domaines culturel et sportif, relève Justin Daniel.

Mais « là où le bât blesse véritablement, c’est dans le domaine économique », tempère l’universitaire. En 2023, l’UE (hors Guadeloupe et Guyane) représentait encore 68,5% des importations et 40% des exportations martiniquaises, selon l’Insee.

« La décolonisation à la française s’est traduite par un renforcement de la dépendance envers l’ex-métropole », regrette Fred Constant.

Les entraves au commerce entre la Martinique et ses voisins caribéens sont nombreuses, à commencer par les « obstacles institutionnels » tels que les différences de normes, indique Jean-Michel Salmon, maître de conférences en sciences économiques à l’université des Antilles.

Autre obstacle, l’absence de connectivité maritime: « Il est moins cher et plus rapide d’exporter un conteneur au Havre que vers une île voisine », illustre l’économiste.

Pourtant, un rapprochement régional pourrait permettre à terme à la Martinique de s’approvisionner en produits agricoles brésiliens « pour faire de la transformation agro-industrielle » afin de fabriquer « des produits qui seraient estampillés européens », espère M. Salmon.

L’intégration régionale, « c’est un moyen, pas une fin en soi », insiste-t-il.

L’adhésion à la Caricom constitue ainsi « un point de départ », ajoute Fred Constant. Aux Martiniquais de saisir cette opportunité et de « générer des projets intéressants » pour renforcer leur place dans l’espace caribéen.

jmh/tbm/asl/abl

CTM

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