Le Japon renonce à sa prochaine campagne baleinière en Antarctique, mais pas à la pêche

Conformément à l’avis rendu lundi par la Cour internationale de justice (CIJ), la plus haute instance judiciaire de l’ONU, l’Agence des pêches japonaise a indiqué qu’elle annulait sa prochaine expédition annuelle qui aurait dû démarrer cet hiver pour deux ou trois mois.

« Mais nous prévoyons de poursuivre le programme de recherche baleinier ailleurs comme prévu », a expliqué un responsable de l’agence à l’AFP.

Le Japon se plie donc, visiblement de mauvaise grâce, à la justice internationale mais n’entend pas pour autant baisser pavillon: interdit d’Antarctique, il continuera de pêcher les baleines dans le Pacifique nord.

La CIJ avait estimé lundi que le Japon déguisait une activité commerciale en programme de recherche scientifique.

Alors que Canberra jubile (c’est l’Australie qui en 2010 avait assigné Tokyo devant la CIJ), le Japon ne cache pas sa déception.

« C’est dommage et je suis très déçu », a déclaré M. Abe.

« Je vais me conformer à cet arrêt », a toutefois ajouté le très nationaliste chef du gouvernement, on ne peut plus sourcilleux sur les questions de souveraineté.

Car, même si les Japonais mangent de moins en moins de viande de baleine et ne sont pas tous derrière leur flotte, beaucoup vivent toutefois mal les campagnes anti-Japon menées par des écologistes et gouvernements étrangers.

« Jusqu’ici, la population ne s’est pas fortement mobilisée pour la pêche à la baleine, en fait les gens sont surtout anti-anti », estime le chercheur Jeffrey Kingston, de l’Université Temple de Tokyo.

Et bien que, selon lui, « l’Agence des Pêches et ses relais politiques au Parlement ont subi une humiliation et un très gros revers », il ne prédit pas pour autant un « sursaut nationaliste » après la décision de la CIJ.

« Tout le monde savait depuis longtemps que l’appellation « pêche scientifique » n’était qu’un prétexte à une chasse commerciale », ajoute-t-il, estimant que, au bout du compte, cette stratégie s’est retournée contre le pays comme un boomerang… australien.

Depuis des années, les baleiniers nippons n’ont pas été lâchés d’une semelle par les navires des écologistes de Sea Shepherd qui les ont harcelés à chaque campagne et ont battu le tambour médiatique avec efficacité, vidéos à l’appui.

Pendant ce temps là, le Japon restait arc-bouté sur « sa » pêche scientifique, même si certains mettaient aussi en avant la culture et la tradition, tel Yoshimasa Hayashi, le ministre de l’Agriculture et de la pêche.

Originaire d’un grand port baleinier de l’ouest du pays, M. Hayashi dénonce « des attaques culturelles, des préjugés sur la culture japonaise ». « C’est une culture, et une longue tradition historique », disait-il à l’AFP en février 2013, tout en essayant de retourner le gant: « Dans certains pays, on mange du chien, en Australie du kangourou. Nous, on ne mange pas ces animaux, mais on ne leur demande pas d’arrêter parce que nous comprenons que cela fait partie de leur culture ».

« Alors s’il vous plaît comprenez la nôtre », avait-il conclu en affirmant que le Japon n’arrêterait pas la chasse à la baleine.

Et malgré la « victoire » de lundi, l’Australie et la Nouvelle-Zélande redoutent désormais que Tokyo, après avoir détourné pendant des années le moratoire de 1986 édicté par la Commission baleinière internationale (CBI) qui n’autorisait que la pêche scientifique, ne tente cette fois de contourner l’interdiction de la CIJ.

Le Japon, a souligné mardi le ministre néo-zélandais des Affaires étrangères, Murray McCully, pourrait « essayer de mettre sur pied un nouveau programme sur des bases scientifiques » pour recommencer à chasser dans l’océan Austral.

Jeff Kingston n’exclut pas de son côté la possibilité que le Japon quitte la CBI.

« Je ne suis pas sûr à 100% que le Japon va se plier à l’arrêt. Ils font comme s’ils acceptaient et après feront ce qu’ils veulent », affirmait lundi dernier à l’AFP Paul Watson, l’emblématique fondateur de Sea Shepherd.

« Et si leurs navires repartent, les nôtre aussi ».

Les Infos Mer de M&O

Un « Thanksgiving » un peu… électrique au Pôle Sud

Par Eric Chevreuil,  Français de Los Angeles en mission sur une base américaine en Antarctique.   *** Pour nous, Thanksgiving tombe le samedi. Le premier Thanksgiving daterait...

Au cœur de la station Amundsen Scott

Le C-130 de McMurdo n’a eu de cesse de reporter son départ à cause de la météo. Finalement, il est parti à 21h00...

La station Amundsen-Scott

La station américaine Amundsen-Scott est l’habitation terrestre la plus au sud de notre planète, et non, nous n’y vivons pas la tête en...

La Fondation Jacques Rougerie missionnée pour construire le premier musée de Tuvalu

À l’occasion de la COP30, un projet inédit et hautement symbolique a été dévoilé au Climate Mobility Pavilion : la création d’un Musée pour Tuvalu, conçu pour préserver la mémoire, l’identité et le patrimoine d’un pays menacé par la montée des eaux. Au cœur de cette initiative mondiale : la Fondation Jacques Rougerie – Académie des Beaux-Arts, reconnue pour son expertise unique en architecture biomimétique et océanique.

15 novembre 1634 : premier règlement de discipline de la Marine par le cardinal de Richelieu

Dès que la capitulation de la Rochelle, en 1628, eut délivré le cardinal de Richelieu de son principal souci, il résolut de créer...

Carine Tramier, Présidente du Corimer : « Innover, c’est s’adapter et transformer la contrainte en opportunité ! » Les Grands fonds marins – 1

Où en sommes-nous ? L'innovation, pour l'industrie navale et maritime, est un moteur de l'innovation. Pour les grands fonds, l'acquisition des connaissances sur les...

Plus de lecture

M&O 288 - Septembre 2025

Colloque Souveraine Tech du 12 sept 2025

Alors qu'il était Premier Consul, Napoléon Bonaparte déclara le 4 mai 1802 au Conseil d'État, "L’armée, c’est la nation". Comment ce propos résonne t-il à un moment de notre histoire où nous semblons comprendre à nouveau combien la nation constitue et représente un bien à défendre intelligemment ? Par ailleurs, si la technologie est le discours moral sur le recours aux outils et moyens, au service de qui ou de quoi devons-nous aujourd'hui les placer à cette fin, en de tels temps incertains ? Cette journée face à la mer sous le regard de Vauban sera divisée en tables rondes et allocutions toniques.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et lÉcole navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.