Les ambitions pétrolières des Comores à l’épreuve de la prospection

« La probabilité de l’existence d’hydrocarbures en offshore est élevée », souligne Naoildine Houmadi, chef du Bureau géologique créé par Moroni en 2010 pour « développer et valoriser » les ressources énergétiques. « Maintenant il faut le prouver par un travail scientifique sérieux pour convaincre les compagnies pétrolières. »

A part les fantasmes et spéculations, souvent alimentés par des politiques, aucune étude sérieuse ne permet pour l’instant d’évaluer le potentiel d’hydrocarbures et d’affirmer s’il y a dans les eaux comoriennes un gros gisement, commercialement viable ou pas.

« Nous ne sommes qu’au tout début de l’aventure, à la première phase. La phase de prospection peut durer jusqu’à dix ans. Raisonnablement il faut entre quatre et six ans pour être affirmatif », ajoute-t-il.

« Je suis optimiste mais pas sûr et certain », affirme de même à l’AFP le ministre de l’Energie Abdou Nassur Madi.

« Les études dont nous disposons sont des simulations: pourquoi le Mozambique, la Tanzanie, Madagascar en ont (du pétrole ou du gaz), et pas nous? », ajoute le ministre, citant des pays voisins avec qui les Comores partagent la même histoire géologique.

L’économie de l’archipel, fragilisée par l’instabilité politique et un manque de moyens, dépend beaucoup de l’argent envoyé par les émigrés et des exportations agricoles ou investissements étrangers dans les routes et ports.

Contrairement aux Seychelles, autre archipel de l’océan Indien située à environ 1.500 kilomètres au nord-est, le tourisme y reste embryonnaire.

La perspective de recéler de l’or noir et la possibilité évoquée d’avoir de premiers revenus en 2018, a poussé les Comores à se doter en février d’un code pétrolier.

L’archipel voit ces derniers temps débarquer des hommes d’affaire d’un nouveau type, comme Manoel Murilo Silva, un directeur Afrique de Petrobras, qui y a séjourné début novembre. « Ils sont intéressés », affirme le ministre M. Nassur Madi à propos du géant brésilien.

L’entreprise kényane Bahari Ressources, associée à Discover Exploration plc, une société cotée à Londres déjà active en Afrique de l’Est, « n’attend que l’autorisation pour entamer l’exploration », selon le Bureau géologique.

D’une superficie de 18.000 km2 répartis en trois blocs, la zone convoitée par Bahari Resources n’est distante que de 150 kilomètres du bloc 4 où opère la société italienne Eni au Mozambique.

En octobre, le contrat de partage de production signé avec le gouvernement a été retiré de l’examen par l’Assemblée fédérale de l’archipel.

Dégradation des ressources traditionnelles

Un député qui a requis l’anonymat explique ce retrait par une clause qui exonérait la société du versement d’un bonus de 5 millions de dollars si la profondeur excédait 2.000 mètres. Or, celle-ci serait de 2.500 mètres.

« Le gouvernement suspecte Bahari Resources d’avoir obtenu cette information à son insu et voudrait renégocier le contrat », a affirmé ce député, ce que Discover et Bahari démentent catégoriquement.

« Comme annoncé le 11 mars 2013, Discover, Bahari et le gouvernement sont partenaires dans le premier contrat de partage de production couvrant les blocs off-shore A, B et C adjacent au Mozambique », ont indiqué les entreprises à l’AFP.

Le contrat « a été temporairement retiré de l’Assemblée par le gouvernement au début de la session actuelle et Discover et Bahari ont été informés qu’il sera représenté pour approbation par l’Assemblée dans un futur proche ».

D’autres sociétés sont sur les rangs, la société émiratie RAK Gas présente dans la région (Somalie, Tanzanie, Seychelles, Madagascar, Kenya). Ou encore le groupe de l’entrepreneur mauricien Jean-Raymond Boulle qui affirme « avoir les droits de production et d’exploration dans les eaux territoriales des Comores » mais est en litige avec le gouvernement.

Si l’or noir peut ouvrir un nouveau chapitre économique dans ce pays pauvre, il posera d’autres problèmes.

« L’absence de vision stratégique à long terme de la part des pouvoirs publics en matière de développement durable et de gestion optimale des ressources naturelles ont entraîné une dégradation accélérée des principales ressources formant la base économique du pays »: terres, biodiversité et ressources marines, note déjà le rapport 2013 de plusieurs institutions économiques internationales (OCDE, PNUD, BAD).

Le pétrole pourrait aussi raviver la question de Mayotte, quatrième île à l’est de l’archipel, devenue le 101e département français en 2009 mais toujours revendiquée par Moroni. Le ministre interrogé a préféré éluder: « Les études n’ont été effectuées qu’à l’ouest ».

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