En Méditerranée, des secours moins disponibles mais aussi des bateaux plus vétustes

Depuis le début de l’année, environ 1.750 migrants ont péri en mer, soit 30 fois plus que l’année dernière à la même période, alors que le flux est le même (environ 22.000 arrivées en Italie au 20 avril, contre 26.600 de janvier à avril 2014), selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Pour beaucoup, cette différence est due à la fin de la vaste opération de secours « Mare Nostrum », dans le cadre de laquelle des navires de guerre et avions italiens patrouillaient en permanence à la recherche de migrants en difficulté, mais certains relèvent aussi une aggravation des conditions de traverséee, qui crée des situations d’urgence quasiment dès le départ.

« Les bateaux sont toujours plus vétustes et toujours plus chargés. Les barques en bois, les canots pneumatiques, c’est du très vieux à chaque fois », raconte à l’AFP Flavio di Giacomo, porte-parole de l’OIM en Italie.

« Au bout de quelques heures de navigation, ils commencent à prendre l’eau. C’est pour ça qu’on a de plus en plus de mal à les secourir », ajoute-t-il.

Ainsi, lorsqu’un navire des gardes-côtes a amené la semaine dernière à Augusta (Sicile) plus de 600 migrants secourus en deux jours sur cinq embarcations différentes, les humanitaires présents ont tous parlé d’une opération de routine, sans difficulté particulière.

Pourtant, chacune des cinq embarcations prenait sérieusement l’eau quand les secours sont arrivés, et à chaque fois le drame a été évité de justesse, ont ensuite raconté les migrants.

« L’eau a commencé à entrer. Nous avons appelé les secours, il était 13 heures, nous avons attendu, attendu… Nous avons dû écoper, tous ensemble, on tremblait, les femmes pleuraient », a expliqué Malik Tourey, en provenance du Nigéria. Le bateau des gardes-côtes italiens est arrivé à trois heures du matin.

– Une vague de 30 cm suffit –

Mais pour le capitaine de frégate Michele Maltese, porte-parole des gardes-côtes de Catane (Sicile), « les embarcations ont toujours été vétustes. Ce sont des bateaux bons pour la casse. Le problème, c’est qu’ils sont de plus en plus surchargés. Sur un bateau de pêche prévu pour 10 personnes, les trafiquants en entassent 400 à 500. Une vague de 30 cm suffit pour que l’embarcation prenne l’eau », ajoute-t-il.

Cette année, comme l’année dernière, « pour chaque bateau, le risque est très élevé », insiste-t-il.

D’autant que les trafiquants ne laissent aucune chance aux migrants. Mamadou Dialo, jeune Guinéen arrivé à la mi-avril, avait payé à prix d’or un gilet de sauvetage. « Mais c’était du +made in China+, au bout de cinq minutes dans l’eau tu commences à couler », a-t-il raconté.

Par mesure de sécurité, les gardes-côtes essaient de séquestrer les embarcations une fois leurs passagers mis en sûreté, afin qu’elles soient détruites dans un port italien, explique Michele Maltese.

Mais il arrive souvent que la mer soit trop mauvaise, ou que l’état des migrants ne permette pas de prendre le temps de remorquer un bateau. « La sécurité des personnes est notre priorité », insiste-t-il.

Le bateau est alors laissé à la dérive, et signalé aux navires circulant dans la zone. « De toute façon, il y a déjà beaucoup de débris dans l’eau, le danger pour la navigation n’est que relatif », fait-il valoir.

A deux reprises cette année, en février, puis en avril, des trafiquants armés sont venus menacer les secouristes pour récupérer une embarcation séquestrée.

Signe qu’ils manquent de bateaux selon Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières.

Illustration plutôt du fait qu’ils se sentent tout permis au large de la Libye, ont estimé les gardes-côtes italiens, qui doutent cependant que les passeurs s’aventurent trop au large à la recherche des embarcations abandonnées.

« Quand on les laisse à 50 ou 80 milles, c’est vraiment peu probable (de les retrouver). Ces bateaux ne flottent pas longtemps », explique Michele Maltese.

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