Le marin, par ailleurs patron de l’Union française des pêcheurs artisans (UFPA), a vu le prix du carburant s’envoler en l’espace de 10 jours, après le déclenchement de la guerre en Iran: il est passé de 60 centimes le litre à près de 90 centimes, raconte-t-il à l’AFP.
Cette hausse est « énorme », soupire-t-il, tout en donnant des consignes à ses quatre marins, de retour comme lui de plus de 10 heures en mer à bord de l’Izel Vor II.
Cette flambée des prix a des conséquences concrètes : le marin a choisi d’aller moins loin que d’habitude pour économiser du carburant.
Non loin de là, le directeur d’exploitation de l’Armement de la pêche artisanale de Keroman (Apak), Jerôme Nicol, broie du noir.
Si le gazole atteint la barre symbolique d’un euro le litre, les cinq chalutiers de l’Apak resteront à quai car il ne sera plus rentable de les envoyer en mer.
« Pour des bateaux consommant plus d’une tonne de carburant par jour, c’est plusieurs centaines d’euros en plus », justifie-t-il.
« La situation est très inquiétante. On a dépassé le seuil de rentabilité: on travaille à perte », abonde Christophe Collin, directeur de l’Armement bigouden, qui compte neuf chalutiers hauturiers et 80 marins au Guilvinec (Finistère).
Les pêcheurs ne sont pas en mesure de répercuter la hausse de leurs charges sur les prix de vente des poissons, fixés aux enchères, à la criée.
– « Mesures d’urgence » –
« C’est en train de nous tuer », s’alarme Stéphane Pochic, à la tête d’un armement de six chalutiers côtiers à Loctudy, « ça nous plombe complètement, ça nous met à plat ».
Pour maintenir à flot la filière, les pêcheurs rencontrés par l’AFP réclament des aides financières, de l’État ou de l’Union européenne.
Le comité national des pêches a réclamé lundi « des mesures d’urgence » face à une hausse des prix « tout simplement impossible à absorber » par les armements de pêche.
« Cette hausse brutale intervient dans un secteur dont l’équilibre économique reste extrêmement fragile à la suite des chocs du Brexit, du Covid et de la guerre Russie-Ukraine », souligne le comité national dans un communiqué.
En mars 2022, quelques semaines après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les pêcheurs français avaient obtenu de l’Etat une aide exceptionnelle équivalente à 35 centimes par litre de gazole.
M. Le Quintrec propose aujourd’hui un plafonnement des prix du gazole autour de 60 centimes le litre, et appelle à d’autres mesures, comme une hausse des taxes sur les poissons importés, pour donner un coup de pouce à la compétitivité de la pêche française.
De son côté, le président (divers droite) du conseil départemental du Finistère, Maël de Calan, a écrit à la ministre de la Mer Catherine Chabaud pour lui demander de « rétablir sans délai un mécanisme d’aide au carburant destiné aux pêcheurs professionnels, afin d’éviter un arrêt progressif de la flotte et une fragilisation durable de la filière ».
« Nous surveillons la situation de près », a indiqué mercredi le ministère de la Mer.
Mme Chabaud s’est rendue dans la matinée dans les bureaux du comité national des pêches « pour échanger avec les représentants des professionnels ».
Une réunion est également organisée à Bercy vendredi matin, avec Maud Bregeon, ministre déléguée à l’Énergie.