L’hydrolienne de la PME Sabella prend la mer pour éclairer Ouessant

De la taille d’un immeuble de 5 étages et d’un poids équivalent à une dizaine de poids-lourds chargés, soit 400 tonnes, cette première hydrolienne industrielle, de fabrication 100% française, a été embarquée dimanche depuis un quai du port de Brest à bord d’un navire spécialisé dans le transport de charges lourdes.

« Les opérations de grutage se sont bien passées », résume avec soulagement Jean-François Daviau, à la tête de l’entreprise quimpéroise employant une dizaine de personnes, une fois l’imposante machine bleue et jaune solidement arrimée sur le pont du « Palembang ».

« C’est une très grosse satisfaction d’avoir concrétisé cette première hydrolienne qui sera raccordée au réseau », se félicite le chef d’entreprise, à l’origine du projet né en 2000.

L’hydrolienne rejoindra son site de production, par 55 mètres de fond, jeudi matin, au moment de la pleine mer. Elle produira immédiatement de l’électricité, mais ne sera raccordée au réseau EDF que d’ici fin juillet, une pièce n’ayant pas été livrée dans les temps. D’ici là, le courant produit sera brûlé via des résistances.

Courant mai, un câble électrique de deux kilomètres avait été immergé dans le Fromveur. Il reliera l’hydrolienne à l’île, sur laquelle a été installé un conteneur servant à collecter et redistribuer le courant. C’est de là également que l’hydrolienne sera pilotée et contrôlée.

Une fois totalement opérationnelle, la machine d’une puissance d’un mégawatt, livrera du courant à hauteur de 15% des besoins de l’île et de ses 800 habitants.

Des hydroliennes ont déjà été immergées au large des côtes françaises dans le cadre de tests, mais encore jamais raccordées au réseau électrique.

Bardée de capteurs, tels des hydrophones, courantomètres et caméras, la turbine permettra également d’en savoir davantage sur son impact sur la faune marine. Les données seront analysées par l’Ifremer, le centre marin Océanopolis ou le Parc naturel marin d’Iroise.

Le coût du projet, soutenu par la région Bretagne et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), avoisine les 13 millions d’euros. « C’est à peu près 10 fois moins que nos concurrents, souligne M. Daviau, pour qui l’hydrolienne D10 « ce n’est pas un aboutissement, l’aboutissement c’est quand Sabella vendra ses machines en France ou à l’international et qu’elle vivra de son exploitation ».

« Si cette expérience est réussie, et on l’espère tous, ce sera un très fort gage de crédibilité pour la stratégie de Sabella », analyse Antoine Rabain, expert en énergies marines renouvelables (EMR) auprès du cabinet de conseil Indicta, soulignant la « stratégie de niche » de la PME.

« Le coût du mégawatt-heure sur les îles est en général entre 4 et 10 fois celui du continent », explique M. Daviau. Ainsi, même si ses machines ne sont pas fabriquées en série, « elles peuvent trouver leur compétitivité sur ces niches de marché ».

Sabella prévoit à l’horizon 2019 l’immersion, toujours dans le Fromveur, de deux ou trois autres machines, plus puissantes et d’un diamètre de 15 mètres (D15), dans le cadre d’une ferme pilote destinée à couvrir entre 50 et 70% des besoins en électricité des Ouessantins.

L’entreprise a également profité de la période d’assemblage de l’hydrolienne à Brest pour inviter des délégations étrangères. L’Indonésie, les Philippines et le Grand Nord canadien seraient intéressés par cette technologie.

Le potentiel mondial des hydroliennes avoisinerait les 100 gigawatts, soit l’équivalent de toutes les centrales de France, selon une étude d’Indicta.

Au large des côtes françaises sommeille le deuxième potentiel d’Europe, avec 3 gigawatts, contre 8 côté britannique. Pour l’heure, deux projets de fermes pilotes, à l’horizon 2018, ont été choisis par le gouvernement, au large de Cherbourg. L’un de 5,6 MW (quatre hydroliennes), mené par Engie et Alstom, l’autre, de 14 MW (sept hydroliennes), par EDF et DCNS.

sf/axt/mml

EDF – ELECTRICITE DE FRANCE

ENGIE

ALSTOM

THALES

Les Infos Mer de M&O

Soudeur naval, un métier stratégique

Un article de Alan Le Gall*, Soudeur naval Derrière chaque bâtiment de combat de la Marine nationale s’inscrit une chaîne industrielle rigoureuse, structurée et...

Liban : nouvelles frappes israéliennes à Beyrouth, craintes d’une occupation du sud

De nouvelles frappes israéliennes ont visé Beyrouth dans la nuit, faisant sept morts et plusieurs dizaines de blessés selon les autorités libanaises. L’aviation...

Ouistreham : un chalutier saisi pour trafic de cocaïne vendu 300 000 euros aux enchères

Un chalutier de 18 mètres, saisi en 2025 dans le cadre d’un trafic maritime de cocaïne entre le Brésil et la Normandie, a...

29 mars 1967 : lancement du premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français LE REDOUTABLE

Source vidéo du 9 juillet 1969 : INA Le général de Gaulle est présent et déclare : "C’est une journée capitale pour notre Marine,...

France – Philippines : un accord pour renforcer la coopération militaire en Indo-Pacifique

La France et les Philippines ont signé un accord permettant à leurs forces armées de participer à des exercices conjoints sur leurs territoires...

Washington accuse Chine de cibler des navires panaméens

Les États-Unis accusent la Chine de retenir des navires sous pavillon panaméen dans ses ports, dans un contexte de tensions croissantes autour du...

Plus de lecture

M&O 290 - Mars 2026

Colloque Souveraine Tech du 12 sept 2025

Alors qu'il était Premier Consul, Napoléon Bonaparte déclara le 4 mai 1802 au Conseil d'État, "L’armée, c’est la nation". Comment ce propos résonne t-il à un moment de notre histoire où nous semblons comprendre à nouveau combien la nation constitue et représente un bien à défendre intelligemment ? Par ailleurs, si la technologie est le discours moral sur le recours aux outils et moyens, au service de qui ou de quoi devons-nous aujourd'hui les placer à cette fin, en de tels temps incertains ? Cette journée face à la mer sous le regard de Vauban sera divisée en tables rondes et allocutions toniques.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et lÉcole navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.