Le Concordia quitte enfin le Giglio sous les yeux de quelques survivants du naufrage

“Tout se déroule comme prévu, c’est un grand jour pour le Giglio, mais nous ne serons vraiment sereins qu’une fois arrivés à Gênes”, où le paquebot sera démantelé, a déclaré le Sud-Africain Nick Sloane, maître d’oeuvre de cette opération de renflouement du navire, cité par l’agence Ansa.

Tôt mercredi matin, les premières vérifications avaient été faites, avant les manoeuvres de déplacement et de positionnement du navire, devant permettre son départ de l’île en fin de matinée.

Le bateau, grand comme deux fois le Titanic, entamera alors son ultime voyage vers les chantiers navals de Gênes (nord-ouest), où il sera démantelé.

Ce départ, attendu depuis 30 mois par les quelque 1.500 habitants de l’île, paradis touristique au coeur de la réserve naturelle de l’archipel toscan, sera salué par des sirènes de navires et les cloches de l’île.

Mardi, le paquebot de croisières, dont proue et ponts émergent désormais totalement, arborait le pavillon bleu “P” qui, en langage maritime, indique qu’un navire est prêt à partir.

“Nous espérons qu’avec le départ de ce bateau, toutes les choses que nous avons en nous partiront également”, a confié à l’AFP Anne Decré, du collectif français des survivants du Concordia.

Avant d’ajouter: “que ce bateau poursuive sa route, afin que nous puissions continuer la nôtre”, en serrant les mains de son amie Nicole Servel, qui a perdu son mari la nuit du naufrage.

Aux avant-postes la nuit du naufrage, le maire de l’île Sergio Ortelli n’avait pas caché son “irritation” à l’annonce, lundi, des retards pris par le renflouement: “jusqu’au bout, le Concordia nous fera souffrir”.

Remorqué par deux bateaux, escorté par 12 autres embarcations, le Concordia, long de près de 300 mètres et pesant quelque 114.500 tonnes, va effectuer un trajet en mer de près de 280 km.

Il passera à 25 km de la Corse, près de l’île d’Elbe, et à 10 km de l’île italienne de Capraia, avant son arrivée prévue à Gênes samedi soir ou dimanche matin.

La ministre française de l’Ecologie Ségolène Royal a promis de surveiller le passage du paquebot à bord d’un navire au large de la Corse, provoquant l’agacement des autorités italiennes, qui jugent avoir fait tout ce qu’il fallait pour éviter un nouveau drame.

– “Mon plus grand défi” –

Après avoir été redressé en septembre dernier lors d’une opération sans précédent de rotation de sa coque, le Concordia a été ensuite renfloué, de quelques centimètres ou mètres chaque jour pendant plus d’une semaine.

Menée par l’armateur italien Costa (groupe Carnival) et effectuée par le consortium américano-italien Titan-Micoperi, l’opération de sauvetage du paquebot a un coût total de quelque 1,5 milliard d’euros.

“Mon plus grand défi” en 20 ans de carrière, a résumé Nick Sloane, spécialiste mondial du renflouement d’épaves.

Au cours du trajet, les différentes embarcations faisant partie du convoi seront chargées de collecter d’éventuels débris flottants – valises, meubles, vêtements -, de contrôler la qualité des eaux et de prévenir les cétacés, nombreux en cette période de l’année, de l’approche du Concordia.

Barrages antipétrole et appareils à infra-rouge détectant toute trace d’hydrocarbure à la surface de l’eau la nuit seront également embarqués à bord.

Le Concordia avait fait naufrage le 13 janvier 2012 après avoir violemment heurté un rocher devant le Giglio, entraînant la mort de 32 personnes et faisant des dizaines de blessés sur les plus de 4.200 occupants de 70 nationalités qui se trouvaient à son bord.

Le corps d’un serveur indien, Russel Rebello, n’a toujours pas été retrouvé malgré d’intenses recherches.

Alors que d’autres membres de l’équipage ont négocié des peines à l’amiable, le commandant du paquebot, Francesco Schettino, est le seul à être actuellement jugé à Grosseto (centre) pour homicides par imprudence, naufrage et abandon de navire.

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